Après avoir pris connaissance de l’intégralité de l’interview accordée par Seneweb au Ministre Alioune Sall sur Starlink – publiée le 14 février 2026. Nous jugeons nécessaire d’éclairer davantage l’opinion publique. Nous marquons d’ores et déjà notre profond respect au Ministre mais cela ne nous empêche toutefois pas d’analyser les réponses apportées et de partager, de manière factuelle et objective, notre point de vue.
- Taux de pénétration Internet
Présenter un chiffre de 40 % sans préciser le périmètre crée une confusion importante sur la maturité numérique réelle du pays.→ Les rapports de l’ARTP pour le premier trimestre 2025 indiquent un taux de pénétration global de 116,9 %, en incluant l’internet mobile. La précision méthodologique est essentielle pour éclairer le débat public.
- Nombre de Sénégalais sans Internet
Évoquer 7 millions de Sénégalais sans accès à Internet laisserait entendre que près de 40 % de la population est totalement hors ligne.
→ Cette affirmation paraît difficilement conciliable avec les statistiques de
couverture 4G, qui atteignent désormais 97% de la population.
→ Quels impacts occupe l’accès aux Smartphones ?
Zones blanches et responsabilités des acteurs (est-elle due à des contraintes de rendement financier, de limitation technologique, etc.)
→ La question n’a pas reçu de réponse relative aux fonds contributifs des Opérateurs pour améliorer la couverture des zones blanches et leurs destinations pour permettre à FDSUT d’assumer pleinement ses missions.
→ Au nom de la justice sociale et de l’équité territoriale, chaque année, les opérateurs investissent des milliards de FCFA via leurs contributions au FDSUT pour améliorer le service universel. Il est donc légitime de s’interroger sur l’utilisation effective de ces ressources pour résorber les zones blanches, notamment dans les 974 localités identifiées par l’étude récente du PAENS.
Justice sociale et accessibilité économique → Comment les offres Starlink (ex: un kit dépassant 115 000 FCFA et un abonnement mensuel supérieur à 22 000 FCFA), peuvent-elles répondre aux besoins des populations vivant dans les zones les plus vulnérables, souvent confrontées à un pouvoir d’achat limité ?
→ Il y a lieu de souligner qu’aucune appréciation n’est apportée à la question liée aux prix d’acquisition et d’abonnement des offres par rapport à l’ambition de garantir une justice sociale sur le numérique.
- Montant payé pour le régime d’autorisation
A la question relative au montant versé par Starlink pour être éligible au régime d’autorisation.
→ la réponse renvoie simplement au Code des communications électroniques, sans
précision chiffrée.
→ dans un souci de transparence et d’équité, notamment au regard des montants acquittés par les acteurs nationaux, cette information gagnerait à être rendue publique.
Equité concurrentielle et cahier des charges
→ Peut-on réellement considérer qu’un acteur global disposant de moyens financiers et technologiques considérables (au moins 20 fois le budget de l’Etat du Sénégal et 10.000 satellites lancés en orbite basse) soit traité exactement selon le même cadre que les fournisseurs d’accès locaux ? → Rien ne devrait empêcher la publication du cahier des charges et du contrat signé, au nom du droit à l’information.
Protection des données et conformité
Plusieurs interrogations demeurent si le quitus CDP est délivré à Starlink sans verrouiller en amont :
→ KYC (know your Customer) : je préfère parler de l’identification du client car le terme KYC est plus large. Une séquence de l’émission confirme bien que le service de Starlink est opérationnel bien avant décembre. Qu’est ce qui peut justifier alors cet état de fait ? et qui sont ces clients ? par quel canal ils ont acquis leur abonnement ? l’Etat du Sénégal (organes concernés) étaient il informés ? etc.
→ Mise en place de la Gateway annoncée seulement pour fin 2026 alors quelles sont les alternatives sur les dispositifs de contrôle et de supervision des données ?
Si ces constats n’ont pas de réponses alors la Gestion par l’approche Risque (cette capacité à anticiper et de maîtriser tous les éléments impactant négativement sur le secteur) a encore du chemin.
- Impacts fiscaux et emploi
Oui, Starlink a créé une entreprise de droit sénégalais. Nous connaissons que l’environnement sénégalais reste attractif pour la création d’une entreprise.
Les enjeux portent sur :
→ le nombre réel d’emplois créés ou à créer
→ les risques de suppression des emplois crées par nos FAl locaux.
→ Les mécanismes de contrôle fiscal effectif, notamment en l’absence actuelle de
Gateway opérationnelle
- Impacts socio-économiques
Starlink, je cite « va transformer d’ici 5 ans de manière disruptive la vie des populations sur le plan économique et de l’inclusion numérique. Ces Sénégalais qui n’ont jamais cru un jour faire partie de ceux qui pourront mener des actes de e-commerce et d’autres formes d’usage ».
→ Cependant, l’inclusion numérique ne peut être analysée indépendamment d’autres facteurs structurants, notamment l’accès à l’électricité et les réalités socio-économiques locales. Je vous renvoie au point 1.
→ Starlink est-il devenu le Zoro national du Numérique au Sénégal ?
- Les 5 000 kits et l’économie annoncée de 65 milliards
Une clarification serait utile si après négociation, l’Etat du Sénégal économise 65 milliards :
→ S’agit-il d’équipements offerts à l’État ou d’une estimation d’économies liées à
la rationalisation des dépenses ?
- Sécurité numérique nationale
Au-delà d’une couverture à 100% du territoire sénégalais, comment peut-on prétendre assurer la sécurité des Sénégalais en admettant qu’il va construire une Gateway d’ici fin décembre 2026. S’il existe des mécanismes alternatifs déjà opérationnels, ils mériteraient d’être explicités.
Pour clôturer, nous restons convaincus que la transparence et l’équité sont gages d’une synergie positive entre les acteurs du numérique, au service d’un Sénégal inclusif et prospère.
Malgré ces remarques et interrogations, nous réaffirmons notre engagement quotidien pour accompagner nos autorités dans leurs missions de développement du secteur.
Samba Mintou Seye, Sénégalais – citoyen engagé