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Passeport sénégalais : 92 destinations sans démarche consulaire, dont près de la moitié grâce à l’e-visa

Le passeport sénégalais donne accès à 92 destinations sans démarche consulaire, dont 43 grâce à un visa électronique. Contribution de Kévin Boileux, fondateur d’IziVisas.

Illustration Passeport sénégalais : 92 destinations sans démarche consulaire, dont près de la moitié grâce à l’e-visa
Kévin Boileux, fondateur d’IziVisas

Par Kévin Boileux

Le passeport sénégalais occupe le 154e rang sur 196 dans le classement des passeports d’octobre 2026, à égalité avec ceux du Burkina Faso, de la Guinée, du Mali, du Niger et de l’Algérie. Il donne accès à 92 destinations sans passer par un consulat, dont 43 grâce à un visa électronique demandé en ligne avant le départ. C’est son premier mode d’accès, devant l’exemption de visa (28 destinations) et le visa à l’arrivée (21).

Ce que recouvre le chiffre

Le classement retient, pour chaque passeport, les destinations accessibles sans démarche consulaire préalable : sans visa, avec un visa délivré à l’arrivée ou avec un e-visa obtenu en ligne. Sur les 198 destinations étudiées, un Sénégalais en atteint 92 de cette façon. Il en reste 105 qui exigent un visa consulaire, avec dossier, rendez-vous et souvent dépôt du passeport. La dernière, les États-Unis, est à part : depuis le 1er janvier 2026, en application d’une proclamation présidentielle du 16 décembre 2025, ils ne délivrent plus de nouveaux visas de tourisme, d’affaires ou d’études aux ressortissants sénégalais, sauf exceptions. À titre de comparaison, un Français ne passe par un consulat que pour 16 destinations.

Compter l’e-visa est un choix de méthode. L’indice Henley, le plus repris par la presse, le compte comme un visa ordinaire, au motif qu’il doit être approuvé avant le départ. Les deux approches se défendent, mais ignorer l’e-visa efface une bonne part de la mobilité des passeports qui en dépendent le plus, dont celui du Sénégal.

Des exemptions d’abord régionales

Les 28 exemptions de visa dessinent une carte resserrée. Quinze concernent les voisins d’Afrique de l’Ouest, pour l’essentiel grâce au protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes, signé à Dakar le 29 mai 1979, qui dispense de visa les séjours de 90 jours au plus. Hors de la région, il n’en reste que treize : cinq ailleurs en Afrique, dont le Maroc et la Tunisie, trois en Asie du Sud-Est, quatre dans les Caraïbes et une dans le Pacifique.

À l’échelle du continent, le bilan reste honorable : 46 des 53 destinations africaines sont accessibles sans consulat, et sept seulement exigent un visa consulaire. Mais la libre circulation africaine avance lentement. Le protocole de l’Union africaine sur la libre circulation des personnes, adopté en janvier 2018 et signé par 32 États, n’a été ratifié que par quatre d’entre eux (Mali, Niger, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe), loin des quinze ratifications nécessaires à son entrée en vigueur.

Un accès ouvert à presque tous

Les 43 e-visas se répartissent entre l’Afrique (17), l’Asie, Moyen-Orient compris (16), les Amériques (6), l’Europe (2) et l’Océanie (2). En Asie, c’est la voie principale : 16 des 27 destinations asiatiques ouvertes aux Sénégalais passent par un e-visa, de l’Inde au Viêt Nam en passant par la Thaïlande et l’Indonésie. Le Viêt Nam, par exemple, l’a ouvert aux ressortissants de tous les pays le 15 août 2023, pour des séjours de 90 jours au plus.

Surtout, l’e-visa ne fait guère de différence entre les passeports. D’un passeport à l’autre, le nombre d’e-visas va de 29 à 57, quand celui des exemptions va de 3 à 130. La comparaison avec les Seychelles, premier passeport africain (63e, 161 destinations), le montre bien. Les Seychellois obtiennent moins d’e-visas que les Sénégalais (37 contre 43), et sur le continent africain, le passeport sénégalais fait même un peu mieux que le leur (46 destinations sans consulat contre 44). L’écart de 69 destinations se creuse ailleurs, et d’abord en Europe : les Seychellois y entrent sans visa dans 42 pays sur 44, les Sénégalais dans aucun.

Moins un passeport a d’exemptions, plus il dépend de l’e-visa. Pour les seize passeports d’Afrique de l’Ouest, l’e-visa représente de 39 à 52 % des destinations accessibles (47 % pour le Sénégal), contre 20 % environ pour les vingt premiers passeports du classement. Au sein de la région, les écarts restent d’ailleurs faibles : de 83 destinations pour le Nigeria à 101 pour la Gambie, la mieux classée (127e).

Ce que l’e-visa change pour le voyageur

Pour celui qui voyage, la différence est concrète. Le délai d’abord : la demande se fait en ligne, sans rendez-vous, et le Viêt Nam annonce une réponse sous trois jours ouvrés. Un visa Schengen suppose au contraire un rendez-vous et la prise des empreintes ; le code des visas de l’Union européenne laisse ensuite au consulat quinze jours pour se prononcer, jusqu’à 45 dans certains cas. Le coût ensuite : 25 dollars pour un e-visa vietnamien à entrée unique, contre 90 euros de droits (59 000 francs CFA) pour un visa Schengen, sans compter les frais du prestataire qui reçoit les dossiers. Le risque de refus enfin, très élevé du côté consulaire : en 2025, selon les statistiques de la Commission européenne, les consulats Schengen ont refusé 51,9 % des demandes déposées au Sénégal, contre 14,6 % en moyenne dans le monde. Les pays qui délivrent des e-visas publient rarement leurs taux de refus, mais un refus en ligne n’aura coûté ni déplacement ni rendez-vous.

Un e-visa reste pourtant un visa. Ses frais ne sont en général pas remboursés en cas de refus. Il se paie en ligne, le plus souvent par carte bancaire internationale, ce qui reste un obstacle pour une partie des voyageurs. Il réclame les pièces habituelles : passeport valide, photo, parfois réservation d’hôtel ou billet retour. Et il ne garantit pas l’entrée : la décision finale revient à la police aux frontières.

Ce que l’e-visa n’ouvre pas

L’e-visa ouvre l’Asie et une bonne partie de l’Afrique. Il s’arrête aux portes des destinations qui comptent le plus pour beaucoup de Sénégalais, pour les études, la famille ou les affaires. En Europe, deux pays seulement leur délivrent un e-visa. Les vingt-sept pays de l’Union européenne, comme le Royaume-Uni et le Canada, exigent un visa consulaire, et les États-Unis ne leur délivrent plus de visas de tourisme.

La mobilité des Sénégalais doit ainsi davantage aux portails en ligne qu’aux accords d’exemption. C’est un progrès réel pour le commerce et le tourisme vers l’Asie et l’Afrique. Mais l’e-visa ne remplace pas l’exemption : il se demande en quelques clics, alors qu’une exemption se négocie entre États, et c’est elle qui fait la force d’un passeport. La prochaine étape se jouera donc moins sur les portails que dans les ratifications du protocole de l’Union africaine et dans les accords bilatéraux.

Source : classement IziVisas, octobre 2026.

Biographie de l’auteur

Kévin Boileux est le fondateur d’IziVisas, un site d’information gratuit sur les visas et les formalités d’entrée, nationalité par nationalité. Il publie un classement trimestriel des passeports, en données ouvertes, qui compte aussi les visas électroniques.

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