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L’économie collaborative, ce modèle qui irait si bien à l’Afrique.

L’économie collaborative ou l’économie du partage a fait l’objet de nombreuses tentatives de définition, tant ce concept est polysémique et en constante évolution. Rachel Botsman, une experte en la matière et un des fers de lance de ce concept, définit ce dernier comme une combinaison de termes et le considère comme étant «un modèle économique basé sur l’échange,le partage, la location de biens et de services privilégiant l’usage sur la propriété ».
Ces échanges et partages sont facilités par les technologies de l’information et des
communications et impactent quasiment tous les secteurs, touchant ainsi un nombre de plus en plus croissant de personnes.

Selon les estimations de PricewaterhouseCoopers, les revenus mondiaux des cinq principaux secteurs de l’économie collaborative passeront de 15 milliards de dollars en 2013 à 335 milliards de dollars d’ici 2025.

La recrudescence de ce phénomène dans les pays occidentaux peut être expliquée par les nouveautés qu’il offre. L’économie collaborative propose en effet de nouvelles façons de produire, d’échanger des produits et services consistant à faire correspondre de manière efficace ceux qui ont des actifs ou des talents à partager avec ceux qui en ont besoin par le biais de l’Internet et des plateformes numériques.
Ce concept vient également profondément bouleverser et perturber un modèle fondé sur le marché traditionnel en déplaçant le paradigme basé sur la propriété à une situation où la coopération et l’échange « pair à pair » est la norme.

Nous assistons dans une grande majorité de ces pays occidentaux à un passage progressif et continu d’une logique de propriété à celle de partage entre usagers. En effet, bon nombre d’usagers préfèrent aujourd’hui utiliser des formules d’abonnement mensuel donnant par exemple un accès illimité à une bibliothèque numérique (Kindle Unlimited), ou encore à un catalogue de type Netflix, Spotify ou Deezer.
Que cela soit dans le cadre de la famille, de la tribu, de l’ethnie ou de la nation, la solidarité et notamment le partage constituent une réalité bien ancrée dans les sociétés africaines. Ce que l’économie du partage numérique devrait donc logiquement apporter à l’Afrique et aux africains, ce sont des échanges à une plus grande échelle et la possibilité de partager en toute confiance, biens et services avec de parfaits inconnus.
Des pays comme le Nigéria, le Rwanda et l’Afrique du sud entre autres, ont assisté à
l’installation sur leurs territoires de « géants » tels que Uber et Airbnb, mais également à l’émergence d’innovations locales qui répondent directement aux besoins des populations.
En Afrique du sud, le service en ligne de ménage sur demande SweepSouth a connu un succèsfulgurant en un temps record augmentant ses recettes de 450% lors des quatre premiers mois de fonctionnement. La plateforme permet de connecter les propriétaires avec des professionnels de nettoyage domestique fiables et expérimentés.
Au Rwanda, SafeMotos offre un service à la demande de motocyclettes-taxis avec des chauffeurs à la conduite irréprochable. Le service fait de la sécurité son cheval de bataille et utilise une combinaison de logiciels installés sur les téléphones intelligents des chauffeurs pour contrôler la qualité de conduite de ces derniers.
Au Nigéria, Prepclass connecte les professeurs-tuteurs avec les étudiants. Ce service est un succès phénoménal et les fondateurs de cette plateforme doublent leurs revenus en moyenne tous les 3-4 mois.
L’économie collaborative offre bien plus que la possibilité de louer des espaces, des outils et des moyens de transport. Elle permet en plus de faciliter l’accès à des financements participatifs (Crowdfunding) à des taux très compétitifs. Elle peut également être une solution au chômage avec la possibilité d’accéder à de multiples emplois numériques (travail à la pige ou microboulot) ou de monnayer son expertise à travers les plateformes de Free-lance etc.
Les avantages et opportunités qu’offre cette « nouvelle » façon d’échanger des biens et servicessont nombreux. Raison pour laquelle, les pouvoirs politiques doivent redoubler d’efforts et accélérer le développement des infrastructures des télécommunications et notamment les infrastructures mobiles pour permettre des couvertures plus complètes des territoires.
Réduire la fracture numérique permettra une amélioration des accès des populations aux réseaux et services numériques et servira de socle pour bâtir des environnements numériques propices aux innovations. C’est dans ces conditions que des plateformes favorisant l’identification en ligne, la réputation et bien évidemment la sécurité des échanges et transactions pourront proliférer tout en augmentant la confiance qui est un élément essentiel des échanges pair à pair.
Les gouvernements auraient également tout intérêt à développer des législations adaptées pour un encadrement plus adéquat de ce modèle et ainsi éviter les abus potentiels.
Dans certaines parties du globe, les impacts de l’économie collaborative ont été très importants sur les administrations publiques et municipales, notamment dans les secteurs du transport et de l’hôtellerie.

Nous avons tous en tête les images des nombreuses grèves et coups de colère des taxis et autres professionnels de l’hôtellerie.
Il n’existe présentement pas de consensus dans la façon dont les administrations doivent répondre aux défis législatifs que pose ce modèle. Certaines villes ont mis à jour leurs politiques pour légitimer ces entreprises perturbatrices, là où d’autres ont préféré limiter le développement de ces dernières par la mise en place de mesures spéciales.
Favoriser le développement d’infrastructures, encourager l’innovation et adapter les législations permettront de tirer le maximum de ce concept, de booster l’économie, de formaliser certains pans du secteur informel et ainsi de bénéficier pleinement de ses nombreux avantages.
En Afrique nous partageons depuis si longtemps, avec l’économie collaborative nous partagerons davantage et mieux.
Oumar Watt
Gestionnaire GI/TI

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