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La société D-Pay, spécialisée dans l’agrégation de paiements pour commerçants en Afrique de l’Ouest francophone, affirme que CinetPay, prestataire de services de paiement agréé par la BCEAO, lui doit plus de 655 millions de francs CFA, soit environ 1,1 million de dollars, à la suite d’une cyberattaque survenue en septembre 2025.
Selon des documents consultés par D-Pay et signés le 30 septembre 2025 par le directeur général de CinetPay, Daniel Dindji, la fintech ivoirienne a été victime de « graves incidents de fraude cybernétique » affectant simultanément la Côte d’Ivoire, le Togo et le Burkina Faso. Ces événements auraient provoqué une crise de liquidité impactant plusieurs partenaires marchands dans la région.
Des fonds toujours indisponibles plusieurs mois après les faits
Quatre mois après l’attaque, D-Pay indique n’avoir toujours pas récupéré les montants dus, en l’absence de calendrier de remboursement public et détaillé de la part de CinetPay. D’autres partenaires seraient également concernés par des retards de règlement similaires.
Dans une correspondance officielle, le dirigeant de CinetPay reconnaît que les incidents ont eu « un impact direct et substantiel sur la trésorerie de l’entreprise », expliquant ainsi les retards observés dans l’exécution de ses engagements financiers.
Conséquences opérationnelles pour les partenaires marchands
D-Pay, repris par le site web Techcabal, qui donne l’information, précise avoir dû mobiliser ses propres ressources financières pour continuer à régler ses clients et éviter une interruption de ses activités. Une situation qui, selon l’entreprise, pèse lourdement sur sa trésorerie et sa capacité opérationnelle.
« Les commerçants dépendent de règlements rapides pour assurer la continuité de leurs activités », a indiqué John Schubbe, responsable des opérations chez D-Pay. « Le fait de retenir des fonds pendant plusieurs mois a restreint notre accès au fonds de roulement et affecté notre capacité à servir nos clients. »
D’après les éléments communiqués, les fraudes détectées en septembre 2025 ont touché plusieurs pays de manière simultanée. Les auteurs auraient exploité les systèmes de trésorerie de CinetPay pour détourner des fonds vers des comptes de monnaie électronique. Si une partie des flux frauduleux a pu être bloquée, notamment sur Orange Money, les montants récupérés ne représenteraient qu’une fraction des pertes totales subies par l’entreprise, selon les documents évoqués.
Un acteur réglementé sous surveillance
CinetPay dispose d’un agrément de prestataire de services de paiement délivré par la BCEAO et a obtenu, en 2025, l’autorisation d’intégrer le système formel de paiements transfrontaliers de l’Union monétaire ouest-africaine. Fondée en Côte d’Ivoire, la société a levé 2,4 millions de dollars en 2021, notamment auprès de Flutterwave et de 4DX Ventures, et revendique plus de 25 000 commerçants utilisateurs en Afrique francophone. La crise de liquidité actuelle soulève toutefois des interrogations sur les mécanismes de ségrégation des fonds, le suivi en temps réel des flux financiers et les dispositifs de sécurité exigés des institutions de paiement agréées.
Chronologie des faits
Août 2025 : premiers retards dans les règlements
Septembre 2025 : cyberattaques en Côte d’Ivoire, au Togo et au Burkina Faso
18 septembre 2025 : réunion d’urgence avec la direction de CinetPay
30 septembre 2025 : reconnaissance formelle d’une dette de 655 millions FCFA envers D-Pay
Octobre 2025 : proposition d’un plan de paiement différé, jugé insuffisant
Novembre 2025 : notifications légales adressées par les partenaires affectés
Janvier 2026 : fonds toujours non réglés
Appel à la transparence
D-Pay affirme avoir choisi de rendre publique cette situation afin d’alerter d’autres clients et partenaires potentiellement exposés, et appelle à un renforcement des exigences de transparence et de gouvernance dans le secteur des paiements numériques en Afrique de l’Ouest.À ce stade, CinetPay n’a pas communiqué publiquement sur un plan détaillé de résolution de la situation ni sur un calendrier précis de remboursement des partenaires concernés.