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« Un étudiant, un ordinateur » – Quand le contrôle parlementaire risque de devenir un tribunal du soupçon

𝐿𝑎 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑜𝑠𝑖𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑖𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑑'𝑒𝑛𝑞𝑢ê𝑡𝑒 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑔𝑟𝑎𝑚𝑚𝑒 « 𝑈𝑛 é𝑡𝑢𝑑𝑖𝑎𝑛𝑡, 𝑢𝑛 𝑜𝑟𝑑𝑖𝑛𝑎𝑡𝑒𝑢𝑟 » 𝑟é𝑝𝑜𝑛𝑑 à 𝑢𝑛𝑒 𝑒𝑥𝑖𝑔𝑒𝑛𝑐𝑒 𝑙é𝑔𝑖𝑡𝑖𝑚𝑒 𝑑𝑒 𝑡𝑟𝑎𝑛𝑠𝑝𝑎𝑟𝑒𝑛𝑐𝑒. 𝑀𝑎𝑖𝑠 𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑖𝑛𝑡𝑒𝑟𝑣𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑎𝑢 𝑐œ𝑢𝑟 𝑑'𝑢𝑛𝑒 𝑐𝑟𝑖𝑠𝑒 𝑑𝑒 𝑔𝑜𝑢𝑣𝑒𝑟𝑛𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑢𝑛𝑖𝑣𝑒𝑟𝑠𝑖𝑡𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑒𝑡…

Illustration « Un étudiant, un ordinateur » – Quand le contrôle parlementaire risque de devenir un tribunal du soupçon

𝐿𝑎 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑜𝑠𝑖𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑖𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑑’𝑒𝑛𝑞𝑢ê𝑡𝑒 𝑠𝑢𝑟 𝑙𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑔𝑟𝑎𝑚𝑚𝑒 « 𝑈𝑛 é𝑡𝑢𝑑𝑖𝑎𝑛𝑡, 𝑢𝑛 𝑜𝑟𝑑𝑖𝑛𝑎𝑡𝑒𝑢𝑟 » 𝑟é𝑝𝑜𝑛𝑑 à 𝑢𝑛𝑒 𝑒𝑥𝑖𝑔𝑒𝑛𝑐𝑒 𝑙é𝑔𝑖𝑡𝑖𝑚𝑒 𝑑𝑒 𝑡𝑟𝑎𝑛𝑠𝑝𝑎𝑟𝑒𝑛𝑐𝑒. 𝑀𝑎𝑖𝑠 𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑖𝑛𝑡𝑒𝑟𝑣𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑎𝑢 𝑐œ𝑢𝑟 𝑑’𝑢𝑛𝑒 𝑐𝑟𝑖𝑠𝑒 𝑑𝑒 𝑔𝑜𝑢𝑣𝑒𝑟𝑛𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑢𝑛𝑖𝑣𝑒𝑟𝑠𝑖𝑡𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑑’𝑢𝑛𝑒 𝑟𝑒𝑐𝑜𝑚𝑝𝑜𝑠𝑖𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑝𝑜𝑙𝑖𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑎𝑞𝑢𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑝𝑙𝑢𝑠𝑖𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑎𝑐𝑡𝑒𝑢𝑟𝑠 𝑐𝑜𝑛𝑐𝑒𝑟𝑛é𝑠 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑝𝑟𝑜𝑐ℎ𝑒𝑠 𝑑𝑢 𝑝𝑟é𝑠𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒 𝑙’𝐴𝑠𝑠𝑒𝑚𝑏𝑙é𝑒 𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙𝑒. 𝐿’𝑒𝑛𝑗𝑒𝑢 𝑛𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑠𝑖𝑠𝑡𝑒 𝑑𝑜𝑛𝑐 𝑝𝑎𝑠 𝑠𝑒𝑢𝑙𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 à 𝑟𝑒𝑐ℎ𝑒𝑟𝑐ℎ𝑒𝑟 𝑑’é𝑣𝑒𝑛𝑡𝑢𝑒𝑙𝑙𝑒𝑠 𝑖𝑟𝑟é𝑔𝑢𝑙𝑎𝑟𝑖𝑡é𝑠. 𝐼𝑙 𝑠’𝑎𝑔𝑖𝑡 𝑑𝑒 𝑠𝑎𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑠𝑖 𝑙’𝐴𝑠𝑠𝑒𝑚𝑏𝑙é𝑒 𝑎𝑝𝑝𝑙𝑖𝑞𝑢𝑒𝑟𝑎 à 𝑠𝑒𝑠 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑟𝑒𝑠 𝑝𝑟𝑜𝑐ℎ𝑒𝑠 𝑙𝑎 𝑚ê𝑚𝑒 𝑟𝑖𝑔𝑢𝑒𝑢𝑟 𝑞𝑢’𝑎𝑢𝑥 𝑟𝑒𝑠𝑝𝑜𝑛𝑠𝑎𝑏𝑙𝑒𝑠 𝑟𝑒𝑙𝑒𝑣𝑎𝑛𝑡 𝑑é𝑠𝑜𝑟𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑑𝑢 𝑝𝑜𝑢𝑣𝑜𝑖𝑟 𝑒𝑥é𝑐𝑢𝑡𝑖𝑓.

