À la jonction des laboratoires de recherche, de l’entrepreneuriat technologique et des politiques publiques, Mahuna Akplogan incarne une nouvelle génération de dirigeants africains, formés par la science et enracinés dans les réalités locales. Sa nomination à la tête du Ministère de la Transformation Digitale et de l’Innovation (MTDI) du Bénin n’est pas un hasard politique. Elle semble plutôt le résultat logique d’un parcours bâti avec rigueur, discrétion et vision.
Son nom circulait déjà dans les cercles technologiques béninois, depuis plusieurs années, comme celui d’un expert capable de nouer des liens entre l’intelligence artificielle et les véritables enjeux du développement. Mais au-delà du scientifique reconnu à l’international, il y a aussi un homme dont le parcours intime est aussi une histoire de détermination, de curiosité intellectuelle, de fidélité à des racines.
Né d’un père ancien haut cadre des chemins de fer et d’une mère commerçante, tous deux issus d’une famille modeste mais structurée du Bénin, Mahuna Akplogan a grandi dans un milieu où travail et discipline étaient les valeurs fondamentales. Très tôt, il se passionne pour les sciences et les systèmes complexes. Après avoir décroché un bac scientifique au Bénin, il quitte son pays en 2001 pour poursuivre ses études en France, avec en poche des rêves encore indécis entre vocation religieuse, mécanique aéronautique et passion scientifique.
C’est l’univers de l’informatique avancée qui le rattrape finalement. Alors que d’autres ne voient que de simples lignes de code, il entrevoit déjà les transformations profondes que les données et l’intelligence artificielle apporteront aux sociétés modernes. Ce choix deviendra le fil rouge d’une carrière basée sur la recherche et l’innovation. Il obtient un doctorat en Intelligence Artificielle, dans une spécialité encore émergente à l’époque : la valorisation intelligente de la donnée.
Il acquiert ainsi, en France, grâce à ses projets, une réputation solide d’expert en Data Science. Elle est demandée sur des secteurs stratégiques comme la banque, l’entreprise, les systèmes hospitaliers où les données sont des leviers décisifs de performance et d’aide à la décision. Ses collaborateurs, en revanche dressent le portrait d’un homme de méthode, d’analyse, mais avec un vrai sens de la vulgarisation, ce qui est plutôt rare dans des métiers aussi techniques.
Cette culture de l’innovation le mène ensuite vers l’entrepreneuriat. Avec plusieurs associés, il crée la solution Smart Layers, plateforme intelligente qui permet d’extraire automatiquement, grâce à l’intelligence artificielle, des informations contenues dans des documents administratifs complexes. Des factures, rapports ou actes administratifs, deviennent en quelques secondes exploitables par des systèmes automatisés. L’outil séduit rapidement de nombreuses entreprises à travers le monde et prouve sa capacité à transformer la recherche scientifique en des solutions concrètes.
Mais même en menant une carrière internationale, Mahuna Akplogan n’a jamais complètement rompu avec son pays d’origine. Loin de là, au fil des années, son regard se tourne de plus en plus vers les enjeux africains de souveraineté numérique et d’inclusion technologique. Pour lui, l’IA ne doit pas être seulement une révolution importée des grandes puissances technologiques, elle doit aussi refléter les langues, les cultures et les réalités africaines.
C’est dans cette dynamique qu’il arrive à Sèmè City où il est responsable du programme d’accompagnement Springboard. À nouveau, il marque les esprits en menant des initiatives d’envergure nationale. Parmi elles, GPT.BJ, le premier chatbot gouvernemental béninois, conçu pour démocratiser l’accès au droit. Cet outil permet aux citoyens de consulter facilement les différents codes juridiques du pays fiscalité, numérique, droit du travail sans avoir à se perdre dans des textes complexes. Une innovation qui reflète sa vision d’une technologie utile, accessible et directement liée aux besoins des populations.
Un autre projet emblématique : « J’aime ma langue », une initiative ambitieuse qui vise à intégrer les langues locales béninoises dans les grands modèles mondiaux d’intelligence artificielle. Ainsi, le fon, le yoruba, le bariba et d’autres langues nationales deviennent des données stratégiques dans la bataille mondiale de la présence numérique des cultures. Cette démarche traduit la conviction profonde que l’Afrique ne peut pas construire sa souveraineté numérique sans préserver son identité linguistique.
Aujourd’hui, en prenant la tête du Ministère de la Transformation Digitale et de l’Innovation au sein du gouvernement dirigé par Romuald Wadagni, Mahuna Akplogan se voit confier un portefeuille stratégique. Sa mission va bien au-delà de la simple modernisation administrative. Elle vise à faire du numérique un véritable levier de croissance économique, d’inclusion sociale et de compétitivité pour le Bénin.
À une époque où l’intelligence artificielle modifie les rapports de force mondiaux, le choix de ce scientifique-entrepreneur est un signe sans équivoque : le Bénin entend désormais participer à la révolution technologique, non comme un simple consommateur, mais comme un acteur qui sait innover, produire et défendre sa propre vision du numérique.

