Mamadou Ndao, du pionnier de l’Internet au cœur du gateway de Starlink avec Waw Telecom

Dakar, dans un secteur des télécommunications en pleine recomposition, le nom de Mamadou Ndao circule avec une certaine constance. Sans mise en scène ni effet d’annonce, cet ingénieur formé en France fait partie de ceux qui ont vu naître Internet au Sénégal  et qui, trois décennies plus tard, participent à en redessiner les contours à l’ère du satellite. Son parcours épouse, presque à la lettre, l’histoire numérique du pays.

Tout commence au début des années 1990. Diplômé à Paris, il fait ses premières armes chez British Telecom. Mais très tôt, une décision s’impose : rentrer au Sénégal. « Le secteur en était à ses débuts. Il y avait tout à construire », confie-t-il, sobrement.

En 1996, il est aux premières loges du lancement de l’Internet dans le pays, au sein de Telecom Plus, alors filiale de Sonatel et de France Télécom. À l’époque, la priorité est institutionnelle : connecter la présidence, les ministères, les ambassades. Une infrastructure embryonnaire, mais fondatrice. « C’est à ce moment-là que tout a commencé », résume-t-il.

Puis vient le temps de l’expatriation. Pendant plus de vingt ans, Mamadou Ndao poursuit sa carrière aux États-Unis, dans un environnement technologique en avance de phase. Une expérience qui affine son regard  et nourrit, en filigrane, une conviction : le Sénégal devra, tôt ou tard, combler son retard.

Lorsqu’il rentre au pays, au milieu des années 2010, le constat est sans appel. « L’ADSL dominait encore, alors que la fibre s’imposait ailleurs », observe-t-il. Pour lui, l’enjeu n’est plus seulement d’étendre l’accès à Internet, mais d’en accélérer la qualité et la disponibilité.

C’est dans ce contexte qu’il prend la tête de Waw Telecom, un fournisseur d’accès qui fait rapidement le pari de l’agilité. L’entreprise se distingue par des délais d’installation réduits  parfois moins de 48 heures  et par une approche technologique alternative, baptisée « fibre par air ». Une solution radio avancée, capable d’offrir des performances proches de la fibre, sans les contraintes des travaux lourds.

« Il fallait adapter les modèles aux réalités locales.  », explique-t-il. Une manière, aussi, de bousculer un marché longtemps dominé par des infrastructures classiques.

Au fil des années, Waw Telecom élargit son offre. Fibre, radio, solutions hybrides : l’opérateur se positionne progressivement sur tous les segments, du résidentiel aux grandes entreprises. Mais c’est l’arrivée du satellite qui marque un tournant plus net.

En devenant partenaire de Starlink au Sénégal, l’entreprise entre dans une nouvelle phase. Elle assure notamment l’installation des équipements pour les clients professionnels et institutionnels. Une évolution que Mamadou Ndao analyse sans emphase : « Le satellite vient compléter ce qui existe déjà. Il permet surtout d’atteindre des zones qui restaient hors de portée. Contrairement à certaines idées reçues, les données ne quittent pas directement le pays via le satellite. Elles transitent d’abord par un Gateway local avant d’être acheminées via les câbles sous-marins. WAW Telecom a été choisi pour installer ce Gateway au Sénégal pour Starlink. Cela garantit que les données restent sous contrôle local, ce qui est essentiel en matière de souveraineté numérique.»

Car le défi reste immense. Selon lui, plusieurs centaines de localités échappent encore à une couverture Internet fiable. Dans ces territoires, le satellite offre une réponse immédiate. « On peut aujourd’hui connecter des zones rurales avec des débits élevés, parfois supérieurs à ceux de certaines zones urbaines », souligne-t-il.

Derrière cette avancée technologique se joue une autre bataille, plus discrète : celle de la souveraineté des données. Pour Mamadou Ndao, l’enjeu est manifeste : « Le contrôle local des flux est essentiel. Cela garantit que les données restent encadrées dans un environnement conforme aux règles nationales. Contrairement à une idée répandue, les informations ne transitent pas directement vers l’étranger via les satellites. Elles passent d’abord par des infrastructures locales, les gateways; avant d’être acheminées vers les réseaux internationaux. Waw Telecom a été choisi pour participer à leur déploiement au Sénégal.»  Une question stratégique, à mesure que les usages numériques se généralisent.

Dans cette architecture, le rôle des infrastructures neutres devient également central. Waw Telecom a ainsi installé son cœur de réseau au sein du data center de Onix, un hub qui permet de diversifier les accès aux câbles sous-marins et de réduire la dépendance à un nombre limité d’acteurs.

Au-delà des infrastructures, Mamadou Ndao insiste sur les usages. Pour lui, la connectivité n’a de sens que si elle s’accompagne de services à valeur ajoutée : cloud local, objets connectés, solutions agricoles intelligentes. « Un agriculteur peut aujourd’hui suivre ses cultures à distance, optimiser l’irrigation, anticiper les rendements. Nous voulons aller au-delà des infrastructures pour développer des services à valeur ajoutée. Cela inclut le triple play (internet, télévision IP et téléphonie), mais aussi le cloud souverain et l’Internet des objets (IoT). L’objectif est de permettre à tous les Sénégalais, y compris dans les zones rurales, de créer, héberger et développer des solutions numériques. La compétition se jouera désormais au niveau des services», explique-t-il.

Dans les zones rurales, Waw Telecom expérimente aussi des modèles d’accès à bas coût, notamment à travers des points Wi-Fi communautaires. Une approche pragmatique pour réduire la fracture numérique, encore marquée entre centres urbains et périphéries.

Reste la question du positionnement du Sénégal dans l’écosystème numérique africain. Sur ce point, Mamadou Ndao se veut mesuré, mais déterminé. « Le pays a des atouts. Avec les bonnes infrastructures et les bons investissements, il peut jouer un rôle régional », estime-t-il.

L’intelligence artificielle, notamment appliquée aux langues locales, fait partie des pistes évoquées. Un levier, selon lui, pour élargir l’accès aux services numériques et renforcer l’inclusion.

À 30 ans de carrière, Mamadou Ndao ne revendique ni statut ni héritage. Mais son parcours raconte, en creux, l’évolution d’un secteur passé de quelques connexions institutionnelles à une ambition de couverture quasi totale.

Dans un paysage en mutation rapide, il continue d’avancer avec une ligne constante : adapter la technologie aux réalités du terrain, sans perdre de vue les enjeux de long terme. Une manière, peut-être, de construire patiemment les fondations d’un Sénégal connecté — au-delà des effets de mode et des annonces.

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Mamadou BAH

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