Passer au contenu principal

Actualités technologiques et startups au Sénégal et en Afrique

A la Une

Mobiliser la diaspora scientifique : de l’opportunité à la stratégie pour le Sénégal et l’Afrique

Mobiliser la diaspora scientifique : de l’opportunité à la stratégie pour le Sénégal et l’Afrique

Illustration Mobiliser la diaspora scientifique : de l’opportunité à la stratégie pour le Sénégal et l’Afrique

Lorsqu’on évoque la diaspora, le débat se concentre souvent sur sa contribution économique. Il est ainsi rappelé que près de 700 000 Sénégalais vivent à l’étranger, soit environ 4 % de la population, et contribuent à environ plus de 10 % du PIB à travers les envois de fonds.  

Organisé à Dakar le 24 mars 2026 par l’Ambassade du Canada et ses partenaires, le Forum Diaspora Impact a permis de dépasser la seule contribution économique de la diaspora pour mettre en lumière son rôle central dans la transformation sociale. Il a permis d’éclairer la valeur des expériences transnationales, des compétences répondant aux standards internationaux, des réseaux, ainsi que du potentiel en matière de diplomatie scientifique et de contribution aux agendas de développement des pays d’origine.

Le panel consacré à la thématique « Diaspora, Recherche et Innovation pour le Développement » a ainsi permis de déplacer le regard. Il ne s’agissait plus seulement de mobiliser des ressources, mais de mobiliser la connaissance, l’expertise et la capacité d’innovation. Une question centrale, non seulement pour le Sénégal, mais pour l’ensemble des pays africains — et au cœur même de la mission d’institutions comme le Centre de recherches pour le développement international (CRDI).

Changer de paradigme : de la fuite des cerveaux à la circulation des savoirs

Pendant des décennies, la question de la diaspora scientifique a été enfermée dans une lecture binaire : partir ou revenir. Cette grille de lecture ne correspond plus aux réalités contemporaines.

Aujourd’hui, les trajectoires sont hybrides, les collaborations transnationales, et les contributions multiples. Dans certains domaines, la diaspora scientifique a permis l’introduction dans les pays d’origine de nouvelles approches, d’améliorer les protocoles de recherche, et de favoriser le développement de réseaux et de partenariats.

La diaspora scientifique ne se limite donc pas à ceux qui reviennent ; elle inclut aussi ceux qui co-publient, co-innovent, mentorent, financent ou transfèrent des compétences à distance. 

Ce changement de paradigme est fondamental. Il permet de passer d’une logique de perte — la “fuite des cerveaux” — à une logique de réseau — la circulation des savoirs.

Pour des institutions comme le CRDI, qui investissent dans la recherche pour le développement, cette évolution ouvre des perspectives majeures : il ne s’agit pas seulement de financer des projets, mais de connecter des écosystèmes de connaissances à l’échelle globale.

Un potentiel immense, mais encore insuffisamment structuré

Le diagnostic posé lors du forum est sans ambiguïté : la diaspora scientifique africaine constitue un vivier exceptionnel de compétences, mais son potentiel reste fragmenté et partiellement exploité.

Au Sénégal comme ailleurs sur le continent, plusieurs contraintes persistent : faiblesse du financement de la recherche, absence de mécanismes institutionnels dédiés, manque de coordination entre acteurs, et intégration encore limitée de la science dans les processus de décision publique.

Pourtant, les contributions existent déjà — souvent de manière informelle. Des chercheurs de la diaspora co-encadrent des thèses, participent à des projets internationaux ou accompagnent des institutions locales. Mais ces initiatives restent dispersées, dépendantes d’engagements individuels plutôt que d’une stratégie collective.

Le véritable défi n’est donc pas d’identifier les talents, mais de structurer leur mobilisation, d’institutionaliser et d’évaluer leurs contributions, et de les faire passer à l’échelle au service des secteurs prioritaires des pays d’origine.

Faire de la diaspora une extension du système scientifique national

L’une des idées fortes issues du panel est la nécessité de repenser la place de la diaspora scientifique : non plus comme un acteur périphérique, mais comme une extension du système national de recherche et d’innovation.

