Passer au contenu principal

Actualités technologiques et startups au Sénégal et en Afrique

A la Une

Côte d’Ivoire : la Startup Act entre dans sa phase opérationnelle

statut act Afrique cote d'ivoire

Illustration Côte d’Ivoire : la Startup Act entre dans sa phase opérationnelle

Pendant longtemps, les politiques africaines en faveur des startups ont surtout produit des annonces, des concours de pitch et des promesses de financement. La Côte d’Ivoire tente désormais de franchir la partie la plus difficile du parcours : transformer une loi en avantages effectivement accessibles aux entreprises technologiques.

Adoptée le 23 novembre 2023, la loi ivoirienne portant promotion des startups numériques avait établi le principe d’un label national et prévu un ensemble d’incitations fiscales, douanières, financières et administratives. Mais un texte, aussi ambitieux soit-il, ne finance aucune entreprise tant que les mécanismes de sélection, les budgets et les institutions chargées de l’appliquer ne sont pas opérationnels.

Depuis 2025, plusieurs pièces du dispositif ont été mises en place. Un Comité de labellisation a été créé, un régime fiscal spécifique est entré dans la loi de finances 2026 et un programme public d’accompagnement mobilise désormais des ressources pour le prototypage et l’amorçage.

La Côte d’Ivoire ne dispose pas encore d’une politique pleinement éprouvée. Elle commence néanmoins à relier trois éléments souvent dispersés dans les écosystèmes africains : la reconnaissance juridique de la startup, l’allègement de ses charges et son accès au capital.

Un label pour distinguer la startup de la PME ordinaire

La Startup Act ivoirienne repose sur une idée simple : toutes les jeunes entreprises ne sont pas des startups et toutes les entreprises numériques ne présentent pas nécessairement un potentiel d’innovation ou de croissance rapide.

Pour bénéficier du statut, une société doit être constituée selon le droit ivoirien, avoir un capital majoritairement détenu par des nationaux et proposer un produit, une technologie ou un modèle économique innovant. Elle doit également démontrer l’existence d’un prototype, d’un produit minimum viable ou d’une première validation du marché.

D’autres critères portent sur le potentiel de croissance, la création d’emplois, la capacité de la solution à changer d’échelle et les compétences de l’équipe. Une entreprise qui ne satisfait pas encore à toutes les conditions peut obtenir un pré-label valable un an, renouvelable une fois. (Loi n° 2023-901, conditions de labellisation)

Ce mécanisme doit permettre à l’État de cibler son soutien et d’éviter que les avantages destinés aux jeunes entreprises innovantes soient captés par des sociétés ordinaires simplement requalifiées en startups.

Le label, dont la validité ne peut excéder cinq ans, devient ainsi la porte d’entrée vers les dispositifs publics. Il peut toutefois être suspendu ou retiré si l’entreprise ne respecte plus ses obligations. Le remboursement de certains avantages peut également être exigé.

Le 12 mars 2025, le gouvernement a adopté le décret fixant les attributions, l’organisation et le fonctionnement du Comité de labellisation. Celui-ci est chargé de valider, de contrôler et, le cas échéant, de retirer le label. Cette décision a donné une existence institutionnelle au mécanisme prévu par la loi de 2023. (Présidence de la Côte d’Ivoire)

Il reste néanmoins un indicateur essentiel à rendre public : le nombre d’entreprises ayant effectivement déposé une demande, obtenu un pré-label ou reçu le label définitif. Sans ces données, il est encore difficile d’évaluer la rapidité et l’accessibilité de la procédure.

Trois années d’allègement fiscal

La principale avancée intervenue en 2026 concerne la fiscalité.

L’article 35 de l’annexe fiscale à la loi de finances 2026 accorde aux startups numériques labellisées, installées hors de la zone franche du Village des technologies de l’information et de la biotechnologie de Grand-Bassam, une exonération de plusieurs prélèvements pendant trois ans à compter de l’année d’obtention du label.

Le dispositif comprend notamment une exonération de l’impôt sur les bénéfices pour les entreprises relevant d’un régime réel d’imposition. Les microentreprises concernées peuvent être exonérées de la taxe d’État de l’entreprenant ou de l’impôt des microentreprises.

Des allègements portent également sur la taxe appliquée à certaines opérations bancaires et sur l’impôt sur les revenus de créances liés aux intérêts des prêts contractés par les entreprises éligibles. La mesure a été promulguée le 19 décembre 2025 dans le cadre de la loi de finances 2026. (CNUCED – Investment Policy Monitor)

Pour une startup en phase d’amorçage, l’intérêt ne réside pas uniquement dans l’exonération de l’impôt sur les bénéfices. Beaucoup de jeunes entreprises innovantes ne réalisent aucun bénéfice durant leurs premières années. Les avantages liés aux opérations de financement peuvent être plus immédiatement utiles, car ils réduisent le coût du crédit et préservent une trésorerie souvent fragile.

