Dans sa Déclaration de Politique Générale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a placé l’intelligence artificielle « au centre » des projets numériques du Sénégal. C’est une orientation importante. Mais la vraie question commence maintenant : à quels problèmes concrets du Sénégal allons-nous appliquer l’IA ?
La DPG donne justement plusieurs pistes.
Santé : rapprocher l’expertise des territoires
Le Premier ministre a relevé une réalité préoccupante : 80 % de l’offre infrastructurelle de santé serait concentrée à Dakar, alors que l’accès aux soins reste très inégal selon les territoires. Il annonce parallèlement la digitalisation du parcours de soins et la généralisation progressive du dossier patient informatisé. C’est précisément là que l’IA peut apporter une valeur concrète : faciliter la télémédecine et l’orientation des patients, assister certaines analyses médicales ou anticiper les besoins en médicaments et équipements.
L’objectif n’est pas de remplacer le médecin, mais de rendre une partie de l’expertise médicale plus accessible là où elle est aujourd’hui rare.
Éducation : connecter, puis personnaliser l’apprentissage
La DPG prévoit également 15 000 salles de classe connectées et 45 Espaces numériques ouverts. C’est une infrastructure essentielle. Mais connecter une classe ne transforme pas automatiquement l’apprentissage.
L’IA peut permettre un accompagnement adapté au niveau de chaque élève : exercices personnalisés, explications complémentaires, préparation aux examens, orientation, mais aussi assistance aux enseignants dans la création de contenus. Dans des classes parfois chargées, elle peut apporter une partie de cette personnalisation que l’enseignant ne peut matériellement offrir individuellement à chaque élève.
Administration : du « zéro papier » au service public intelligent
Le gouvernement veut poursuivre la dématérialisation des services publics et réduire les délais et les coûts.
L’IA peut faire franchir une nouvelle étape à cette transformation. Imaginons un assistant public numérique capable d’expliquer à un citoyen, en français ou demain en wolof, les démarches pour créer une entreprise, obtenir un document administratif ou identifier une aide publique.
L’IA peut aussi aider les administrations à détecter les pièces manquantes, classer les demandes ou orienter les citoyens vers le bon service. Digitaliser un formulaire, c’est utile. Simplifier réellement le parcours du citoyen grâce à l’IA, c’est aller plus loin.
Faire de nos problèmes des cas d’usage IA
La DPG pose également une exigence intéressante : les projets numériques devront démontrer leur faisabilité, sécuriser leur financement et prouver leur impact. Cette logique devrait guider notre stratégie IA. Plutôt que de multiplier les initiatives générales, sélectionnons dix problèmes nationaux clairement identifiés et mobilisons chercheurs, startups, administrations et entreprises pour développer des solutions.
Comment réduire les déserts médicaux ? Comment personnaliser l’apprentissage ? Comment mieux anticiper les besoins agricoles ? Comment réduire les délais administratifs ? Comment mieux orienter les jeunes vers les compétences et les emplois recherchés ?
C’est ainsi que l’ambition exprimée dans la DPG peut prendre tout son sens. Le Sénégal n’a pas besoin de faire de l’IA pour faire de l’IA. Il doit l’utiliser là où elle peut résoudre un problème, réduire un coût, améliorer un service ou créer une opportunité. C’est à cette condition que l’intelligence artificielle deviendra réellement un instrument
de transformation nationale.
Abdoulaye Ba
Expert en intelligence artificielle et gouvernance de l’IA
Ambassadeur Afrique – Institut EuropIA
Expert – Institut AfriqIA
Membre d’un groupe de travail de l’Africa AI Council
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