Lors de l’installation du Conseil consultatif des jeunes du Sénégal (CCJS), mardi 29 septembre au Grand Théâtre de Dakar, le président Bassirou Diomaye Faye a consacré une partie de son discours aux usages des réseaux sociaux.
Il a appelé les jeunes à davantage de responsabilité, de retenue et d’esprit critique face aux dérives numériques. Un débat qui dépasse désormais largement la seule question du temps passé sur TikTok, Instagram ou Telegram.
Le message du président Bassirou Diomaye Faye intervient dans un Sénégal où le téléphone est devenu, pour une grande partie de la jeunesse, à la fois une source d’information, un espace de débat, un outil de travail et parfois le théâtre de violentes confrontations.
Lors de la cérémonie d’installation du Conseil consultatif des jeunes du Sénégal (CCJS), le chef de l’État a invité les jeunes à prendre leurs responsabilités dans leur utilisation du numérique. Créé par décret en décembre 2025 pour remplacer le Conseil national de la jeunesse, le CCJS doit notamment servir de cadre de dialogue et de consultation entre les jeunes et les pouvoirs publics.
Mais au-delà de la participation citoyenne, le président a voulu attirer l’attention sur un autre enjeu : la manière dont les jeunes utilisent les réseaux sociaux.
« Se cacher derrière un téléphone »
Dans son intervention, Bassirou Diomaye Faye a dénoncé les comportements de ceux qui profitent de la distance créée par les écrans pour tenir des propos qu’ils n’assumeraient pas dans une conversation en face-à-face.
« Aujourd’hui, beaucoup de gens se cachent derrière leurs téléphones et leurs claviers pour tenir des propos qu’ils n’osent pas tenir en face de la la personne . Le débat, oui, la contradiction toujours, mais le mensonge et l’injure jamais . », a-t-il déclaré.
Le président a également appelé les jeunes à ne pas se laisser absorber par les contenus sans valeur et par les polémiques permanentes qui rythment les plateformes numériques. Dans son discours, il a notamment cité TikTok, Telegram et Instagram, estimant que leur utilisation excessive pouvait devenir chronophage lorsqu’elle ne répond pas à un objectif précis d’apprentissage ou de recherche.
Le propos présidentiel ne consiste toutefois pas à rejeter le numérique. Dans la même intervention, Bassirou Diomaye Faye a insisté sur la nécessité pour la jeunesse de maîtriser les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, tout en conservant des repères humains et éthiques.
Le numérique entre liberté d’expression et responsabilité
La question posée est devenue centrale : jusqu’où peut aller la liberté d’expression sur les réseaux sociaux ?
Au Sénégal, les débats sur les insultes, la diffamation, les fausses informations, les attaques personnelles et les manipulations numériques ne datent pas d’hier. En 2022 déjà, l’ancien président Macky Sall déclarait dans un entretien accordé à Jeune Afrique qu’il fallait empêcher les réseaux sociaux de s’affranchir des lois et de laisser les fausses informations « gouverner le monde ». Il plaidait également pour une responsabilisation des grandes plateformes.
Quelques années plus tard, le constat reste d’actualité : les réseaux sociaux ont considérablement élargi l’accès à la parole publique, mais ils ont également accéléré la circulation des rumeurs, des contenus trompeurs et des attaques personnelles.
Le défi n’est donc plus seulement technologique. Il est aussi éducatif, citoyen et culturel.
Mary Teuw Niane : « des fenêtres sur le monde, jamais des prisons »
Le discours de Bassirou Diomaye Faye intervient quelques jours après une tribune du professeur Mary Teuw Niane consacrée aux dérives du numérique et à leurs conséquences sur la jeunesse.
Dans cette tribune publiée le 20 septembre 2026, l’ancien ministre alerte notamment sur les risques liés à la manipulation, à la haine et à la désinformation sur les réseaux sociaux. Il appelle parallèlement les jeunes à développer leur esprit critique et à apprendre à distinguer l’information fiable de la rumeur.
Sa formule résume une partie du débat : « Que nos téléphones soient des fenêtres sur le monde, jamais des prisons pour nos consciences. »
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