La Délégation à l’entrepreneuriat rapide (Der) n’en finit pas de faire parler d’elle. Au-delà des sommes faramineuses dégagées pour le financement des détenteurs de projet, la structure est aussi confrontée à ses propres turpitudes. Le cas du menuisier Senghane Diallo en est une parfaite illustration.

Lors de la cérémonie de remise de chèques organisée en août 2018, le jeune homme était tout heureux de recevoir, des mains du chef de l’Etat, un spécimen de chèque de 15 millions de francs Cfa. Par-là, l’Etat montrait à la face du monde qu’il a bel et bien accepté de financer, via la Der, son projet de renforcement de capacités.

Quelques jours plus tard, il a été très heureux d’être appelé par la Bnde pour venir récupérer son financement, conformément aux engagements. Une fois dans les locaux de cet établissement de crédit, il a failli tomber des nues. En effet, en lieu et place d’un financement de 15 millions, on tente de lui faire signer un contrat de 5,5 millions de francs Cfa. Il dit alors niet, puisque c’est devant le chef de l’Etat et les écrans du monde qu’on lui a tendu un chèque de 15 millions, sur sa demande.

‘’Si vous revoyez les images, j’étais juste à la gauche du président. A un moment, il me taquinait même en tirant sur ma barbe’’, se rappelle-t-il désemparé.

Pour tirer les choses au clair, il appelle directement les autorités de la Der. ‘’Ils ont dit que c’est une erreur, avant de me conseiller de prendre la somme indiquée, à charge pour eux de compléter. J’ai alors pris et je suis parti acheter une partie du matériel. Je leur ai apporté toutes les factures, mais j’étais bloqué, puis qu’il me manquait encore des choses à acheter pour dérouler correctement mon projet’’.

Mais Senghane n’était pas au bout de ses peines. Au cours d’une visite de terrain, les autorités de la Der lui signalent, qu’en réalité, c’est eux qui se sont trompés en lui faisant un chèque de 15 millions lors de la cérémonie. Son projet ayant été réévalué et financé à hauteur de 5,5 millions de francs Cfa. Courroucé, il leur dit : ‘’Danguen ma yapp wala ? (Vous vous foutez de ma gueule ou quoi ?). Moi, je suis passé par les voies normales pour déposer. Je n’ai eu aucun bras long ; c’est eux qui m’ont contacté pour me dire que mon projet a été retenu ; ils m’ont invité à la cérémonie ; ils m’ont fait remettre devant le monde entier un chèque de 15 millions par le président de la République lui-même. Je ne peux donc prendre 5,5 millions comme si de rien n’était.’’

Face à son refus catégorique, les services de Papa Amadou Sarr promettent alors de diligenter l’affaire. Quelques jours après, M. Diallo reçoit un autre versement de 2,5 millions de francs, dans des conditions peu transparentes, selon ses dires. ‘’Je n’ai signé aucun contrat, aucun avenant, contrairement à la première fois. Je leur ai demandé pourquoi ce virement, puis qu’ils me devaient 9,5 millions ? Ils m’ont dit de gérer ça en attendant’’. Plus tard, face à l’insistance du menuisier qui dénonce un acte visant à lui fermer sa bouche, la Der et la Bnde se rejetteront la faute, du fait qu’aucun document n’a été signé avant le retrait de ces 2,5 millions supplémentaires.

En tout état de cause, le menuisier, lui, dit ne pas avoir besoin de l’argent du contribuable. ‘’Tout ce que je veux, c’est qu’ils respectent leur part du contrat, afin que je puisse continuer mon projet. Cet argent ne m’appartient pas. Je veux juste avoir les financements nécessaires pour poursuivre mes activités comme je l’avais projeté. Mais tant qu’ils ne m’auront pas complété la somme, je ne pourrais rembourser, car mon projet se trouve bloqué’’.

Plus cocasse encore, le bonhomme jure que, jus qu’à présent, malgré les nombreux appels au remboursement, personne n’a daigné l’appeler. ‘’Mais moi, fulmine-t-il, je n’ai pas besoin de cet argent qui ne m’appartient pas. Tout ce que je veux, c’est qu’ils respectent leur engagement, que je puisse travailler pour rembourser. Comme ça, d’autres jeunes pourront en bénéficier’’.

Ce dossier brûlant sur la table de la Der fait suite à celle impliquant la ministre en charge de l’Economie solidaire. Cette dernière avait servi une citation directe au patron de la structure, Papa Amadou Sarr, qui l’avait citée parmi les bénéficiaires de financements, pour un montant de 150 millions de francs Cfa, via son Gie And Jeego. A en croire la ministre, le Gie susvisé n’a eu à bénéficier que d’une promesse de financement.

Ces scandales surgissent dans un contexte où l’Etat est en train de remuer ciel et terre pour obliger les bénéficiaires à rembourser leurs financements.

Source: limametti.com

Comments

comments