L’impact réel dépendra cependant de la simplicité des démarches. Si l’entrepreneur doit multiplier les demandes auprès du Comité de labellisation, de l’administration fiscale, des services douaniers et des organismes de financement, l’avantage théorique risque d’être absorbé par la complexité administrative.

La loi prévoit justement un portail électronique faisant office de guichet unique pour les demandes de labellisation et certaines formalités. Son efficacité devra être mesurée à partir de critères concrets : durée moyenne d’instruction, taux d’acceptation, motifs de rejet et nombre d’entreprises ayant effectivement utilisé les avantages.

1,05 milliard de FCFA pour le prototypage et l’amorçage

La seconde avancée concerne le financement direct. Le 19 février 2026, CDC-CI Capital et l’Agence Emploi Jeunes ont signé une convention destinée à financer le Programme d’appui à l’écosystème des startups. Une enveloppe initiale de 1,05 milliard de FCFA doit soutenir le prototypage de projets innovants issus des universités ainsi que l’amorçage, en capital ou en quasi-capital, de startups et de PME innovantes.

CDC-CI Capital est une filiale de la Caisse des dépôts et consignations de Côte d’Ivoire. Son intervention en fonds propres ou en quasi-fonds propres marque une différence importante avec les programmes fondés exclusivement sur les prêts.

Une startup sans actifs immobiliers, sans historique de rentabilité et sans commandes récurrentes présente rarement les garanties exigées par une banque traditionnelle. Lui proposer uniquement une dette revient souvent à lui offrir un instrument financier inadapté à son niveau de risque.

Le capital et le quasi-capital permettent de partager ce risque et de donner à l’entreprise du temps pour développer son produit, tester son marché et construire ses premiers revenus.

Selon le bilan publié par CDC-CI Capital, l’édition 2025 du programme avait mobilisé près de 4 000 étudiants répartis dans 600 équipes. Environ 1 300 jeunes avaient été formés aux méthodes d’innovation, 118 startups accompagnées et dix sélectionnées pour une immersion à Station F, à Paris. Treize structures d’appui à l’entrepreneuriat avaient également bénéficié d’un renforcement de leurs capacités. (CDC-CI Capital)

Pour l’édition 2026, le programme cible notamment les entreprises disposant déjà d’un produit minimum viable ou engagées dans une phase de croissance. Il prévoit une préparation à l’investissement, un appui à la promotion, des immersions internationales et des possibilités de co-investissement. (Présentation du programme)

Ces chiffres montrent une montée en puissance de l’accompagnement. Ils ne permettent pas encore de mesurer les résultats économiques : montants effectivement investis, chiffre d’affaires généré, emplois durables créés, taux de survie des bénéficiaires ou capitaux privés mobilisés à la suite de l’intervention publique.

Le prochain test ne sera donc plus le nombre de jeunes formés ou de startups sélectionnées, mais la capacité du programme à transformer quelques-unes de ces entreprises en sociétés viables.

La commande publique, marché décisif mais difficile d’accès

La loi ivoirienne prévoit également des marchés publics spécifiques pour faciliter le passage à l’échelle des startups labellisées. Cette disposition peut être plus structurante qu’une exonération fiscale.

Dans plusieurs secteurs  éducation, santé, agriculture, mobilité, identité numérique ou paiement ,  l’État est le premier acheteur potentiel des solutions technologiques locales. Une commande publique peut donner à une startup sa première référence importante, stabiliser ses revenus et lui permettre de convaincre d’autres clients.

Mais l’ouverture des marchés publics aux startups demande plus qu’une préférence inscrite dans la loi. Les appels d’offres imposent généralement des références antérieures, des garanties financières, des certifications et des délais de paiement que les jeunes entreprises peuvent difficilement supporter.

Il faudra donc savoir si des lots leur seront réservés, si les exigences seront adaptées à leur taille et si l’administration acceptera de tester des solutions à travers des contrats pilotes. Sans réforme des pratiques d’achat, la priorité annoncée risque de rester inaccessible aux entreprises qui en ont le plus besoin.

L’autre enjeu sera la transparence. L’attribution de contrats publics à des startups labellisées devra reposer sur des critères publiés, des procédures concurrentielles et une évaluation des résultats. Le soutien à l’innovation ne doit pas devenir un circuit discrétionnaire de distribution de marchés.

Le pari des « champions nationaux »

Le critère de détention majoritaire du capital par des nationaux révèle l’orientation politique de la Startup Act. La Côte d’Ivoire cherche explicitement à favoriser la propriété locale et l’émergence de champions technologiques ivoiriens.

