Dans un contexte où le secteur de la culture est un levier de développement humain, social et économique, le Président de la République du Sénégal a réaffirmé le caractère stratégique de la consolidation de la protection sociale et professionnelle des artistes et acteurs culturels. Au Conseil des ministres de ce mercredi 21 Janvier 202, le président de la République a instruit le gouvernement de poursuivre et d’intensifier les actions en faveur de l’amélioration des conditions de travail, de l’accès à la sécurité sociale et de la revalorisation du statut de ces acteurs indispensables de la vie nationale.
Cette action s’inscrit dans un plan de développement culturel plus vaste conçu comme une composante de l’Agenda national de Transformation « Sénégal 2050 » qui met la culture au coeur des aspirations nationales de transformation et d’inclusion sociale.
Un secteur longtemps informel vers une structuration pérenne
Le secteur culturel sénégalais a longtemps été caractérisé par l’absence d’un statut juridique définissant les artistes et les professionnels de la culture et leur permettant de bénéficier de protections sociales et économiques similaires à celles des autres professions. La loi n° 2008-09 du 25 janvier 2008 sur le droit d’auteur et les droits voisins protège certes les oeuvres de l’esprit, mais l’accès réel à des droits sociaux pleins et entiers reste partiel.
Mais un projet de loi portant statut de l’artiste et des professionnels de la culture avait déjà été adopté en Conseil des ministres en 2020, une avancée pour sortir de l’informel et structurer un secteur éparpillé. Ce texte, attendu depuis plus de 10 ans, a pour objectif, entre autres, d’encadrer le travail et les conditions de vie des artistes, et de leur accorder des avantages sociaux similaires à ceux prévus par le Code du travail pour d’autres professions.
Protection sociale : une urgence longtemps attendue
La dimension sociale des métiers d’art est au centre des préoccupations. Dans plusieurs pays, y compris au Sénégal, les artistes sont exclus des régimes classiques de sécurité sociale, rendant leur accès à la santé, à la retraite ou à l’assurance chômage précaire. Cette réalité, confirmée par des études internationales, révèle que les créateurs, souvent indépendants ou intermittents, ont du mal à bénéficier d’une protection sociale comparable à celle des salariés traditionnels.
Au Sénégal, les acteurs culturels et associations spécialisées plaident depuis des années pour un renforcement réel de ces protections sociales, estimant que le statut et la protection sociale doivent être des outils majeurs pour la pérennisation des carrières artistiques.
Droits d’auteur, rémunération et droits voisins : des progrès significatifs
L’une des annonces majeures du chef de l’État est le renforcement du respect des droits d’auteur et droits voisins et l’application effective de la rémunération pour copie privée. Le droit d’auteur sénégalais, encadré par la loi de 2008, protège les œuvres de l’esprit (littéraires, musicales, audiovisuelles, artistiques) et accorde à l’auteur des droits exclusifs d’exploitation. Mais la mise en place de mécanismes concrets pour une juste rémunération des créateurs était jusqu’à présent limitée.
En 2024, le Sénégal prenait un décret instaurant la rémunération pour copie privée, une mesure phare qui taxe les supports numériques (téléphones, ordinateurs, clés USB…) susceptibles d’enregistrer des œuvres. Les sommes perçues sont redistribuées aux ayants droit et permettent de soutenir la création, la diffusion du spectacle vivant et la formation des artistes. Cette mesure est qualifiée d’historique par plusieurs organisations professionnelles, car elle représente une nouvelle source de revenus et un outil de reconnaissance économique de la création artistique.
Conformément aux directives présidentielles, le ministre de la Culture et le secrétaire d’État chargé de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique seront chargés de :
Consolider les formations professionnelles à l’ENAM-Culture, un levier pour une professionnalisation accrue des acteurs culturels
Moderniser les équipements culturels et déployer l’action culturelle sur tout le territoire national pour une meilleure inclusion sociale
Assurer la conception et la mise en oeuvre d’un agenda culturel national cohérent, basé sur des objectifs de performance, d’impact social et d’attractivité économique.
Vers des États généraux de la culture en 2026 : un virage participatif
En conclusion de ses orientations, le Chef de l’État a annoncé l’organisation, au premier semestre 2026, des États généraux de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, des assises cruciales pour réunir toutes les parties prenantes autour d’un diagnostic commun et d’une feuille de route ambitieuse pour le secteur. Ces États généraux pourraient être l’occasion de mettre les politiques publiques nationales en conformité avec les recommandations internationales, notamment celles de l’UNESCO sur le statut de l’artiste, qui invitent les États à assurer aux artistes des droits moraux et matériels reconnus et des conditions de travail dignes.
La volonté exprimée par le Président de la République de structurer et de sécuriser le secteur culturel s’inscrit dans une tendance mondiale de reconnaissance de la culture comme levier de développement durable, d’inclusion sociale et de valorisation identitaire. Les mesures annoncées — protection sociale, formation, décentralisation, application des droits d’auteur et préparation des États généraux — tracent une feuille de route ambitieuse pour faire du Sénégal un exemple de référence culturelle en Afrique de l’Ouest.
La volonté affichée par le Président de la République de structurer et de protéger le secteur culturel s’inscrit dans une dynamique mondiale visant à reconnaître la culture comme un pilier de développement durable, d’inclusion sociale et de valorisation identitaire. Les mesures annoncées — protection sociale, formation, décentralisation, application des droits d’auteur et préparation des États généraux — constituent une feuille de route ambitieuse pour faire du Sénégal un modèle d’excellence culturelle en Afrique de l’Ouest.