La Direction générale de la sûreté nationale a démarré le déploiement, à Rabat, de ses véhicules intelligents « Amane » et « Madar ». Ces unités mobiles, équipées de caméras panoramiques, de systèmes de reconnaissance faciale et de lecture automatisée des plaques, doivent ensuite être introduites à Casablanca, à Tanger et dans les principales villes du royaume.
L’intelligence artificielle s’installe dans les routines quotidiennes de la police marocaine. Depuis le début de la semaine du 20 juillet 2026, la DGSN a déployé dans les rues de Rabat deux véhicules de patrouille intelligents nommés « Amane » et « Madar ».
Après cette première étape, le service sera mis en place à Casablanca et à Tanger, puis étendu progressivement aux grandes villes et aux différents commissariats de police du Royaume. La DGSN indique que ce dispositif a pour objectif de moderniser les moyens d’intervention, d’améliorer la surveillance de l’espace public et de renforcer la coordination entre les patrouilles et les centres de commandement.
Technologies développées par la DGSN
« Amane » et « Madar » ont été conçus par les équipes techniques et d’ingénierie de la sûreté nationale et reposent sur des approches complémentaires de la surveillance mobile.Le premier modèle, « Amane », se présente sous la forme d’un véhicule adapté pour porter un ensemble de technologies de détection, d’analyse et de communication. Il est notamment équipé de caméras qui offrent une couverture à 360 degrés, de systèmes de vision grand angle, d’algorithmes qui sont capables d’analyser les images recueillies lors des patrouilles.
Le système peut lire automatiquement les plaques d’immatriculation et les comparer à des bases de données sécurisées afin d’identifier les véhicules volés, recherchés ou considérés comme suspects. Il peut aussi recourir à la reconnaissance faciale afin de détecter d’éventuelles personnes recherchées.
Selon les caractéristiques présentées en mai par la DGSN, « Amane » est équipée de onze caméras, dont plusieurs sont dédiées à la lecture automatisée des plaques. Dans certaines conditions opérationnelles, la précision annoncée peut aller jusqu’à 95 %. Une caméra panoramique fait d’ailleurs un tour complet en moins de trois secondes, et les équipements embarqués ont une autonomie jusqu’à seize heures.
Un drone peut aussi compléter le dispositif pour élargir la surveillance au-delà du champ de vision terrestre, notamment lors de rassemblements, d’opérations de contrôle ou de situations exigeant une observation aérienne.
« Madar », une plateforme adaptable pour les véhicules de police
« Madar » répond à une logique différente. Au lieu de dépendre d’un véhicule entièrement spécialisé, le dispositif permet de transformer un véhicule de police classique en plateforme mobile de surveillance. Son gyrophare, fabriqué grâce aux technologies d’impression 3D, comporte des caméras haute définition qui peuvent surveiller en même temps plusieurs voies de circulation et enregistrer les déplacements de véhicules roulant à grande vitesse. Une caméra panoramique centrale couvre l’environnement immédiat du véhicule et réduit les angles morts. Le système réintègre également plusieurs fonctions présentes dans « Amane », notamment la reconnaissance faciale, la lecture automatisée des plaques, la géolocalisation des alertes et l’accès aux bases de données centrales depuis un terminal installé à bord.
Les informations collectées peuvent être transmises, en temps réel, aux salles de commandement et aux autres unités présentes sur le terrain. L’idée est de permettre aux policiers de vérifier plus rapidement l’identité d’une personne ou la situation administrative d’un véhicule, mais aussi de mieux coordonner les interventions lorsqu’une alerte est déclenchée.
De la présentation publique au déploiement opérationnel
Ce projet fait partie d’un programme élaboré sur plusieurs années par la DGSN. Une première version d’« Amane » avait été montrée en mai 2025, à l’occasion des journées portes ouvertes de la sûreté nationale organisées à El Jadida.
Une deuxième version du véhicule, plus aboutie, a été présentée en mai 2026 à Rabat aux côtés de « Madar », décrite comme une nouvelle patrouille intelligente de sécurité urbaine. Le déploiement sur le terrain suit donc plusieurs étapes de développement, de tests et de formation des agents qui utiliseront les équipements.
Le démarrage de l’exploitation opérationnelle signe une étape supplémentaire dans la stratégie de modernisation technologique de la police marocaine. Les véhicules pourront notamment servir à la gestion de la circulation, à la surveillance des grands événements, à la sécurisation des rassemblements et à la protection de certaines infrastructures.
En automatisant la lecture des plaques et l’identification visuelle, la DGSN vise à diminuer le temps requis pour les contrôles et à accélérer la transmission des informations aux équipes opérationnelles. Ces technologies permettraient également aux centres de commandement d’avoir une vision plus précise des incidents, de localiser immédiatement les alertes et d’affecter plus rapidement les unités disponibles.
Le recours croissant à la reconnaissance faciale et à l’analyse automatisée des espaces publics soulève toutefois la question du cadre à donner à ces outils. Il faudra, pour leur généralisation, des garanties en matière de protection des données personnelles, de sécurité des bases de données, de durée de conservation des images et de conditions dans lesquelles les informations recueillies pourront être utilisées.
Les futurs déploiements à Casablanca, Tanger et dans les autres grandes agglomérations permettront d’évaluer l’efficacité réelle de ces véhicules dans les conditions quotidiennes de circulation et de sécurité. Ce sera aussi un test pour la capacité du Maroc à allier innovation technologique, efficacité policière et protection des libertés individuelles.