Procès: Snap, YouTube et TikTok trouvent un accord de dernière minute, Meta reste seul sur le banc des accusés

Trois des plus grandes plateformes sociales au monde ont conclu des accords à l’amiable in extremis avec un district scolaire du Kentucky, évitant de justesse un procès qui devait faire date dans la lutte contre l’addiction numérique et la crise de santé mentale chez les adolescents.

Les accords, déposés vendredi devant un tribunal fédéral d’Oakland, en Californie, sont intervenus à quelques semaines seulement de l’audience prévue le 12 juin. Leurs termes n’ont pas été divulgués. Cette issue laisse Meta, la maison mère de Facebook et Instagram, comme seul défendeur à affronter ce qui s’annonce comme un face-à-face judiciaire à hauts risques.

Pour le Breathitt County School District, une communauté rurale de l’est du Kentucky, l’affaire n’a jamais été qu’une question d’argent. Le district réclamait plus de 60 millions de dollars pour financer des programmes de santé mentale, soutenant que les plateformes avaient été sciemment conçues pour être aussi addictives que des cigarettes. Enseignants et administrateurs assurent avoir dû détourner des ressources éducatives déjà rares pour faire face à une vague d’anxiété, de dépression et de cyberharcèlement chez les élèves.

« Notre objectif n’est pas de diaboliser la technologie. Il est de tenir ces entreprises responsables d’avoir conçu des produits qui nuisent aux enfants », a déclaré un avocat du district dans un communiqué après les accords.

Une affaire-test aux répercussions nationales

Ce procès n’a jamais été un litige isolé. Il fais office de « cas témoin » (bellwether), un thermomètre juridique destiné à évaluer la manière dont les jurys pourraient se prononcer dans plus de 1 200 plaintes similaires déposées par des conseils scolaires à travers les États-Unis, aux côtés d’environ 2 400 poursuites individuelles. Les experts juridiques établissent un parallèle frappant avec les procès historiques contre l’industrie du tabac dans les années 1990, où l’addiction était déjà présentée comme une responsabilité corporative.

La décision de Snap, Google (propriétaire de YouTube) et ByteDance (propriétaire de TikTok) de transiger suggère une prise de conscience croissante de leur vulnérabilité judiciaire. Ces derniers mois, le terrain a brutalement glissé sous les pieds du secteur.

Deux revers qui ont changé la donne

Rien qu’au mois de mars, Meta et Google ont essuyé deux défaites judiciaires significatives.

À Los Angeles, un jury a reconnu les entreprises coupables d’avoir conçu des plateformes addictives ayant causé un préjudice à une jeune femme de 20 ans, lui accordant 6 millions de dollars de dommages et intérêts.

Quelques jours plus tard, l’État du Nouveau-Mexique a obtenu de Meta un dédommagement de 375 millions de dollars, l’accusant d’avoir créé un « marché de prédateurs » exposant des enfants à des abus généralisés.

Ces verdicts, bien que non définitifs, ont envoyé un signal puissant. Selon les analystes de Bloomberg Intelligence, la responsabilité potentielle totale du secteur dans ces affaires pourrait atteindre 400 milliards de dollars, un chiffre qui a visiblement influencé les stratégies d’entreprise.

« Lorsqu’on commence à perdre devant des jurys, trouver un accord devient soudain une décision commerciale très rationnelle », observe un observateur juridique proche du dossier.

Meta résiste, mais à quel prix ?

Meta, pour sa part, refuse de plier. La société a déjà annoncé son intention de faire appel des décisions de mars et maintient que ses plateformes sont dotées de dispositifs de sécurité protégeant les plus jeunes. Dans ses mémoires, ses avocats estiment que les accusations du Kentucky sont exagérées et que corrélation ne signifie pas causalité.

Mais avec Snap, YouTube et TikTok désormais hors de cause, tous les regards se tournent vers la défense de Meta. Si l’entreprise venait à perdre au procès, elle s’exposerait non seulement à des sanctions financières substantielles, mais aussi à des injonctions judiciaires modifiant la conception de ses produits, une refonte radicale des fonctionnalités qui fidélisent les utilisateurs.

Les avocats des plaignants ont prévenu qu’ils n’en resteraient pas là. Dans une déclaration commune, ils ont affirmé : « Ce n’est que le début. Nous continuerons à poursuivre la justice pour les 1 200 districts restants, et pour les millions de familles qui ont été touchées. »

par Socialnetlink

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