Le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a présidé ce matin à la Cour suprême de Dakar la cérémonie solennelle de rentrée des Cours et Tribunaux, un rendez-vous majeur pour l’institution judiciaire sénégalaise. Dans une allocution dense et structurante, le chef de l’État, par ailleurs Président du Conseil supérieur de la magistrature, a réaffirmé sa volonté de faire de la transformation numérique l’un des leviers centraux de la refondation de la justice.
Pour lui, cette mutation n’est ni un luxe ni une option politique. Elle s’impose comme une « exigence morale, institutionnelle et démocratique », directement inscrite dans le contrat de gouvernance issu de la troisième alternance démocratique.
« Le peuple, attentif et impatient, nous jauge, s’interroge, doute et critique. C’est son droit le plus absolu », a-t-il reconnu, avant de fixer à l’institution judiciaire une mission claire : « rassurer, expliquer, convaincre ».
À travers cette déclaration, Bassirou Diomaye Faye situe la justice au cœur du pacte de confiance entre l’État et les citoyens, faisant de sa modernisation une condition essentielle de la crédibilité démocratique.
Le numérique, entre levier de performance et défi éthique
Placée sous le thème « Le juge face au défi du numérique », cette rentrée judiciaire 2026 a permis au Président de la République de poser un diagnostic lucide sur l’impact de la révolution digitale dans le fonctionnement des institutions. Il a souligné que le numérique, renforcé par l’essor de l’intelligence artificielle, transforme déjà en profondeur les méthodes de travail, les procédures et les cultures professionnelles au sein de la justice.
La dématérialisation des procédures, la gestion électronique des dossiers ou encore l’archivage numérique ne relèvent plus de la prospective : ils constituent désormais des outils incontournables pour améliorer l’efficacité, la traçabilité et la célérité des décisions judiciaires.
Mais cette modernisation, a-t-il averti, ne saurait être aveugle. Elle doit s’accompagner d’une réflexion éthique rigoureuse.
« Le tout numérique peut-il s’accorder avec les exigences cardinales de l’acte de juger : l’indépendance, l’impartialité, la réserve, le secret des délibérations ? », s’est-il interrogé.
Le Président a également attiré l’attention sur les nouvelles vulnérabilités induites par la digitalisation : cyberattaques, piratage de données sensibles, fraudes numériques. Autant de menaces susceptibles d’affecter la souveraineté judiciaire et l’intégrité même de l’institution.
Former, sécuriser, encadrer : les piliers d’une justice numérique responsable
Face à ces enjeux, Bassirou Diomaye Faye a esquissé une véritable doctrine de la justice numérique. Celle-ci repose, selon lui, sur trois piliers fondamentaux :
l’adaptation des curricula de formation des magistrats et personnels judiciaires, la révision des référentiels éthiques et déontologiques, le renforcement de la culture de la sécurité numérique.
L’ambition est de bâtir une justice « moderne, robuste et proactive », capable non seulement de maîtriser les délais de procédure, mais aussi d’assurer une conservation sécurisée et pérenne des décisions judiciaires. Une justice qui utilise le numérique comme un outil de performance, sans jamais compromettre ses principes fondateurs.
Des Assises de la justice aux réformes structurelles
Le Président de la République a enfin rappelé que cette dynamique de réforme s’inscrit dans une continuité. Dès son entrée en fonction, le chantier a été ouvert avec l’organisation des Assises de la justice, dont les recommandations majeures sont désormais entrées en phase opérationnelle.
Toutes ces réformes, a-t-il souligné, obéissent à un même dénominateur commun : le respect du contrat de gouvernance et la consolidation durable de l’État de droit.