Le Bureau de l’Assemblée nationale a déclaré recevable une proposition de création d’une commission d’enquête sur les irrégularités alléguées dans la passation et l’exécution des marchés du programme « Un étudiant, un ordinateur ». Le sujet relève pleinement du contrôle parlementaire : il concerne des ressources publiques, des fournisseurs privés, des équipements destinés aux étudiants et plusieurs années de gestion ministérielle.

Mais cette enquête n’intervient pas dans un espace institutionnel neutre. Quelques jours auparavant, cinq hauts responsables de la Direction générale de l’Enseignement supérieur avaient présenté simultanément leur démission : Abdoul Aziz Diouf, Babou Diène, Mame Penda Ba, El Hadji Omar Thiam et El Hadji Samba Ndiaye. Ils ont invoqué de profonds désaccords avec le ministre Boubacar Camara sur plusieurs orientations, parmi lesquelles le projet ESPOIR-Jeunes et le programme « Un étudiant, un ordinateur », qu’ils présentent comme doté d’un financement public de six milliards de francs CFA par an.

Ces explications constituent, à ce stade, leur version de la crise. Elles doivent être entendues, documentées et confrontées à celle du ministre, des anciens responsables du département, des fournisseurs, des universités et des services de contrôle. Une démission collective est un événement administratif majeur. Elle n’est pourtant ni une preuve de culpabilité du ministre ni un certificat d’infaillibilité accordé aux démissionnaires.

Le dossier devient politiquement plus sensible parce que ces universitaires sont identifiés, dans le milieu académique, comme proches du pôle Sonko. Leur ancien ministre de tutelle, Daouda Ngom, vice-président de PASTEF, les a publiquement défendus en les présentant comme des cadres « compétents, loyaux et républicains ». Après son départ du gouvernement, il a rejoint le cabinet d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale comme conseiller spécial.

Cette proximité ne prouve ni une coordination des démissions, ni une instrumentalisation de la commission, ni une volonté de protéger l’ancien ministre. L’affirmer sans preuve reviendrait précisément à reproduire la méthode que cette tribune interroge : transformer une proximité politique en culpabilité présumée.

Mais elle pose une question institutionnelle impossible à éluder : comment une Assemblée dont le président compte dans son entourage immédiat un ancien ministre directement concerné par la politique examinée garantira-t-elle que les décisions prises sous sa responsabilité seront étudiées avec la même rigueur que celles de son prédécesseur Abdourahmane Diouf et de son successeur Boubacar Camara, nommé le 1er juin 2026 ?

La question est d’autant plus décisive que la rupture entre les anciens pôles du pouvoir est désormais officialisée. Bassirou Diomaye Faye a créé sa propre formation politique, tandis qu’Ousmane Sonko demeure à la tête de PASTEF et préside une Assemblée où son parti conserve une majorité très large. Le programme se trouve ainsi au croisement de trois tensions : une controverse sur la commande publique, une crise de gouvernance universitaire et une rivalité politique entre les centres parlementaire et exécutif.

C’est ici que surgit le risque du 𝐭𝐫𝐢𝐛𝐮𝐧𝐚𝐥 𝐝𝐮 𝐬𝐨𝐮𝐩ç𝐨𝐧. Une commission ne devient pas politique parce qu’elle interroge des ministres, des directeurs ou des fournisseurs. Elle le devient lorsque l’enquête part de coupables plutôt que de questions ; lorsque la parole du proche vaut témoignage et celle du rival simple stratégie de défense ; lorsque les auditions servent à confirmer un récit déjà construit ; lorsque l’exposition des personnes prend le pas sur l’établissement des mécanismes et la réforme des procédures.

