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Twitter et la presse sénégalaise : Entre méfiance, retard et intérêt

« L’ère des Nouveaux médias a sonné. Il faut s’adapter ou mourir », disait l’autre. Cette expression pourrait être adressée à la presse sénégalaise qui est plus ou moins active dans la sphère des nouveaux médias. A part Facebook, rare sont les organes de presse ou journalistes sénégalais qui utilisent Twitter pour s’informer ou informer. Qu’est ce qui explique ce fait ? Pourquoi la presse sénégalaise n’est pas encore à la page ? Comment intéresser les journalistes à utiliser Twitter ? Autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre dans ce billet.

Pourquoi la presse sénégalaise n’est pas à la page ?

Depuis l’apparition du phénomène des nouveaux médias, la presse sénégalaise s’engage tant bien que mal à s’adapter pour être à la page. Mais, il est apparu que cette même presse reste figée sur son sort avec l’appui de cette «vieille école» qui ne veut pas ou «qui ne donne pas d’importance à ces nouveaux médias par peur d’être en contact avec ces « journalistes à deux vitesses ». C’est-à-dire ces hommes de métier au statut flou, travail bâclé et multitâches, bousculés par le temps et la machine.

De ce fait, certains journalistes pensent que le fait d’utiliser les nouveaux médias constitue un frein ou un retard pour la diffusion de l’information même si ce constat n’est pas général car les raisons du décalage ayant impliqué l’absence cette presse sur Twitter sont multiples.

« Déjà l’information n’est plus monopolisée. Tout le monde a le droit de prendre la parole sur Twitter journalistes pro, amateurs, passionnés de l’info, témoin anonyme… L’anonymat aidant, Twitter est devenu plus rapide que la presse écrite (papier ou en ligne). Etre sur Twitter de nos jours exige un sens élevé de la répartie (contenu de l’information à diffuser) ainsi qu’une capacité à réagir rapidement suite à un évènement (pour être l’un des premiers à donner l’info) ce qui n’est pas souvent le cas pour les journalistes», précise un passionné des Tic qui préfère le terme complémentarité entre le journaliste et le réseau social.

« Il ne faut jamais opposer média traditionnel et média social, le tout doit être compris dans une stratégie de communication globale », d’où l’idée d’abord de faire la part des choses si on parle de Presse au Sénégal ou les rares tentatives nationales se sont contentées uniquement de dupliquer le contenu papier sur les sites web.

Pour le journaliste blogueur Guindou Fidèle, « l’inactivité des journalistes sénégalais sur Twitter est que ces derniers ignorent les avantages de cette plateforme et la facilité avec laquelle ce média peut nous permettre de réussir notre travail de journaliste. Nous gagnons non seulement en temps mais aussi des sources diverses ». « Je ne peux quantifier ma présence sur les réseaux sociaux. Cela dépend de ma disponibilité. Mais je passe plus de temps sur Facebook que sur Twitter à tel point que parfois je reçois des messages de Twitter m’invitant à venir découvrir ce qui s’y passe », soutient Ibrahima Thiam du journal Le soleil.

Comme lui, la plupart des journalistes connectés, sont sur le réseau social Facebook. Il est rare de les voir sur le réseau de microblogging Twitter parce que disent-ils, twitter est trop «compliqué». L’aspect ludique du réseau de microblogging, et la « non fiabilité » de certaines informations font que la plupart de la presse sénégalaise ne twitte pas. A cela, il faut ajouter, le désintéressement de certains journalistes appartenant souvent de la « vieille école » et la difficulté d’être en contact avec internet qui pose souvent problème au Sénégal . Pourtant, aujourd’hui, l’apport de Twitter dans la collecte, le traitement et la diffusion de l’information n’est plus à prouver.

Demandez simplement au Président Américain Barack Obama au lendemain de sa réélection à la tête des Usa. 3 mots ont suffi à Barack Obama, pour exploser la joie de ses militants. « 4 more Years », la phrase a été retwittée plus de 452.000 fois après seulement quelques minutes. Ce qui fait dire à Aboubacar Sadikh Ndiaye consultant en Tic et formateur, qu’il s’agit d’une question de culture et d’habitude. « Beaucoup de ressortissants des pays du sud considèrent ces réseaux sociaux comme de simples gadgets, peu utiles et importants », dit-il.

