À l’occasion de la célébration du Fête du Travail, la presse sénégalaise a choisi de porter le débat sur le terrain des réformes structurelles. Face au président de la République, le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal a présenté un ensemble de revendications articulées autour de la refonte du secteur des médias, dans un contexte marqué par des tensions économiques persistantes et des mutations profondes liées au numérique.
Prenant la parole, son secrétaire général, Moustapha Cissé, a posé le cadre en des termes sans équivoque, insistant sur la nécessité de replacer la liberté de la presse au cœur du fonctionnement démocratique. Le syndicat met en priorité la question des arriérés dus par l’État aux entreprises de presse, qu’il considère comme un facteur direct de fragilisation du secteur. Salaires irréguliers, investissements suspendus et précarisation des conditions de travail sont évoqués comme des conséquences immédiates de cette situation. Le SYNPICS appelle à un audit indépendant, à la transparence des résultats et à un mécanisme structuré de règlement de la dette publique envers les médias.
Dans le même temps, la transition numérique s’impose comme un enjeu central. Le syndicat plaide pour la mise en place d’un cadre national de soutien, combinant incitations fiscales, mécanismes de financement et programmes de formation, afin d’accompagner l’adaptation des entreprises de presse aux nouvelles exigences du digital. La question de la rémunération des contenus par les plateformes numériques est également soulevée, avec l’idée d’un encadrement plus strict à travers des dispositifs de contribution financière.
Le secteur public des médias fait lui aussi l’objet de critiques ciblées.
Le SYNPICS appelle à une réforme en profondeur des organes tels que la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise, l’Agence de Presse Sénégalaise et le quotidien Le Soleil.
Il préconise notamment l’instauration de contrats de performance pluriannuels, adossés à des plans de modernisation et à une meilleure planification des recrutements. La révision de certains accords internes, jugés inadaptés, est également demandée pour apaiser le climat social et garantir la qualité éditoriale.
Sur le plan institutionnel, le syndicat insiste sur la nécessité de renforcer la représentativité des professionnels dans les instances de gouvernance du secteur. Il plaide pour une restructuration des mécanismes de régulation ainsi que pour une présence accrue des organisations professionnelles dans les espaces de décision.
Enfin, face aux lenteurs administratives, le SYNPICS propose la création d’un cadre interministériel de suivi, doté de délais contraignants, afin d’assurer une prise en charge effective des revendications. À travers cette démarche, le syndicat cherche à imposer la question des médias comme un enjeu central de gouvernance publique, dans un contexte où le secteur reste confronté à des défis économiques, technologiques et institutionnels majeurs.

