Une nouvelle étude du Panel Malabo Montpellier souligne les nombreuses possibilités d’investissements tout au long de la chaîne de valeur agricole qui permettraient aux agriculteurs africains de réaliser une avancée spectaculaire en termes de pratiques modernes

 Selon ce nouveau rapport, les innovations numériques offrent non seulement des possibilités de transformation des zones rurales et de l’agriculture en Afrique, mais aussi un moyen de relever les autres défis émergents du continent que sont le chômage des jeunes, l’insécurité alimentaire et le maintien de la croissance économique. 

Dans un continent où environ 60% de la population a moins de 24 ans, un Africain sur quatre – le taux le plus élevé au monde – vit encore en situation d’insécurité alimentaire. 

« L’occasion est parfaite pour développer l’agriculture numérique dans toute l’Afrique rurale », déclare le Professeur Joachim von Braun, coprésident du Panel Malabo Montpellier. « Les nombreux outils numériques émergents ciblant l’agriculture et les services vont générer des emplois attractifs sur le continent dans les décennies à venir. »

 

Le rapport intitulé Byte by Byte: Policy Innovation for Transforming Africa’s Food System with Digital Technologies sera lancé le 25 juin à l’occasion du  Forum Malabo Montpellier qui aura lieu à Kigali, au Rwanda. Les participants au Forum seront invités à débattre sur la question de l’augmentation récente du niveau d’adoption technologies mobiles en Afrique, sur les limites actuelles et sur les priorités pour l’avenir.

Le rapport incite les investisseurs à cibler les infrastructures dites « du dernier kilomètre » afin de réduire la fracture numérique entre les zones urbaines et les zones rurales, sans oublier les connexions au réseau électrique, les télécommunications fiables et la connexion Internet. Il recommande également la création de pôles d’innovation numérique et la mise en place d’avantages fiscaux tels que la réduction des tarifs à l’importation – qui permet de faciliter l’entrée des technologies sur les marchés locaux actuellement limités. Les autres recommandations concernent, entre autres, le financement à long terme, l’internet (mobile) abordable, les normes de concurrence loyale et les prix globalement plus bas pour les consommateurs.  

Au Rwanda, l’exemple est donné par le gouvernement qui a construit la Cité de l’innovation de Kigali, un centre de transformation numérique d’une valeur de 2 milliards de dollars qui réunira des universités de classe mondiale, des entreprises technologiques et de jeunes entrepreneurs provenant de toute l’Afrique.

Il convient de placer la digitalisation au centre des politiques nationales de développement agricole et des plans d’investissement public. Dans le même temps, il est nécessaire de mettre en place, d’une part, un cadre réglementaire transparent pour promouvoir une adoption plus importante des technologies et des services numériques et, d’autre part, des politiques de confidentialités pour équilibrer la libre circulation des données et de l’information.

« En développant la digitalisation de manière intelligente à l’échelle du continent, les pays africains auront la possibilité de surmonter les nombreux obstacles infrastructurels, institutionnels et technologiques qui entravent la croissance et la transformation de l’économie agricole et rurale », a déclaré Ousmane Badiane, coprésident du Panel Malabo Montpellier. « Autrement, il faudrait plusieurs générations et des investissements considérables pour surmonter ces obstacles – et les pays ne disposent ni du temps ni de l’argent nécessaire à cet effet. »

« Les technologies numériques peuvent être exploitées de manière à améliorer les compétences, fournir des services, connecter les entreprises, ce qui permettra d’atteindre – rapidement et à moindres coûts – une masse critique d’opérateurs à travers des zones géographiques très dispersées » ajoute Dr. Badiane.

Le domaine qui, selon le rapport, pourrait grandement bénéficier de l’innovation digitale est celui de la réduction des pertes post-récolte – un problème crucial dans la chaîne de valeur agricole de l’Afrique – estimées à 37 pour cent de la production totale par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Le rapport soulève également les questions du déficit d’alphabétisation numérique et du déficit de compétences en technologies de l’information, en particulier chez les agriculteurs, les agents de vulgarisation et les entrepreneurs de l’agriculture connectée. Si l’Afrique ne résout pas ces problèmes en amont, les efforts déployés par la région pour se positionner en acteur ou en leader de la quatrième révolution industrielle pourraient être vains et desservir le secteur agricole.

 

Néanmoins, les avantages de la digitalisation sont déjà largement perceptibles dans la chaîne de valeur agricole, depuis la fourniture d’accès à l’information et à d’autres services (notamment financiers) jusqu’à l’amélioration des connexions avec les marchés. Blockchain, Big Data, la robotique, l’Internet des objets, mais aussi des innovations plus sobres et moins coûteuses, figurent parmi les technologies utilisées.

Des applications telles que FarmCrowdy et FarmDrive au Kenya, qui utilisent la technologie du Big Data pour établir des cotes de solvabilité pour les agriculteurs, ont aidé des milliers de personnes à accéder à des prêts. Des outils tels que le capteur SmartFarm de la société nigériane Zenvus et le système de prévision météorologique d’Ignitia au Ghana fournissent aux agriculteurs des données sur les sols et les conditions météorologiques qui leur permettent de renforcer leur résilience

– améliorant ainsi leur gestion des chocs

– et d’accroître leur productivité.

Les technologies Hello Tractor au Nigeria et au Kenya et les applications TROTRO Tractor au Ghana, quant à elles, aident les agriculteurs à identifier les tracteurs disponibles à la location dans leur environnement immédiat

Crédit photo: afrique Agriculture