L’ère des journalistes blogueurs

Loin de ce constat de désintéressement, il est bien de noter qu’il y a aujourd’hui une nouvelle génération de journalistes blogueurs ou la génération Y appelée « Yers ». On voit de plus en plus de journalistes qui font du blogging pour ne pas être en retard sur l’utilisation des nouveaux médias. Certains peuvent passer plus de 75% de leur temps sur Twitter pour s’informer. Certains organes de presse qui n’ont pas le temps d’être sur la toile, se font attacher les services d’un community manager ou d’une agence. Mais souvent, c’est un journaliste de cette nouvelle génération qui prend en charge tout le travail consacré aux nouveaux médias.

Le Cesti, L’iseg et l’Issic des écoles en pleines mutations web 2.0

L’intégration des nouveaux médias dans les écoles de journalisme constitue un catalyseur dans l’ère des futurs journalismes. En dehors de la formation des BA-BA, une école comme le Cesti a intégré, le blogging dans ses matières, permettant aux récipiendaires de pouvoir être au diapason des technologies tout en côtoyant les outils collaboratifs. C’est le combat du professeur Mamadou Ndiaye qui impose à ses étudiants l’ouverture d’un blog avec une note pour chaque étudiant.

A l’iseg (Institut supérieur d’entreprenariat et de gestion) qui forme des journalistes, les technologies occupent une place très importance. Au-delà du E-learning instauré par l’administration, l’école a ouvert un site internet pour accompagner les étudiants en journalisme. Chaque semaine, ces derniers sont invités à écrire des articles ou produire des reportages qui seront ensuite postés sur le portail. Comme l’Iseg, l’Issic détient un programme très vaste pour mettre dans le bain les futurs journalistes.

Comment impliquer la presse ?

On moment ou des organes de presse comme l’AFP revendique plus de 140 000 « followers » sur ses cinq comptes (français, anglais, espagnol, allemand, institutionnel) et 100 000 sur Facebook (français et anglais), au Sénégal, l’APS ( Agence de presse sénégalaise) n’est pas loin du cap des 1000 followers. Comparaison n’est pas raison certes, mais ce constant est utile pour faire la différence et taper sur la plaie qui retarde la presse sénégalaise surtout celle en ligne.

Si on parle de connectivité, il y a pas photo entre les pays développés et ceux sous-développés comme le Sénégal. Loin de la cherté de la connexion internet, on peut dire sans se tromper que les usages des médias sociaux sont nombreux et variés. Il n’y a pas deux internautes qui en ont strictement le même usage et il faut reconnaître qu’être présent sur Twitter (avoir un compte) et savoir Twitter (pour susciter l’intérêt et l’interaction des followers) sont deux choses différentes.

Pour impliquer les journalistes à l’utilisation des nouveaux médias, une sensibilisation et une formation à ce niveau sont nécessaires pour leur faire comprendre les enjeux de cet univers Web 2.0 car pour être compétitif, il faut nécessairement être sur la toile. Les nouveaux médias doivent impérativement faire partie de leur quotidien. Les acteurs avérés doivent soutenir la presse sénégalaise à travers des activités.

Le moteur de recherche Google, certaines Ong et le Reseau des blogueurs Sénégalais ont déjà entamé des formations dans ce sens avec un accompagnement en long terme. S’il le faut, organiser des concours du meilleur journaliste twittos, etc…. L’initiative est bien belle, mais les journalistes ne prennent pas souvent le temps de participer aux formations. Même si certains d’entre eux ne sont pas à la page, il faut reconnaître que Twitter fera sa route comme le journaliste gardera une rigueur professionnelle et une déontologie qui lui permettra d’éviter toute précipitation grotesque et tout risque de désinformation à grande échelle.

Basile Niane 

Social Media Manager

Ceo de Social Net Link 

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