Le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal (CDEPS) a vivement critiqué la gestion du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP) pour l’exercice 2025, dénonçant une répartition qu’il juge « inique et illégale », et annonçant son intention de saisir les juridictions compétentes ainsi que l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC).
Dans un texte rendu public à l’issue d’une conférence de presse, l’organisation patronale de la presse sénégalaise accuse le ministère de la Communication d’avoir instauré des pratiques contraires aux règles encadrant le fonds, évoquant « de graves irrégularités », une « opacité persistante » et une « rupture manifeste d’égalité » entre les bénéficiaires.
Selon le CDEPS, l’analyse du rapport officiel et des déclarations des autorités met en évidence une gestion qui s’écarte de la vocation initiale du FADP, conçu pour soutenir prioritairement les entreprises de presse privées.
Un ministre fragilisé par des décisions annulées
L’organisation rappelle que plusieurs décisions du ministre de la Communication ont été annulées par la Cour suprême du Sénégal. Deux arrêts rendus entre décembre 2025 et février 2026 ont notamment invalidé des textes relatifs à la plateforme numérique « Déclaration Médias Sénégal » (DMS) ainsi qu’à la suspension de médias jugés non conformes au Code de la presse.
Malgré ces décisions, le ministère aurait continué à s’appuyer sur cette plateforme pour instruire les dossiers du FADP 2025, une pratique que le CDEPS qualifie de « défi assumé » à l’autorité de la justice.
Cette situation aurait contribué à creuser les écarts d’accès au financement : les dossiers déposés en ligne afficheraient un taux d’acceptation supérieur à 80 %, contre environ 38 % pour les dépôts physiques.
Des fonds publics orientés vers les médias d’État
Au cœur de la contestation figure la répartition des ressources. Le CDEPS affirme que près de 30 % du budget du FADP a été alloué à des médias publics, notamment la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise, l’Agence de Presse Sénégalaise et le quotidien Le Soleil.
Dans le détail, l’APS aurait reçu 197 millions de FCFA, la RTS plus de 186 millions et Le Soleil/ADP environ 190 millions de FCFA. Des montants que le CDEPS juge incompatibles avec les dispositions du décret encadrant le fonds, qui ne prévoit pas ce type de financement pour certains de ces bénéficiaires.
L’organisation estime que cette orientation constitue un détournement de finalité du FADP, initialement destiné à soutenir les entreprises de presse privées confrontées à des contraintes économiques structurelles.
Une “rupture d’égalité” dénoncée
Le CDEPS souligne également un écart significatif dans les montants attribués : en moyenne, un média public aurait perçu plus de 187 millions de FCFA, contre environ 18 millions pour une entreprise privée.
Pour l’organisation, cette disparité s’explique par l’absence de critères objectifs appliqués de manière équitable, les médias publics n’étant pas soumis aux mêmes exigences que les entreprises privées en matière d’éligibilité.
Autre point de friction : le rejet des projets portés par les médias privés, pour un montant global supérieur à 2 milliards de FCFA, officiellement pour des raisons budgétaires. Une justification que le CDEPS conteste, relevant que certains projets publics ont néanmoins été financés.
Le syndicat patronal critique également les conditions de dépôt des dossiers. La période retenue pour les dépôts physiques – moins d’une semaine incluant un jour férié et un week-end – est jugée insuffisante pour constituer des dossiers conformes.
Combinée à l’utilisation d’une plateforme numérique contestée juridiquement, cette organisation aurait, selon le CDEPS, favorisé certains candidats au détriment d’autres, créant une inégalité procédurale significative.
Recours annoncés et appel à la transparence
Face à ces éléments, le CDEPS annonce son intention de saisir l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption ainsi que les juridictions compétentes pour contester ce qu’il qualifie de « détournement de deniers publics » et de « violation flagrante des règles d’attribution ».
L’organisation, tout comme l’Association de la Presse en Ligne (APPEL), indique ne pas avoir cautionné la conférence de presse du ministère consacrée au FADP.
Au-delà du contentieux, le CDEPS estime que cette affaire pose la question plus large de la crédibilité des politiques publiques de soutien à la presse au Sénégal. Il appelle à un « sursaut institutionnel » fondé sur la transparence, l’équité et le respect strict de la légalité.

