Téléphonie

Usage du téléphone cellulaire en plein cours : dialogue de sourds entre élèves “accrocs” et Profs intransigeants

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Dans le cadre de sa série de reportages sociétaux, Actusen s’est, cette fois-ci, intéressé au comportement des élèves “accros” de l’usage du téléphone cellulaire en plein cours. Et ce, n’en déplaise aux Règlements intérieurs dans les établissement qui les somment de ne pas user de l’appareil en question.

A ce sujet, certains Professeurs surfent sur toutes sortes de registres, aux fins de dissuader les élèves à utiliser le téléphone cellulaire en classe.

Pour ce faire, tout y passe : confiscation de l’appareil, versement de 1000 F Cfa par le potache pris en faute… Mais c’est presque peine perdue ! Car pour beaucoup d’élèves interrogés par Actusen.com, pas question, pour rien au monde, de se passer de leurs appareils.

D’autant que, selon eux, nombreux sont leurs Professeurs qui peuvent passer plus de temps au bout du fil que dans la concentration de leurs enseignements. Reportage !

Il est 10h, le soleil darde ses rayons impitoyables sur la capitale. Au Lycée Seydou Nourou Tall, c’est l’heure de la pause. Certains élèves, par petits groupes, restent dans l’enceinte de l’établissement, tandis que d’autres préfèrent sortir. Dans la cour de l’école, certains élèves manipulent leurs téléphones cellulaires. N’en déplaise au Règlement intérieur qui interdit aux apprenants de disposer de leurs appareils, en classe.

Devant la porte de l’école, un groupe d’élèves discute de tout et de rien. L’un d’entre eux, Pape Abdoulaye Mbaye, un élève en classe de 1ere, dont le portable a sonné deux fois en classe, partage son expérience. « La première fois, c’était en classe de 6e, lors d’un devoir. Et puisqu’il est strictement interdit d’avoir un portable en classe, il m’a été confisqué par le censeur. Et la deuxième fois, c’était lors d’un devoir de maths, mon professeur a été tolérant et il m’a juste donné un avertissement », raconte ce potache.

Khady Diao, une autre élève, reconnait que le téléphone cellulaire est catégoriquement interdit pendant les heures de cours, mais est permis pendant la pause. ”Parfois, pour une première fois, le prof peut t’avertir ,mais relève ton nom, en cas de récidive. Et si ça se répète, on convoque les parents de l’élève et confisque le portable jusqu’à la fin de l’année », indique-t-elle.

Moustapha Faye, Proviseur du Lycée Mixte Maurice de la Fosse : ”on aurait pu ne pas interdire le portable à l’école, celui-ci pourrait être un élément de sécurité”

Moustapha Faye, Proviseur du Lycée Mixte Maurice de la Fosse, est plus indulgent sur le sujet . Il pense que l’usage du téléphone portable en classe n’est pas tout à fait négatif. « On aurait pu ne pas interdire le portable dans les établissements, car il pourrait être un élément de sécurité”, dit-il. Toutefois, admet-il, ” il n’est pas agréable que les portables sonnent en classe, au moment où le professeur fait son cour ».

L’intendant, lui, est intransigeant sur la question. Sur une fiche d’inscription qu’il a bien voulu nous remettre, il est mentionné le Règlement intérieur de l’école et dont l’article 18 stipule :« il est formellement interdit de porter et d’user d’appareils électroniques (Radio, Walkman, Portable, MP3, MP4…) en classe et dans les couloirs. Les appareils confisqués ne seront rendus qu’à la fin de l’année scolaire ». Une disposition que l’administration compte faire appliquer à la lettre.

L’élève Astou Ba (nom d’emprunt), elle, a un avis différent sur l’usage du portable. Si ses camarades, qui se la jouent branchées, ne peuvent pas se passer du portable même en classe, Astou préfère, quant à elle, laisser le sien à la maison ”par mesure de prudence”. Tout le contraire de Soukeyna qui reste attachée à ce petit appareil indispensable. Comme à la prunelle de ses yeux. « J’ai toujours mon portable allumé même en classe, parce qu’il peut y avoir une urgence dans la famille et c’est le seul moyen pour me prévenir », invoque-t-elle.

