Dans les entrepôts de Teranga Pharma, à la périphérie de Dakar, les cartons de Drepaf s’alignent méthodiquement, prêts à être acheminés vers les pharmacies du pays. Derrière ces boîtes se dessine une ambition bien plus vaste qu’un simple lancement de médicament : celle de bâtir une véritable souveraineté pharmaceutique africaine.
À sa tête, le Dr Mouhamadou Sow, médecin, pharmacien et directeur général de l’entreprise, incarne cette nouvelle génération d’acteurs de la santé qui veulent produire localement pour soigner durablement.
Drepaf, générique de l’hydroxyurée, est le premier traitement contre la drépanocytose fabriqué au Sénégal. Une avancée majeure pour un continent où cette maladie génétique du sang reste l’une des principales causes de mortalité infantile. Au Sénégal, près de 10 % de la population est porteuse du gène, et sans prise en charge adaptée, plus de la moitié des enfants atteints décèdent avant l’âge de dix ans.
« Le produit peut être utilisé dès l’âge de neuf mois. Il permettra aux enfants de ne plus subir de crises, d’aller à l’école et d’avoir les mêmes chances que les autres », expliquait le Dr Sow lors du lancement officiel du médicament en novembre 2025.
Une vie dédiée à la santé publique
Pharmacien de formation, le Dr Mouhamadou Sow a bâti sa carrière autour de la santé publique et de l’industrie pharmaceutique locale. Son parcours académique et professionnel l’a conduit à se spécialiser dans la formulation de médicaments génériques adaptés aux réalités africaines. À travers Teranga Pharma, une entreprise détenue majoritairement par des pharmaciens, médecins et investisseurs sénégalais, il défend une vision claire : produire en Afrique ce dont l’Afrique a besoin.
Homologué en avril 2025 grâce à un partenariat entre Teranga Pharma, l’ONG Drep.Afrique et un fabricant indien, Drepaf est disponible en deux versions : pédiatrique (100 mg) et adulte (500 mg). Son principal atout réside dans son coût : environ 1 500 FCFA par mois pour un enfant, soit près de deux fois moins cher que le traitement importé.
« Nous avons travaillé sur le prix, mais aussi sur le conditionnement, afin qu’il couvre un mois complet de traitement. Ce médicament réduira drastiquement la mortalité liée à la drépanocytose », souligne le Dr Sow.
Vers la souveraineté pharmaceutique
Au-delà de l’innovation médicale, le combat du Dr Sow est économique et stratégique. Il plaide pour que l’Afrique conserve une part significative de la valeur créée par l’industrie pharmaceutique. « Aujourd’hui, 80 % des profits liés aux médicaments quittent le continent. Produire localement, c’est réduire les importations, sécuriser l’approvisionnement et créer des emplois qualifiés », martèle-t-il.
Teranga Pharma compte aujourd’hui plus de 670 actionnaires sénégalais, dont 90 % sont des pharmaciens et des médecins. L’entreprise ambitionne de produire une gamme étendue de médicaments génériques essentiels et de contribuer à l’autonomie sanitaire du Sénégal et du continent d’ici 2030
Selon l’Organisation mondiale de la santé, d’ici 2050, plus de 500 000 naissances par an pourraient être touchées par la drépanocytose, dont 75 % en Afrique. Dans ce contexte, l’initiative portée par le Dr Sow apparaît comme une réponse concrète à un défi de santé publique majeur.
Déjà, 16 000 boîtes de Drepaf ont été conditionnées et distribuées au Sénégal. La reprise de la production est prévue en janvier 2026, avec l’objectif d’approvisionner les pays voisins dans les mois suivants.
Pour le professeur Jean-Benoît Arlet, de l’ONG Drep.Afrique, l’impact est clair :
« Drepaf redonne une vie normale aux malades », en améliorant considérablement leur espérance et leur qualité de vie.
Un modèle pour l’Afrique
Pour le Dr Mouhamadou Sow, Drepaf n’est qu’un début. « Nous voulons que cette initiative devienne un modèle pour toute l’Afrique subsaharienne », confie-t-il. Son projet illustre une nouvelle dynamique : celle d’un continent capable de concevoir, produire et rendre accessibles ses propres solutions sanitaires. À travers Drepaf, le Sénégal démontre qu’une industrie pharmaceutique africaine forte, innovante et tournée vers l’intérêt général n’est plus un rêve, mais une réalité en construction.