Cette préférence peut limiter le risque de voir les avantages publics financer des filiales de groupes étrangers. Elle peut aussi favoriser le maintien des centres de décision, de la propriété intellectuelle et d’une partie de la valeur économique dans le pays.

Elle soulève néanmoins une difficulté au moment des levées de fonds. Une startup qui accueille successivement plusieurs investisseurs peut voir la participation de ses fondateurs ivoiriens tomber sous la barre de la majorité. Elle risquerait alors de perdre son éligibilité au moment même où elle commence à attirer des capitaux et à changer d’échelle.

Le Comité de labellisation devra préciser comment la condition est appréciée après une levée de fonds et si des mécanismes permettent de distinguer la perte du contrôle stratégique d’une simple dilution financière.

La Côte d’Ivoire devra également éviter une politique à deux vitesses dans laquelle quelques entreprises très visibles bénéficieraient des voyages, des salons internationaux et des relations institutionnelles, tandis que les startups implantées hors d’Abidjan resteraient éloignées des financements.

L’exclusion de la zone franche de Grand-Bassam du nouveau régime fiscal cherche à étendre les avantages au-delà d’un espace bénéficiant déjà d’incitations. Mais la décentralisation réelle suppose aussi des structures d’accompagnement compétentes à Bouaké, Korhogo, San-Pédro, Yamoussoukro et dans les autres pôles économiques.

Le fonds de 100 milliards reste une promesse à vérifier

Le 10 juillet 2025, le gouvernement avait annoncé la création d’un Fonds ivoirien de l’innovation technologique doté de 100 milliards de FCFA. L’objectif déclaré était de financer les startups et de mieux structurer leurs activités.

Ce montant changerait considérablement l’échelle du soutien public. Il doit toutefois rester classé parmi les annonces tant que les ressources ne sont pas entièrement mobilisées, que la gouvernance du fonds n’est pas publiée et que les premiers investissements ne sont pas documentés.

L’histoire des politiques publiques africaines en faveur de l’innovation est riche de fonds annoncés mais lentement capitalisés. La crédibilité du futur instrument dépendra de l’origine des ressources, de l’indépendance des décisions d’investissement, des conditions de sortie et de la participation d’investisseurs privés.

L’enveloppe de 1,05 milliard de FCFA engagée par CDC-CI Capital et l’Agence Emploi Jeunes constitue, à ce stade, une mesure plus tangible. Elle reste cependant très éloignée des 100 milliards annoncés.

Un modèle à observer depuis Dakar

La trajectoire ivoirienne mérite une attention particulière au Sénégal. Dakar a adopté sa propre Startup Act dès janvier 2020, mais son décret d’application n’a été pris que le 13 février 2025. Le dispositif national « Écosystème Startup », accompagné d’un guichet de labellisation, a ensuite été lancé le 20 novembre 2025.

Le Sénégal ambitionne de labelliser plus de 500 startups et de contribuer à la création de 150 000 emplois directs à l’horizon 2034. Les entreprises reconnues doivent bénéficier d’incitations fiscales, de facilités douanières, d’un meilleur accès au financement et d’opportunités dans la commande publique.Les deux pays se trouvent donc face au même défi : prouver que le label donne accès à des avantages mesurables.

La comparaison ne devrait pas porter uniquement sur le nombre de startups enregistrées. Elle devrait examiner les délais de labellisation, les montants investis par entreprise, le recours effectif aux exonérations, la part de la commande publique attribuée aux jeunes pousses et les financements privés déclenchés par les mécanismes publics.

Sur ce terrain, la Côte d’Ivoire avance désormais avec une architecture relativement cohérente : une loi, un comité, un label, un régime fiscal et un premier programme de financement en capital. Cette cohérence ne garantit pas encore les résultats, mais elle donne aux entrepreneurs des interlocuteurs et des instruments plus identifiables.

La réussite de la Startup Act ivoirien se jouera moins dans les conférences internationales que dans les comptes des entreprises bénéficiaires. La vraie question sera de savoir combien de startups auront obtenu le label, reçu un investissement, remporté un marché et embauché durablement.

C’est à cette condition que la Côte d’Ivoire pourra passer d’une politique de promotion de l’entrepreneuriat à une véritable politique industrielle du numérique.

Social Net Link

Ne manquez aucune actualite tech et startup

Rejoignez notre chaine WhatsApp et abonnez-vous a SNL TV sur YouTube.

Rejoindre WhatsAppVoir SNL TV sur YouTube

Ne manquez rien

La newsletter du numérique africain

S'abonner gratuitement
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.