CinetPay, six mois après la tempête : Daniel Dindji sort du silence

Six mois après une cyberattaque coordonnée qui a frappé ses opérations simultanément en Côte d’Ivoire, au Togo et au Burkina Faso, le PDG de CinetPay, Daniel Dindji, a rompu le silence dans un entretien exclusif, défendant la gestion de la crise et annonçant une refonte en profondeur du dispositif de sécurité de la fintech ivoirienne.

L’attaque, survenue en septembre 2025, avait exploité une vulnérabilité dans l’interface de trésorerie inter-pays du groupe. Elle avait entraîné des pertes financières réelles et touché plusieurs partenaires commerciaux, ébranlant la crédibilité d’un acteur qui se présente comme l’un des piliers du paiement digital en Afrique de l’Ouest.

Face aux critiques, Daniel Dindji a détaillé les mesures techniques déployées depuis l’incident. La première consiste en une segmentation totale des environnements de trésorerie par pays, afin qu’une compromission dans un territoire ne puisse plus se propager aux autres. La deuxième est le déploiement d’un système de détection de fraude en temps réel, avec blocage automatique des transactions suspectes.
CinetPay a également commandé un audit de sécurité conduit par un cabinet indépendant international, assorti de tests d’intrusion réguliers. Enfin, le budget consacré à la cybersécurité a été triplé et des experts dédiés recrutés, selon le dirigeant.

« La manière dont nous avons géré cette crise montre la résilience de notre équipe et la solidité de nos fondamentaux », a déclaré Dindji, tout en refusant de « minimiser » la gravité de l’incident.

Une dette de 655 millions FCFA et de nouveaux actionnaires

L’entretien a également porté sur la dette de 655 millions de francs CFA que CinetPay doit à DPay Limited, un créancier qui a multiplié les accusations publiques ces derniers mois. Sans fournir d’échéancier précis — qu’il juge « contre-productif pour l’ensemble des parties » —, Dindji a affirmé que « des versements ont déjà été effectués » et qu’un plan de remboursement est en cours d’exécution.

Sur la structure du capital, le PDG a confirmé que de nouveaux investisseurs ont rejoint CinetPay depuis le tour de table de 2021, qui avait vu entrer Flutterwave et 4DX Ventures. Ces partenaires, dit-il, ont été pleinement informés de la situation et demeurent confiants dans la trajectoire de l’entreprise.
« CinetPay n’est pas en situation de restructuration. L’impact a été significatif, mais il est gérable », a-t-il soutenu.

L’affaire sénégalaise comme cas d’école

Concernant un incident au Sénégal, où un marchand avait détourné les services de la plateforme, Dindji a indiqué que l’entreprise avait réagi en moins de 72 heures : résiliation du contrat, dépôt de plainte et gel des fonds concernés.
Il a par ailleurs répondu aux attaques de DPay avec une pique mesurée : « Ce qui fragilise réellement la fintech africaine, ce n’est pas un incident de cybersécurité géré avec transparence. C’est l’opacité, le refus de coopérer avec les autorités et les activités illicites. » Sans nommer explicitement son créancier, Dindji a laissé entendre que « le contexte juridique autour de DPay est documenté » et que « la justice se prononcera ».

Des lancements de produits annoncés malgré la crise

Malgré le contexte, CinetPay dit maintenir une trajectoire de croissance. Plusieurs nouveaux produits seraient en cours de finalisation pour un lancement dans les prochaines semaines, selon son PDG. Les opérations restent actives dans l’ensemble des pays où le groupe est présent, et la base marchande continue, dit-il, de progresser.
La fintech, dont le siège est à Abidjan, affirme avoir traité ses obligations vis-à-vis de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) en matière de cantonnement des fonds marchands, ces derniers étant désormais « isolés et protégés, indépendamment de la trésorerie opérationnelle ».

Dans un secteur fintech ouest-africain confronté à une régulation croissante et à une méfiance persistante des partenaires institutionnels, la stratégie de communication choisie par Dindji tranche avec le silence qui caractérise souvent la gestion de crise dans la région.
« Je ne demande pas une confiance aveugle. Je demande à nos partenaires de nous juger sur nos actes », a-t-il conclu.

La capacité de CinetPay à honorer sa dette envers DPay, à consolider ses positions réglementaires et à concrétiser ses annonces de nouveaux produits constituera dans les prochains mois le véritable test de cette promesse.

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