Dans toute l’Afrique de l’Ouest, des milliers d’entrepreneurs font tourner leur activité depuis un simple smartphone. Une photo publiée sur WhatsApp, une commande reçue sur Instagram, un paiement effectué par Mobile Money et une livraison organisée par message vocal. Derrière ces échanges qui paraissent anodins se cache une économie dynamique, mais largement invisible pour les banques.
C’est exactement le problème que la fintech ivoirienne Yelen vise à résoudre. Cette jeune pousse, qui se présente comme une néobanque destinée aux vendeurs sociaux africains, met au point une plateforme qui leur permet de vendre en ligne, de recevoir des paiements Mobile Money et de constituer petit à petit un historique financier qui pourra leur donner accès au financement.
Dans l’espace UEMOA, des millions de marchands gèrent leurs activités depuis leur smartphone. Les commandes arrivent par messages privés, les paiements sont effectués via Mobile Money et la comptabilité est souvent tenue de manière informelle. Faute de données financières structurées, ces entrepreneurs restent exclus des mécanismes traditionnels de crédit et d’accompagnement.
Pour relever ce défi, Yelen propose une solution intégrée combinant boutique en ligne, paiements numériques, suivi des commandes et gestion des transactions.
L’ambition de la startup va toutefois au-delà du simple traitement des paiements. À terme, les données produites permettront de proposer des solutions de financement adaptées aux besoins des vendeurs, notamment pour l’achat de stock ou l’obtention d’avances sur ventes. Une démarche qui s’inscrit dans la tendance mondiale de la finance embarquée, c’est-à-dire l’intégration des services financiers directement dans les outils utilisés au quotidien par les entreprises.
Le potentiel est immense. L’entreprise estime qu’il existe près de 50 millions de commerçants informels dans l’espace UEMOA, une économie dont le volume annuel pourrait s’élever à 200 milliards de dollars.
Dans cette région où le Mobile Money est devenu un outil indispensable du quotidien, la capacité à transformer des transactions informelles en données financières exploitables est un enjeu majeur pour l’inclusion financière.
En mai 2026, Yelen comptait déjà plus de 5 500 marchands inscrits, dont plus de 2 000 utilisateurs actifs, pour un volume de transactions de 60 000 dollars. Chose remarquable, cette croissance aurait été atteinte sans aucun investissement publicitaire, par le biais du bouche-à-oreille et des recommandations entre commerçants.
Cette jeune entreprise est portée par Ibrahima Sylla, un ancien de Google et d’Anka, et par Chris Okoth, expert des infrastructures de paiement mobile. Leurs ambitions : construire les services financiers de nouvelle génération pour les vendeurs sociaux africains en partant de leurs usages réels. La Fintech prépare actuellement une levée de fonds de pré-amorçage d’un montant de 300 000 dollars pour accélérer son développement au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.
Au-delà de la technologie, la vision de Yelen est de construire pas à pas l’infrastructure financière des vendeurs sociaux africains. Une ambition qui pourrait permettre à des millions d’entrepreneurs de passer de l’économie informelle à une économie plus structurée, traçable et finançable.