Abidjan mise sur l’intelligence artificielle pour rapprocher l’administration des citoyens. Un pari simple sur le papier mais qui touche une réalité quotidienne bien concrète.
Obtenir une information sur son état civil, connaître les démarches pour régulariser sa situation fiscale, ou simplement savoir à quel ministère s’adresser : en Côte d’Ivoire, ces questions simples mobilisaient jusqu’ici des déplacements souvent longs, des files d’attente et, au bout du compte, des réponses pas toujours au rendez-vous. C’est précisément ce parcours du combattant que le gouvernement ivoirien entend court-circuiter avec le lancement, cette semaine, d’EMY 101 un assistant conversationnel propulsé par l’intelligence artificielle, directement accessible depuis WhatsApp et Messenger. Deux applications que des millions d’Ivoiriens utilisent déjà chaque jour, souvent bien avant d’ouvrir un navigateur web.
Un guichet dans la poche
Le principe est d’une simplicité assumée : enregistrer le numéro WhatsApp dédié, envoyer le mot-clé « Emy 101 », et le chatbot prend le relais. Informations administratives, démarches d’état civil, contacts utiles au sein des services publics, signalement de préoccupations, remontée d’alertes, l’outil se veut un point d’entrée unique, disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans rendez-vous ni déplacement. Un numéro vert, le 101, complète le dispositif pour ceux qui préfèrent décrocher leur téléphone.
Ce n’est pas anodin. Dans un pays où la pénétration de l’internet mobile progresse rapidement mais où l’accès physique aux services publics reste inégal selon les régions, parier sur WhatsApp plutôt que sur une application propriétaire est un choix pragmatique. L’État rencontre les citoyens là où ils sont déjà.
Au-delà de la communication institutionnelle
EMY 101 ne se limite pas à diffuser des communiqués officiels. Le chatbot est également conçu pour permettre aux usagers de faire remonter leurs préoccupations vers l’administration une dimension participative qui, si elle tient ses promesses, changerait sensiblement la nature de la relation entre l’État et ses administrés. Moins de verticalité, plus de réactivité. Les autorités ivoiriennes y voient un levier pour accélérer le traitement des requêtes, réduire les frictions administratives et, à terme, construire une image d’État plus transparent et plus accessible. Des objectifs qu’on entend souvent dans les discours de modernisation mais que la qualité de l’outil, dans la durée, devra confirmer sur le terrain.
Le lancement d’EMY 101 n’est pas un geste isolé. Il s’inscrit dans un mouvement de fond qui traverse plusieurs pays africains : digitaliser l’administration publique, non pas pour la forme, mais pour résoudre des problèmes réels d’accès et d’efficacité. La Côte d’Ivoire, qui multiplie depuis quelques années les initiatives de transformation numérique, entend clairement tenir un rôle de référence dans cette dynamique en Afrique de l’Ouest. Reste une question que ni le communiqué de lancement ni les captures d’écran promotionnelles ne peuvent trancher : celle de l’adoption réelle. Un chatbot gouvernemental ne vaut que si les citoyens lui font confiance et si les réponses qu’il fournit sont effectivement fiables, à jour, et utiles. C’est à cette condition, et à cette condition seulement, qu’EMY 101 deviendra autre chose qu’un outil de communication. Pour accéder au service : WhatsApp ou Messenger via le mot-clé « Emy 101 », ou le numéro vert 101.