Cap au Lycée Blaise Diagne. Même atmosphère, c’est le brouhaha à l’heure de la pause. Dans cet établissement, difficile de voir le Proviseur ”évaporé” dans la nature et encore moins mettre la main sur le censeur, qui, selon son Assistante adjointe, est trop occupé. Dans l’enceinte de l’établissement des bancs sont sous des arbres à palabre, lieux de retrouvaille pour les élèves.

Une élève, assise toute seule, attend son heure de cours. Habillée en rouge, elle informe que, « pour toute faute en classe, il y a un prix à payer. Certains professeurs exigent un prix, à chaque fois qu’un téléphone cellulaire sonne. Celui-ci sera confisqué par le Professeur et son propriétaire devra débourser 1000 francs pour espérer le récupérer ».

Notre interlocutrice nous confie qu’à la fin de l’année, “la somme récoltée servira à faire des polycopies ou à une activité qu’organise la classe ».

Selon ce Prof de la Vie et de la Terre : « si on devait sanctionner tous les élèves auxquelles leurs portables sonnent en classe, il y aurait trop d’absence et cela risquerait de se répercuter sur leurs notes ; c’est pourquoi…”

Plus loin, au bâtiment D de l’établissement, un Professeur de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT), assis devant le Laboratoire scientifique, lit tranquillement son journal. Interrogé sur le sujet, d’un air sérieux, il s’explique : « si on devait sanctionner tous les élèves auxquelles leurs portables sonnent en classe, il y aurait trop d’absence et cela risquerait de se répercuter sur leurs notes ».

Raison pour laquelle, invoque-t-il, “le Professeur propose une autre alternative. A cet effet, « si après les avertissements, cela continue, il est de mon devoir de confisquer le téléphone cellulaire et c’est au Proviseur de voir quelle suite donner à ce comportement », nous dit-il.

« Nous avons un Professeur de Maths qui, quand il fait 5 minutes de cours, fait 15 minutes au bout du fil ; du coup, on ne peut pas se concentrer et pendant ce temps, moi aussi, j’en profite pour envoyer des messages à mes copines »

Devant les Salles de classe de Terminale Série S, nous retrouvons un groupe de quatre élèves qui, au fil du temps s’est agrandi. Toujours la même tendance : écouteurs accrochés autour du cou ou branchés dans les oreilles. Vêtu en t-shirt noir et d’un pantalon de couleur blanchâtre, ce candidat n’a pas voulu donner son nom. Mais il donne, tout de même, son point de vue.

« Les Professeurs sont les premiers à se comporter de la sorte. Nous avons un Professeur de Maths qui, quand il fait 5 minutes de cours, fait 15 minutes au bout du fil ; du coup, on ne peut pas se concentrer et pendant ce temps, moi aussi, j’en profite pour envoyer des messages à mes copines », se justifie-t-il.

“Les Professeurs devraient montrer l’exemple, l’interdiction des téléphones cellulaires devrait concerner aussi bien les Professeurs que les élèves »

Poursuivant, il ajoute : « si les Professeurs se permettent de passer des appels ou de recevoir des appels en classe, pourquoi pas les élèves ? », s’interroge l’élève, en fin de compte. Son camarade Pape Demba Camara, plus connu sous le sobriquet de PDC, lui coupe la parole et jette son grain de sel dans la marmite à idées qui bout autour de l’usage du téléphone cellulaire. « Les Professeurs devraient montrer l’exemple, l’interdiction des téléphones cellulaires devrait concerner aussi bien les Professeurs que les élèves ».

Anna Alberta Mendez

(Source : Actusen, 30 octobre 2015)

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