Le numérique sénégalais veut désormais regarder au-delà de la performance et de l’innovation. À mesure que les usages se multiplient, une autre question s’impose : quel est le coût environnemental de cette transformation numérique ?
C’est autour de cette problématique que près de 170 acteurs de l’écosystème numérique sénégalais se sont retrouvés à Dakar, les 18 et 19 août 2026, à l’occasion de l’atelier national d’échange et de mise à niveau consacré au Green Coding et au Numérique Responsable.
Organisée par le Ministère des Télécommunications et du Numérique, avec l’appui de la GIZ et d’Expertise France dans le cadre du projet **Goin’ Digital**, cette rencontre, cofinancée par l’Union européenne, l’Allemagne et la France, entend poser les bases d’une approche plus sobre du développement numérique au Sénégal.
La facilitation et la coordination des travaux ont été assurées par le cabinet AKASSAA, avec une ouverture et une clôture portées par le ministère.
Repenser le numérique avant même d’écrire une ligne de code
L’un des principaux enseignements de ces deux journées est que la sobriété numérique ne commence pas nécessairement devant l’écran du développeur. Elle commence bien avant le code.
Les échanges ont notamment mis en évidence l’importance des choix effectués en matière d’architecture, d’infrastructures et de gestion des données. Pour les acteurs réunis à Dakar, mutualiser les composants existants plutôt que reconstruire systématiquement les mêmes solutions et éviter la duplication des données entre systèmes publics constituent des leviers importants pour réduire la consommation de ressources.
Une approche qui prend une importance particulière dans un contexte où l’État accélère sa transformation numérique et où les services publics dépendent de plus en plus des infrastructures numériques.
Autrement dit, un numérique responsable ne consiste pas uniquement à écrire un code plus performant. Il s’agit aussi de construire différemment.
La commande publique apparaît également comme un levier stratégique. À travers les marchés informatiques de l’État et des administrations publiques, le Sénégal dispose d’une capacité importante pour encourager des solutions numériques conçues selon des critères de sobriété, de durabilité et de réutilisation de l’existant.
L’enjeu est donc de faire évoluer progressivement les critères de sélection des solutions numériques : ne plus regarder uniquement le prix, les fonctionnalités ou les délais de livraison, mais également l’impact environnemental, la durabilité et la capacité à réutiliser les ressources déjà disponibles.
Cette réflexion prend tout son sens dans un écosystème où plusieurs administrations peuvent parfois développer des outils répondant à des besoins proches, avec des infrastructures, des bases de données ou des composants qui pourraient être davantage mutualisés.
L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle équation
Impossible également de parler de numérique responsable en 2026 sans évoquer l’intelligence artificielle. Le développement rapide de l’IA et l’explosion des usages liés aux données soulèvent de nouvelles questions sur les ressources nécessaires au fonctionnement des infrastructures numériques.
Les participants ont ainsi insisté sur la nécessité de promouvoir un usage responsable de l’intelligence artificielle et des données publiques, tout en renforçant les compétences des professionnels du secteur.
Car derrière chaque service numérique, chaque requête et chaque modèle d’intelligence artificielle se trouvent des infrastructures, des serveurs, des réseaux et des équipements qui consomment des ressources. Pour le Sénégal, l’enjeu est donc de ne pas opposer transformation numérique et transition écologique, mais de réfléchir à la manière de faire avancer les deux simultanément.
Les deux journées ont également accordé une place importante à la formation. Institutions publiques, entreprises du numérique, startups, universitaires, société civile et partenaires techniques et financiers ont été invités à partager leurs expériences et à réfléchir ensemble aux moyens de développer des pratiques plus responsables. Sensibilisation au Green Coding, éco-conception logicielle, sobriété numérique, partage de bonnes pratiques et identification de solutions concrètes figuraient parmi les principaux objectifs de la rencontre. L’ambition est de faire émerger progressivement une culture du numérique responsable dans l’ensemble de l’écosystème sénégalais.
L’atelier de Dakar ne constitue pas l’aboutissement de cette réflexion. Il marque plutôt une étape dans la construction d’une approche nationale du numérique responsable.
Les recommandations issues des travaux doivent être regroupées dans une note de synthèse, qui sera versée aux travaux du Ministère des Télécommunications et du Numérique et partagée avec les participants et les partenaires. Au-delà des discours, le véritable défi sera désormais de transformer ces orientations en pratiques concrètes : dans la conception des plateformes publiques, dans les cahiers des charges, dans les architectures informatiques, dans la gestion des données et dans la formation des développeurs et professionnels du numérique. À l’heure où le Sénégal accélère sa transformation digitale, une nouvelle exigence se dessine donc : faire plus avec le numérique, mais en consommant moins de ressources.
Le Green Coding pourrait ainsi devenir bien davantage qu’une tendance technologique. Il pourrait progressivement s’imposer comme un principe de conception du numérique sénégalais de demain : plus performant, plus sobre et plus durable.
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