GaindeSat-1A n’est plus. Le 21 janvier, ce pionnier spatial sénégalais a achevé sa mission avec une désintégration prévue dans l’atmosphère terrestre. Cette première expérience a permis, selon Pr Gayane Faye, coordonnateur du projet SenSat, d’identifier les limites technologiques, de tester des balises de collecte de données et de préparer la souveraineté scientifique et industrielle du Sénégal dans le domaine spatial.
Le satellite GaindeSat-1A s’est désintégré. Comment expliquez-vous cela ?
Le satellite GaindeSat-1A a fait sa rentrée atmosphérique le 21 janvier 2026 à 04:56:43 UTC, marquant la fin de sa vie. Elle peut être considérée comme une mort naturelle dans la mesure où, quand le satellite entre dans l’atmosphère avec les frottements de l’air, il se désintègre et est totalement consumé. Ce n’est pas un événement extraordinaire, car un satellite, lorsqu’il est mis en orbite, tourne autour de la Terre et perd progressivement de l’altitude jusqu’à entrer dans l’atmosphère.
Certains satellites disposent d’un système de contrôle d’attitude appelé ADCS qui permet de les remettre en orbite et d’allonger leur durée de vie. Malheureusement, GaindeSat-1A étant un petit satellite et à l’instar de tous les autres de cette taille, il n’y avait pas assez d’espace pour intégrer ce système. Il suivait donc sa trajectoire naturellement, perdant progressivement de l’altitude.
Il faut noter qu’après le lancement, dès que nous avons eu les paramètres orbitaux, nous avions fait des calculs pour estimer sa période opérationnelle. Ce qui nous avait donné entre douze et vingt-quatre mois. Cependant, le pic de l’activité solaire observé en 2025 a précipité sa descente dans l’atmosphère. L’activité solaire, qui suit un cycle de 11 ans, avait atteint son pic en 2025. Cela a augmenté la traînée atmosphérique, ralentissant le satellite GaindeSat-1A et accélérant la décroissance de son orbite, qui s’est terminée après 17 mois et 5 jours.
Avez-vous tenté de communiquer avec lui après cette date ?
Non, nous savions qu’il n’était plus possible de communiquer. Tout était prévisible, il n’y a eu aucune surprise. Il faut noter que les statistiques montrent que la probabilité de succès pour un petit satellite est d’environ 10 %.
Plusieurs facteurs peuvent entraîner sa perte : une panne lors du lancement ou un défaut technique ; une défaillance mécanique ou électronique après le lancement ; une collision avec des débris spatiaux, bien que la probabilité soit faible ; la « mort naturelle » par désintégration dans l’atmosphère. Ce sont les principales causes de perte d’un petit satellite.
Est-ce que les autorités sont au courant de la mort du satellite ?
Oui. Elles ont été officiellement informées, notamment le ministre de l’Enseignement supérieur, porteur du projet SenSat, le Premier ministre et le président de la République. Un bilan global de la mission est en cours de rédaction.
Peut-on parler de rentabilité quand on dépense des millions pour un satellite aujourd’hui détruit ?
Il faut comprendre que GaindeSat n’est pas seulement un satellite, mais un programme de transfert de compétences et de technologies. Cela explique en grande partie son coût, qui inclut les infrastructures au sol comme le centre de contrôle, la formation des ingénieurs et l’accompagnement technique.
Notre démarche est souveraine : elle vise à développer notre propre technologie et à fabriquer nos satellites localement. À terme, cela permettra de réduire les coûts et de positionner le Sénégal comme fournisseur de solutions satellitaires.
Le coût total du projet s’élève à environ 700 millions de FCFA. À titre de comparaison, un petit satellite acheté « sur étagère » coûterait moins de 300 millions de FCFA. Mais un achat commercial ne comprend ni le transfert de technologie, ni les infrastructures, ni la maîtrise du savoir-faire. Dans ce contexte, acheter un satellite tout prêt nous aurait laissés sans autonomie technologique. La vraie réussite de GaindeSat n’est pas le satellite lui-même, mais les compétences et l’écosystème qu’il est en train de créer.
Quelles leçons scientifiques et technologiques tirer de cette première expérience ?

GaindeSat-1B, qui sera lancé à l’été 2026, est en cours de fabrication par les ingénieurs de SenSat sans coaching extérieur. Cependant, une partie de la technologie est importée.
GaindeSat-1C sera entièrement conçu à Dakar avec notre propre technologie, sans importation ni coaching, mais avec un assemblage en dehors du Sénégal puisque nous ne disposons pas encore des infrastructures adéquates.
GaindeSat-1D, qui embarquera notre propre technologie, sera entièrement assemblé au Sénégal, dans notre futur centre, garantissant ainsi notre souveraineté spatiale.
Y a-t-il eu des limites ou insuffisances identifiées sur le 1A que vous comptez corriger pour le 1B ?
La seule limite que nous avons identifiée concerne l’orbite. L’orbite détermine le nombre de passages du satellite au-dessus du Sénégal. GaindeSat-1A passait deux fois par jour, mais un autre type d’orbite aurait permis jusqu’à sept passages.
Comme nous dépendons de lanceurs étrangers, nous ne contrôlons pas entièrement cette variable pour le moment. Cependant, pour une meilleure maîtrise, nous sommes en train de travailler sur un projet de fusée.
Quel bilan tirez-vous de GaindeSat-1A après 17 mois d’activité ?
L’objectif principal de GaindeSat-1A était le transfert de compétences et la collecte de données via des balises installées sur des stations de mesure.
Nous avons commencé avec deux balises : une à Diamniadio et une autre au Lac de Guiers en collaboration avec l’Office des lacs et cours d’eau (OLAC). GaindeSat a permis de tester l’application et de valider la technologie à 100 %.
L’objectif ultime est d’avoir, à terme, une centaine voire des centaines de stations à travers le Sénégal pour collecter des données environnementales. Nous intervenons en tant que facilitateurs : nous ne mesurons pas directement, mais nous fournissons aux structures de l’État le dispositif de collecte de données.
Qu’en est-il de l’imagerie satellitaire ?
Nous avons initié, au sein de SenSat, un programme de constellation de satellites d’observation de la Terre appelé Pénkki Nanka qui va nous permettre d’avoir des images de très haute résolution pour diminuer la dépendance du Sénégal dans le domaine de l’observation de la Terre.
Ces satellites seront plus grands que les GaindeSat, ce qui nous permettra d’y intégrer des systèmes de contrôle d’attitude et ainsi allonger leur durée de vie.
Pour mieux articuler ces satellites par rapport au besoin réel du pays en données d’observation de la Terre, nous avons consulté toutes les structures étatiques (plus d’une soixantaine) utilisatrices d’images satellitaires pour identifier leurs besoins. Les études techniques seront terminées d’ici juin, et les premiers satellites pourraient être lancés vers 2028, en parallèle du programme GaindeSa
Avec Le Journal Observateur