Socialnetlink partage avec vous ce texte d’Amadou TOP, Président d’Osiris, publié sur le site du même nom, dans Batik n° 236 Mars 2019.

Si chacun s’accorde sur le fait que le monde du numérique évolue souvent à très grande vitesse, dans des directions imprévues et avec des conséquences impensées, d’où son caractère disruptif régulièrement mis en exergue, il faut malheureusement constater que cette dimension semble souvent ignorée par les décideurs de notre pays.

En effet, si le principe de la création d’un Conseil national du numérique (CNN) a été acté avec l’adoption de la « Stratégie Sénégal numérique 2016-2025 » dès octobre 2016, il aura fallu pas moins de cinq années et des promesses répétées pour que cette mesure emblématique soit enfin matérialisée avec la publication de la liste des membres du CNN en ce mois de mars 2019 ! Auparavant, il avait été officiellement créé avec l’adoption du décret n° 2018-1961 du 9 novembre 2018 portant création, attribution et modalités d’organisation et de fonctionnement du Conseil national du Numérique (CNN).

Cependant, la revendication par les professionnels du secteur des TIC de la mise en place d’un IT Board constitué d’acteurs-clés du secteur public et du secteur privé est beaucoup plus ancienne et celle-ci avait d’ailleurs été identifiée comme étant une des conditions nécessaires à la création d’un écosystème favorable à l’éclosion de l’économie dans la version du Plan Sénégal émergent (PSE) publié en février 2014. Il faut donc se réjouir de la création de cet organe consultatif indépendant constitué de vingt membres bénévoles qui sera prochainement amené à changer de tutelle puisqu’il était placé sous l’autorité du Premier Ministre, fonction promise à disparaitre de l’architecture gouvernementale.

Lire aussi: C’est officiel, le Sénégal dispose d’un Conseil national du Numérique

En termes d’attribution le CNN a pour mission de « donner son avis au gouvernement sur les questions qui lui sont présentées », celles-ci pouvant toucher à la mise en œuvre des politiques publiques dans le domaine des communications électroniques et du numérique, la coordination des différentes structures intervenant dans ce secteur, aux capacités des entreprises du secteur à créer des emplois et à exporter des produits et services, les projets et initiatives publics et privés visant à développer l’économie numérique, le suivi de la mise en œuvre des politiques et stratégies visant à développer le secteur, etc.

Précision importante, le CNN peut également, de sa propre initiative, soumettre au gouvernement toute proposition susceptible de contribuer au développement des communications électroniques et de l’économie numérique et pour mener sa tâche à bien il peut faire appel à des personnes physiques ou morales extérieures compétentes mais également créer des commissions spécialisées afin d’examiner des questions sectorielles ou d’élaborer des rapports. Enfin, le suivi de son travail est assuré par un secrétariat permanent qui est mis à sa disposition par le ministère en charge des Télécommunications. Alors que l’on aurait pu s’attendre à ce que la création du CNN soit unanimement salué par les acteurs du secteur, à peine a-t-il été mis en place qu’il a fait l’objet de diverses critiques.

Lire aussi: Le Président Sall attaché à un “Sénégal numérique”

Contestation du mode de désignation de ses membres et mise en cause de leur représentativité ont été au cœur des prises de position des uns et des autres mais il faut souligner que personne n’a remis en cause la pertinence de leur choix. Dès lors, il nous semble essentiel que les professionnels de l’économie numérique soutiennent résolument le CNN dont la création répond à une vielle doléance du secteur comme nous l’avons souligné plus haut. Laissons-le d’abord faire ses preuves sur le terrain et plus tard, il sera toujours temps de faire le bilan de son fonctionnement et de demander, si nécessaire, que des correctifs soient apportés. Trop de temps a déjà été perdu pour que l’on se donne le luxe d’en perdre encore un peu plus dans des querelles byzantines. L’essentiel est que les décideurs puissent être éclairés, conseillés et orientés par des personnes qui ont une connaissance fine du secteur et sont en mesure de suivre, voire mieux d’anticiper, les grandes tendances de son évolution afin de prendre en temps opportun les bonnes décisions. Il est plus que temps de rompre avec cette culture de l’attentisme qui s’est installée depuis près d’une vingtaine d’année chez les décideurs en charge du secteur du numérique.

Si le CNN arrive à faire prendre conscience à tous les acteurs que le numérique est non seulement un secteur d’avenir mais aussi et surtout le secteur du présent et qu’il a besoin d’une gouvernance agile, réactive et anticipative alors nous pourrons considérer qu’il a déjà réussi sa mission.

Amadou Top
Président d’OSIRIS