L’innovateur sénégalais Adama Kane figure parmi les 92 membres du Groupe consultatif multipartite des Nations unies sur la société de l’information (UNGIS-MCG). Fort de plus de quinze ans d’engagement dans les travaux de l’Union internationale des télécommunications (UIT), il entend contribuer aux réflexions internationales sur l’inclusion numérique, l’accès aux services publics digitaux et la réduction des inégalités technologiques.
Adama Kane figure sur la liste officielle des membres du Groupe consultatif multipartite des Nations unies sur la société de l’information (UNGIS-MCG), qui compte 92 membres issus de différents pays et catégories de parties prenantes. Il y apparaît en qualité de fondateur de startup et d’innovateur numérique plusieurs fois récompensé, avec un rattachement à AFRIXMART.
Sa présence intervient dans un contexte marqué par le suivi du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), notamment à la suite du processus d’examen SMSI+20. Ce cadre international vise à réévaluer les progrès accomplis dans la construction d’une société de l’information plus inclusive et à définir les priorités pour les années à venir.
La résolution A/RES/80/173, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 17 décembre 2025, constitue une référence importante de ce processus.
Le groupe consultatif a vocation à favoriser les échanges entre les gouvernements, le secteur privé, la société civile, la communauté technique, le monde universitaire et les organisations internationales. Son rôle est de contribuer à la réflexion collective et de formuler des propositions destinées à éclairer les travaux sur l’avenir du numérique.
Il ne s’agit donc pas d’une instance décisionnelle, mais d’un espace de concertation dans lequel les expériences et les préoccupations des différentes parties prenantes peuvent alimenter les orientations internationales.
De la santé numérique à l’économie bleue, un parcours ancré dans les usages
Ingénieur télécoms et entrepreneur, Adama Kane développe depuis plusieurs années des solutions numériques appliquées à des problématiques économiques et sociales. Son parcours associe les télécommunications, l’innovation technologique et la recherche de réponses concrètes aux besoins des populations.
Parmi ses initiatives figure JokkoSanté, une plateforme conçue pour faciliter l’accès aux médicaments et contribuer à réduire les inégalités d’accès aux soins. Ce projet lui a notamment permis d’obtenir une reconnaissance dans l’écosystème de l’entrepreneuriat social, avec son statut d’Ashoka Fellow.
Son engagement dans l’innovation concerne également la gestion des ressources marines. À travers EcosPêche, il participe au développement de solutions mobilisant les données et les technologies numériques pour contribuer à la lutte contre la pêche illégale et améliorer la gestion des ressources halieutiques. En mars 2026, le quotidien Le Soleil a consacré une couverture à cette innovation à l’occasion du Salon international des inventions de Genève. D’ailleurs, JokkoSante et Ecospeche sont tous les deux médaillés d’or au Salon international des inventions de Genève, respectivement en 2025 et 2026.
Ces expériences illustrent une approche du numérique orientée vers les usages. Dans la santé comme dans la pêche, la technologie ne constitue pas une finalité en soi : elle doit répondre à des besoins identifiés et produire des effets concrets pour les populations et les acteurs économiques.
Cette expérience de terrain pourrait nourrir les contributions d’Adama Kane aux discussions internationales sur l’inclusion numérique et l’adaptation des solutions technologiques aux réalités locales.
« C’est une reconnaissance et une responsabilité »
Pour Adama Kane, cette nomination représente à la fois une reconnaissance de son parcours et une responsabilité dans les débats sur l’avenir de la société de l’information.
« C’est une reconnaissance et une responsabilité. Depuis plus de quinze ans, je contribue aux travaux de l’UIT et je développe des innovations digitales dans des domaines très variés. Cela m’a appris que la technologie ne change la vie des gens que si chacun peut se connecter et accéder à des services publics numériques adaptés à son quotidien », explique-t-il.
L’innovateur précise qu’il siège au sein du groupe à titre individuel, en tant qu’acteur du secteur numérique. Il souhaite y apporter un regard indépendant, nourri par son expérience professionnelle, tout en travaillant en synergie avec les priorités des différentes parties prenantes sénégalaises : l’État, le secteur privé, la société civile, la communauté technique et le monde académique.
Connectivité, accessibilité et compétences au cœur des priorités
Au-delà de la nomination, les priorités défendues par Adama Kane portent sur les conditions nécessaires pour que les bénéfices du numérique soient accessibles au plus grand nombre.
Il met notamment l’accent sur la connectivité universelle significative, l’accessibilité financière des services publics numériques, le développement des compétences et la sécurité. Autant de dimensions qui conditionnent la capacité des populations à utiliser les technologies de manière effective et durable.
Son ambition est que le suivi du SMSI+20 débouche sur des résolutions et des programmes permettant de réduire les inégalités numériques, y compris dans les localités les plus éloignées des infrastructures.
« Une solution qui marche à Dakar ou à Genève ne convient peut-être pas à un village sans adaptation », souligne-t-il.
Cette observation renvoie à un défi central pour les politiques numériques en Afrique : l’accès à la technologie ne suffit pas si les coûts, les infrastructures, les compétences et les besoins des utilisateurs ne sont pas pris en compte.
Une politique d’inclusion numérique efficace suppose ainsi des solutions adaptées aux réalités économiques, territoriales et sociales. Elle implique également de renforcer la confiance dans les services en ligne et de garantir que leur utilisation apporte une réelle valeur ajoutée aux citoyens.
Adama Kane indique vouloir contribuer à des propositions cohérentes avec les programmes publics et les cadres réglementaires en vigueur au Sénégal et en Afrique, tout en faisant remonter les enseignements issus du terrain dans les discussions internationales.
Une première réunion annoncée le 27 octobre
La première réunion du groupe consultatif est prévue le mardi 27 octobre 2026. Cette rencontre doit ouvrir une phase de travail consacrée aux échanges entre les membres et à la définition des contributions attendues dans le cadre du suivi du SMSI.
L’enjeu sera notamment de rapprocher les priorités des différentes parties prenantes et de faire émerger des recommandations tenant compte des écarts persistants en matière de connectivité, d’accès aux services numériques et de compétences.
Pour le Sénégal, la présence d’Adama Kane dans ce groupe constitue une occasion supplémentaire de faire remonter l’expérience de l’écosystème local dans les discussions internationales. Elle place également au centre du débat une question essentielle : comment faire en sorte que les orientations mondiales sur le numérique se traduisent en améliorations concrètes dans la vie quotidienne des populations ?
La portée de cette participation se mesurera, à terme, à la capacité des contributions formulées au sein du groupe à alimenter des propositions utiles, adaptées aux réalités des territoires et susceptibles de réduire durablement les inégalités numériques.
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