Face à une contestation sociale inédite depuis son élection, le président Brice Oligui Nguema a ordonné la suspension immédiate de l’accès aux réseaux sociaux. Une décision radicale justifiée par les autorités pour lutter contre la diffusion de « contenus haineux » et de « fausses informations ».
C’est un couperet numérique qui est tombé sur le Gabon. Mardi 17 février, sur le journal télévisé de Gabon 1ère, le porte-parole de la Haute Autorité de la communication (HAC), Jean-Claude Mendome, a annoncé une mesure drastique : « La suspension immédiate des réseaux sociaux sur le territoire gabonais jusqu’à nouvel ordre. »
Si aucune plateforme n’a été explicitement nommée, la décision vise l’ensemble des outils de communication et d’échange en ligne. L’instance de régulation justifie ce geste par la présence de contenus jugés dangereux pour la stabilité du pays. Selon le communiqué officiel, ces publications seraient susceptibles « d’engendrer des conflits sociaux, de déstabiliser les institutions de la République et de mettre gravement en péril l’unité nationale, les avancées et les acquis démocratiques ».
La HAC a élargi son grief à un écosystème numérique devenu, selon elle, incontrôlable. Elle dénonce « la diffusion récurrente de contenus inappropriés, diffamatoires, haineux, injurieux », mais aussi « la propagation de fausses informations », le « cyberharcèlement » ou encore « la divulgation non autorisée de données personnelles ». L’autorité a également critiqué « l’indifférence » des géants du web et « l’absence d’une véritable volonté de modération des contenus illicites ».
Une première tempête sociale pour le président Oligui
Cette mise sous cloche numérique intervient dans un contexte social tendu. Élu le 12 avril 2025 avec 94,85 % des voix, dix-neuf mois après le coup d’État ayant renversé Ali Bongo en août 2023, le président Brice Oligui Nguema traverse sa première vague de contestation d’ampleur.
Depuis janvier, et plus intensément en février, le pays fait face à un mouvement de grève des enseignants qui paralyse, par endroits, le système éducatif depuis plus d’un mois. Ce mécontentement social trouve un écho dans une situation économique préoccupante.
Malgré ses richesses naturelles (pétrole, manganèse), le Gabon, qui compte 2,3 millions d’habitants, est frappé par une crise économique sévère. Le chômage des jeunes atteint 37 % selon la Banque mondiale, tandis que les défaillances des services publics (coupures d’eau et d’électricité, déraillements de train) sont devenues monnaie courante. La santé économique du pays inquiète jusqu’aux marchés financiers : en décembre 2025, l’agence Fitch a dégradé la note du Gabon à CCC-, anticipant une dette publique galopante devant frôler les 87 % du PIB d’ici 2027.
Si la décision a été proclamée solennellement, son application technique reste à confirmer. Selon une journaliste de l’Agence France-Presse (AFP), la coupure n’était pas effective dans la nuit de mardi à mercredi, laissant planer un doute sur la capacité des autorités à mettre en œuvre rapidement cette mesure ou sur une possible mise en place progressive.
La suspension des réseaux sociaux, souvent perçue comme une atteinte à la liberté d’expression, est régulièrement utilisée sur le continent en période de tensions. Il s’agit pour le pouvoir en place de verrouiller un espace devenu central dans l’organisation de la contestation et la diffusion de points de vue alternatifs, au moment où la colère sociale monte dans un pays fragilisé économiquement.