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L’équité dans l’éducation? L’accès à l’imagination est à deux vitesses !

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Bamako, il est 10h, je me rends au Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ pour assister à la quatrième édition de la Foire scientifique dans le milieu scolaire, j’étais invité par un ami. C’était une manifestation organisée par le groupe Yavuz Selim (Collège Horizon Bamako) qui a pour objectif en, vérité, de montrer le panel de formations qu’offre ledit groupe, à la population malienne aisée.

Je suis à la Foire Scientifique en milieu scolaire, et c’était une foire, et comme toute les foires, il y avait des exposants et des visiteurs…des curieux aussi ils y étaient. Sauf qu’ici il s’est produit un phénomène : Les stands des exposants étaient tenus par des élèves themselves. Si, si !! J’ai été tout de même impressionné par ce que je voyais. Le stand Biochimie où les jeunes élèves faisaient de petites expériences de labo, dont j’ai rien compris :-), les apprentis techniciens sur le stand des Physiciens qui alimentaient une ampoule électrique avec du citron (et ça marche !).

J’ai adoré le stand de jeux vidéo où la petite qui exposait, avait couplé une Kinect avec un dispositif composé d’une unité centrale et d’une grosse télé, pour obtenir des interactions sans contact. Je n’oublie pas le stand des jeux cognitifs… et mat ! Le géant, monsieur musclor, mettait une tatane au jeune exposant aux jeux d’échecs.

Le petit tenait bon, mais il a trouvé plus expérimenté ! c’est tout. Chez les apprentis roboticiens, il y avait des toubabs qui pilotaient un robot Lego avec son iPhone ! Les enfants étaient ravis ! Certes, ce sont des jouets mais bon, cela peut susciter l’imagination (Thinking outside the Box) et certainement des vocations. Car, sans l’imagination, il est difficile pour tout individu d’accéder à l’expérience qui s’acquière par la pratique afin d’accéder à la connaissance. L’imagination est-elle un préalable à la connaissance? Le père de la théorie de la relativité semblait le dire : ” L’imagination est plus importante que la connaissance. “, Albert Einstein.

Le petit qui tenant le stand informatique m’a bluffé. Il avait décomposé et bien câblé les différents composants hardwares (Disque Dure, Mémoire RAM, Microprocesseur, etc.) et en connaissait chaque détail. Il a 10 ans. Un futur ingénieur Hardware sans doute !

Le trait commun de ces jeunes élèves est simple à saisir. Ce sont des gosses de riches, et du coup, ils sont en avance. Mais en avance par rapport à quoi ou à qui?

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Le même 21 mai à 14h, je suis dans une autre manifestation organisée par la Jeune Chambre Internationale Bamako à la Bibliothèque Nationale. Au programme, le projet “Je lis pour être meilleurs”, qui a pour objectif de susciter ou ressusciter l’amour de la lecture et donc de l’accès à la connaissance aux élèves. Ne cherchons pas loin, les élèves ne lisent pas! L’époque de la floraison de Centre de Lecture et d’Animation Culturelles (CLAC) n’ait plus. Les livres ne s’achètent que quand ils sont “au programme” et finissent par la suite chez les vendeurs de “par terre”.

La mal utilisation de la petite technologie n’aidant point, les élèves et même les parents n’ont plus le temps de lire. Les conséquences d’un tel changement sautent aux yeux et je ne compte pas étaler mon texte qui s’allonge dessus. Mais heureusement des initiatives pour redorer le blason à la lecture dès le bas âge naissent ici et là. C’est le cas du projet JLM de la JCI Bamako. L’ambiance était joyeuse.

La chance m’a été donnée de revivre de tendres souvenirs passés au CLAC de Vélingara au fil de l’animation des organisateurs. Les enfants participants rivalisaient d’adresse entre les concours de récitations et les joutes de lectures à haute voix. Une petite fille de 5 ou 6 ans a impressionné l’auditoire avec une récitation magistrale, agrémentée de gestuelles théâtrales digne de Broadway Avenue à New York. Moi, c’est l’Oscar directe que je lui aurais donnée à cette future actrice tant elle a réveillée la salle.

L’imaginaire est arrivée à son comble avec le conte de la présidente de l’organisation. Les mômes étaient scotchés jusqu’à la chute, c’est le cas de le dire. La chute fut heureusement douce car c’est l’imagination des enfants qui s’envolaient. L’imagination ne donne- t- elle pas des ailes parfois. The Great Ali le pense :“L’homme qui n’a pas d’imagination n’a pas d’ailes.”, Mohammed Ali.

Suscitez l’imaginaire de l’enfant et vous lui donnez la possibilité de voler, de se surpasser à l’école et plus tard dans la vie. J’en suis convaincu et c’est, sans doute, ce qui émane de ces deux si différents sphères. Ma participation à ces deux différents événements m’a une fois de plus montré la disparité qui existe dans l’éducation dans son ensemble. Les premiers savent déjà faire et mieux que les seconds ce que ces derniers apprennent à faire et bien faire, alors que les seconds sont à des années lumières de savoir faire ce que les premiers font déjà dès le bas  âge. Les premiers vont sans doute accéder vite et plus facilement au marché de l’emploi puisqu’ils ont une éducation de qualité. Ils vont même imaginer et développer par intelligence artificielle, le programme d’enseignement pour les seconds, alors que les seconds vont devoir faire cinq fois plus pour accéder au même niveau. C’était mon cas ! C’est pour cela que je me bats pour l’accès aux TICs dès le bas niveau pour de tous les enfants africains.

NB : Le masculin a été utilisé de manière générique lors de la rédaction de ce texte.

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