Une enquête républicaine devra donc reconstituer toute la chaîne du programme : sa création, les budgets successifs, les procédures de passation, les entreprises sélectionnées, les prix, les équipements commandés, livrés, stockés ou distribués, les paiements effectués, les bénéficiaires réels et les décisions des ministres successifs. Elle devra également examiner les propositions de réforme portées par les directions techniques, notamment le projet d’unités d’assemblage dans les universités, sans présumer de leur pertinence avant une évaluation économique, industrielle et pédagogique.

Elle devra entendre les démissionnaires sans en faire des témoins naturellement infaillibles. Elle devra examiner la période Daouda Ngom sans faire de sa proximité avec Sonko une présomption de bonne gestion. Elle devra interroger Boubacar Camara sans transformer son désaccord avec ses directeurs en preuve d’une faute. Elle devra enfin entendre Abdourahmane Diouf, qui s’est déclaré disponible, et soumettre ses affirmations aux mêmes exigences documentaires que celles de tous les autres acteurs.

Le dossier ne doit devenir ni le procès politique du ministre actuel ni le blanchiment de ceux qui ont administré le programme auparavant. La commission devra distinguer l’erreur de politique publique, le désaccord stratégique, l’irrégularité administrative, la faute de gestion et l’éventuelle infraction pénale.

Le premier test de l’Assemblée sous Sonko ne sera donc pas sa capacité à soupçonner le gouvernement de Diomaye. Ce sera sa capacité à enquêter avec la même rigueur sur ses propres proches.

« 𝑼𝒏𝒆 𝒄𝒐𝒎𝒎𝒊𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏 𝒅’𝒆𝒏𝒒𝒖ê𝒕𝒆 𝒑𝒂𝒓𝒍𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆 𝒎é𝒓𝒊𝒕𝒆 𝒔𝒐𝒏 𝒏𝒐𝒎 𝒍𝒐𝒓𝒔𝒒𝒖’𝒆𝒍𝒍𝒆 𝒕𝒓𝒂𝒏𝒔𝒇𝒐𝒓𝒎𝒆 𝒍𝒆𝒔 𝒔𝒐𝒖𝒑ç𝒐𝒏𝒔 𝒆𝒏 𝒒𝒖𝒆𝒔𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔, 𝒍𝒆𝒔 𝒒𝒖𝒆𝒔𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔 𝒆𝒏 𝒑𝒓𝒆𝒖𝒗𝒆𝒔 𝒆𝒕 𝒍𝒆𝒔 𝒑𝒓𝒆𝒖𝒗𝒆𝒔 𝒆𝒏 𝒓é𝒇𝒐𝒓𝒎𝒆𝒔. 𝑬𝒍𝒍𝒆 𝒅𝒆𝒗𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒖𝒏 𝒕𝒓𝒊𝒃𝒖𝒏𝒂𝒍 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆 𝒍𝒐𝒓𝒔𝒒𝒖’𝒆𝒍𝒍𝒆 𝒕𝒓𝒂𝒏𝒔𝒇𝒐𝒓𝒎𝒆 𝒍𝒆𝒔 𝒔𝒐𝒖𝒑ç𝒐𝒏𝒔 𝒆𝒏 𝒂𝒄𝒄𝒖𝒔𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔, 𝒍𝒆𝒔 𝒂𝒄𝒄𝒖𝒔𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔 𝒆𝒏 𝒔𝒑𝒆𝒄𝒕𝒂𝒄𝒍𝒆𝒔 𝒆𝒕 𝒍𝒆𝒔 𝒔𝒑𝒆𝒄𝒕𝒂𝒄𝒍𝒆𝒔 𝒆𝒏 𝒗𝒆𝒓𝒅𝒊𝒄𝒕𝒔. »

𝐏𝐫 𝐅𝐚𝐥𝐢𝐥𝐨𝐮 𝐂𝐎𝐔𝐍𝐃𝐎𝐔𝐋
𝐸𝑛𝑠𝑒𝑖𝑔𝑛𝑎𝑛𝑡-𝑐ℎ𝑒𝑟𝑐ℎ𝑒𝑢𝑟
𝑇ℎ𝑖𝑛𝑘 𝑇𝑎𝑛𝑘 𝑃𝑟𝑎𝑔𝑚𝑎𝑡𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑆𝑜𝑐𝑖𝑎𝑙-𝐷é𝑚𝑜𝑐𝑟𝑎𝑡𝑒

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