Filière peaux et cuirs : le gouvernement vise 130 000 emplois et 1 549 milliards de F CFA d’ici 2034

Le Chef du gouvernement Ousmane Sonko a consacré une partie de sa communication lors du Conseil des ministres de ce 18 février à un secteur souvent méconnu mais au potentiel colossal : la filière Peaux et Cuirs. Alors que le Sénégal s’apprête à mettre en œuvre son Plan spécial d’Investissement et de Financement (2026-2028), cette filière est officiellement érigée au rang de priorité nationale.

Ousmane Sonko a souligné le paradoxe sénégalais : un cheptel important de bovins, ovins et caprins, un savoir-faire artisanal reconnu, mais une industrialisation qui peine à décoller. Le constat est sans appel : « plus de 70 % des peaux sénégalaises sont exportées brutes ». Cette situation, aggravée par l’existence d’un circuit parallèle informel, prive le pays d’une manne financière considérable. Actuellement, le taux de transformation locale est inférieur à 5 %, ce qui signifie que la quasi-totalité de la valeur ajoutée est créée ailleurs.

Faire du « made in Sénégal » un standard industriel

Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais clair : inverser la tendance pour renforcer la souveraineté économique et densifier le tissu industriel. Le développement stratégique de la filière n’est pas perçu comme une simple option, mais comme « un des leviers d’accélération de l’Agenda national de Transformation ».

Selon le communiqué du Conseil des ministres, cette ambition permettra de mieux articuler les politiques sectorielles avec l’aménagement du territoire. L’objectif est de sortir de la simple extraction de matière première pour viser les segments à haute valeur ajoutée, tels que « la maroquinerie, l’habillage intérieur automobile et le mobilier ».

Les projections dévoilées par le Chef du gouvernement donnent la mesure de l’ambition gouvernementale. À l’horizon 2034, la filière Peaux et Cuirs pourrait générer un chiffre d’affaires de plus de 1 549 milliards de FCFA et, surtout, créer un volant impressionnant de plus de 130 000 emplois formels.

« Ainsi, elle peut devenir un levier majeur d’inclusion économique, en favorisant l’insertion des jeunes et des femmes, en consolidant la formalisation des acteurs et en améliorant durablement les revenus dans les territoires », précise la communication du Premier Ministre Ousmane Sonko.

Une vision intégrée à l’horizon 2050

Au-delà des objectifs à moyen terme, Ousmane Sonko a posé les jalons d’une stratégie de long terme. L’ambition affichée est de « bâtir à l’horizon 2050 un écosystème territorial intégré autour des Peaux et Cuirs« , couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur : de la production modernisée incluant le conditionnement, aux services d’appui, en passant par la transformation industrielle en produits finis et la commercialisation aussi bien locale qu’internationale.

Cette vision holistique prévoit la création d’une « véritable zone industrielle et artisanale centrée sur les cuirs, peaux et phanères », ainsi que le développement d’une industrie locale du tannage, étape cruciale pour capter davantage de valeur ajoutée.

Deux Pôles-Territoires au cœur de la révolution du cuir

Pour concrétiser cette vision, la stratégie nationale s’appuiera sur une logique de pôles territoriaux. Le Premier Ministre a clairement identifié les zones géographiques qui porteront cette renaissance industrielle. Il a souligné que le potentiel de la filière « érigera les Pôles-Territoires Centre et Ouest en cœur industriel du cuir sénégalais ». Ces régions sont appelées à devenir « l’espace prioritaire de structuration de la filière, de modernisation de la production et de montée en gamme industrielle ».

Pour passer de la vision à la réalisation, le Chef du gouvernement a donné des instructions claires à son équipe ministérielle. Il a expressément demandé au Ministre des Finances et du Budget, au Ministre de l’Industrie et du Commerce, au Ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Souveraineté alimentaire, ainsi qu’au Ministre des Collectivités territoriales et de l’Aménagement du Territoire, de prendre « toutes les dispositions nécessaires au développement de partenariats public-privé ».

L’objectif est de rendre opérationnelles ces orientations, notamment à travers l’implantation de Zones économiques spéciales (ZES) dans les Pôles-Territoires concernés. Le Premier Ministre a ainsi engagé les ministres à concevoir et mettre en œuvre « un projet intégrateur de développement artisanal et industriel de la filière Peaux et Cuirs », en parfaite adéquation avec la territorialisation des politiques publiques et la Stratégie nationale d’Investissement favorisant les investissements privés.

Avec cette feuille de route ambitieuse couvrant les trois prochaines décennies, le gouvernement dirigé par Ousmane Sonko entend transformer un secteur artisanal et informel en une industrie performante et intégrée, capable de peser lourd dans la balance commerciale et de créer des milliers d’emplois durables sur l’ensemble du territoire.

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La Redaction

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