Cette approche implique une transformation en profondeur des politiques publiques. Elle suppose notamment :

  • d’intégrer la diaspora dans les stratégies nationales de recherche 
  • de développer des cadres de collaboration institutionnalisés 
  • et de renforcer la diplomatie scientifique comme outil de coopération internationale 

Pour le Sénégal, cela s’inscrit pleinement dans l’ambition de la vision 2050, vision parfaitement alignée avec l’agenda 2063 de l’Union Africaine sur la nécessité pour l’Afrique d’avoir des liens dynamiques et fructueux avec sa diaspora. En effet, il n’est plus besoin de rappeler que pour le continent africain, cela représente une opportunité stratégique de tirer parti d’un capital humain bien formé, inséré dans les écosystèmes mondiaux performants et disposant de liens forts avec leur pays d’origine ainsi qu’une meilleure connaissance des contextes locaux.

Investir dans la science pour renforcer la souveraineté

Mais la mobilisation de la diaspora scientifique ne peut être efficace sans un investissement accru dans la recherche et l’innovation.

Aujourd’hui, la majorité des pays africains restent en deçà des objectifs continentaux en matière de financement de la recherche. En effet, le continent consacre en moyenne 0,5% de son Produit Intérieur Brut (PIB) à la recherche et au développement. Ce qui représente moins de la moitié de l’engagement des Etats africains à investir 1% de leur PIB dans la R&D et est loin derrière la moyenne mondiale de 2,2%. Cette situation limite non seulement la production de connaissances, l’innovation technologique et la transformation industrielle, mais aussi la capacité à attirer et à retenir les talents — y compris ceux de la diaspora.

Or, la science n’est pas seulement un outil de développement : elle est un levier de souveraineté. Dans des domaines clés comme la santé, l’agriculture, le numérique ou le climat, la capacité à produire et à utiliser des connaissances devient déterminante pour générer un triple dividende économique, social et environnemental.

Dans ce contexte, la diaspora peut jouer un rôle d’accélérateur — à condition que des signaux clairs soient envoyés en termes de priorités et d’investissements.

Trois priorités pour passer à l’échelle

À l’issue du forum, plusieurs recommandations se dégagent pour transformer ce potentiel en impact concret :

  • Mieux connaître et connecter la diaspora scientifique : La mise en place de cartographies dynamiques des compétences apparaît comme un préalable essentiel. Ces outils doivent permettre d’aligner les expertises disponibles avec les besoins nationaux.
  • Créer des mécanismes flexibles de collaboration : La contribution de la diaspora ne doit pas être conditionnée au retour physique. Des plateformes hybrides — combinant présence ponctuelle et engagement à distance — doivent être développées pour faciliter la participation des chercheurs.
  • Renforcer le lien entre science et décision publique : Enfin, l’intégration des données et de l’expertise scientifique dans les politiques publiques est cruciale. Cela passe par le développement ou l’intégration de systèmes d’information, d’évaluation et de conseil scientifique au sein des institutions et mécanismes de gouvernance.

La diaspora scientifique, une opportunité stratégique pour l’Afrique?

Au-delà du Sénégal, les enseignements de ce forum résonnent à l’échelle continentale. Dans un contexte de transformation rapide, les pays africains disposent avec leur diaspora scientifique d’un atout unique : une capacité à connecter les dynamiques locales aux savoirs globaux.

Mais cette opportunité ne se concrétisera pas spontanément. Elle nécessite une vision, des mécanismes et des investissements.

La question n’est plus de savoir si la diaspora peut contribuer. Elle contribue déjà.

La véritable question est désormais : sommes-nous prêts à organiser, amplifier et inscrire cette contribution dans une stratégie de développement à long terme ?

Pour le Sénégal comme pour l’Afrique, la réponse à cette question pourrait bien déterminer la place du continent dans l’économie mondiale de la connaissance.

Lancelot Ehode,

Conseiller régional, Bureau Afrique centrale et de l’Ouest du Centre de recherches pour le développement international (CRDI)

Social Net Link

Ne manquez aucune actualite tech et startup

Rejoignez notre chaine WhatsApp et abonnez-vous a SNL TV sur YouTube.

Rejoindre WhatsAppVoir SNL TV sur YouTube

Ne manquez rien

La newsletter du numérique africain

S'abonner gratuitement
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.