8ᵉ Rencontres du Marché des Titres Publics (REMPT): l’élargissement de la base des investisseurs, gage de profondeur et de stabilité

Un marché de titres publics n’est solide que s’il est assis sur une base d’investisseurs diversifiée, capable d’acheter, de vendre et d’absorber les émissions sans tensions excessives. Or, dans l’espace financier sous-régional, ce critère essentiel demeure encore largement insatisfait. Le manque de profondeur est aujourd’hui l’un des points faibles du marché des titres publics.

C’est autour de cet enjeu central que se tiennent, depuis le 27 janvier 2026 à Lomé, les 8ᵉ Rencontres du Marché des Titres Publics (REMPT), organisées sous l’égide d’UMOA-Titres. Le thème retenu, sur l’élargissement de la base des investisseurs, témoigne de la prise de conscience générale : sans diversification des souscripteurs, la dynamique actuelle du marché risque de s’essouffler.

Dans un marché sain, une base d’investisseurs large et diversifiée assure une meilleure distribution de la demande. Les États peuvent alors emprunter davantage, à des conditions plus abordables, sans faire flamber les taux d’intérêt. A l’inverse, une base étroite, dominée par quelques acteurs, induit une dépendance structurelle, limite la capacité d’absorption du marché et augmente les risques de tensions en cas de choc de liquidité.

Or, le constat est unanime : le marché sous-régional demeure bancocentrique. Hermann Traoré, directeur général de Coris Bourse, rappelle que plus de 90 % des souscriptions sont encore effectuées par ces dernières. Une situation qui, selon lui, « limite la profondeur du marché et accentue les risques de tension sur la liquidité », soulignant l’urgence de diversifier les profils d’investisseurs.

Pour Frank Olivier Diagou, directeur général de NSIA Asset Management, la réponse réside dans la montée en puissance des sociétés de gestion d’actifs. Celles-ci jouent un rôle stratégique dans la collecte et la mutualisation de l’épargne, qu’elle provienne d’investisseurs institutionnels ou de particuliers. Mais leur participation au financement des titres publics demeure, à ses yeux, trop peu reconnue, alors qu’elle est un levier essentiel pour déconcentrer le marché.

Les pouvoirs publics se montrent rassurants. Doneci Koné, directeur général adjoint de la Direction Générale des Financements de Côte d’Ivoire, a souligné les efforts pour rendre le marché plus attractif : prévisibilité des émissions, allongement des maturités, transparence dans la gestion de la dette publique. Mais il admet que l’élargissement de la base des investisseurs reste un défi majeur pour pérenniser le financement des Etats et alléger la pression sur le secteur bancaire.

Au-delà des aspects financiers, la profondeur du marché pose aussi des questions structurelles. Elhadji Mbacké Fall, PCA du groupe MMA Holdings, met l’accent sur le manque de culture financière dans la sous-région. Pour lui, la démocratisation de l’investissement passe par une sensibilisation précoce, dès le système éducatif.

« La finance ne doit pas être traitée quand il y a de l’argent, mais en amont, dès la formation », insiste-t-il, en prenant l’exemple des pays anglo-saxons où la culture boursière est inculquée dès le plus jeune âge.

Il plaide aussi pour un écosystème plus harmonieux, entre les besoins des banques en ressources longues et ceux du marché des titres publics, pour un financement plus inclusif et plus équilibré.

Les débats ont également ouvert la perspective d’une implication accrue des investisseurs institutionnels et d’une ouverture progressive aux capitaux internationaux. Plusieurs gestionnaires d’actifs étrangers s’intéressent de plus en plus au marché sous-régional. Mais des freins demeurent, notamment pour le rapatriement des fonds et la sortie des capitaux.

Sous la modération de Constantin Dabiré, directeur général de la SGI SA2IF, plusieurs pistes de travail se sont dégagées : diversification des instruments financiers, amélioration de l’accès à l’information, développement du marché secondaire, digitalisation des canaux de souscription et renforcement de l’éducation financière.

Un point fait consensus : la diversification de la base des investisseurs est un processus long, complexe et exigeant. Mais elle est une condition nécessaire à la pérennité du marché. Sans elle, le marché des titres publics demeurera structurellement fragile, dépendant d’un petit nombre d’acteurs et exposé aux chocs de liquidité.

Au final, l’équation est simple : la profondeur du marché, gage de sa résilience et de son efficacité, se joue moins sur les intentions que sur la capacité des acteurs à traduire ces orientations en réformes concrètes, cohérentes et pérennes.

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