Que – des reporters – ont-ils fait des informations recueillies à la conférence de presse donnée à leur village de Ndengueler le 8 février 2020 par des paysans spoliés de leurs terres par un agrobusinessman ? L’affaire a connu, ces temps-ci, un rebondissement et une ampleur spectaculaires qui impliquent que des comptes et comptes-rendus soient demandés à des journalistes qui ont couvert cette rencontre, mais n’en ont pas encore fait une relation – une relation honnête, surtout.

Il a fallu que le responsable politique du Pastef, Bassirou Diomaye Faye, par ailleurs inspecteur des Impôts et domaines, révèle que, à l’exception du portail Dakaractu.com, la majorité des organes de presse représentés à cette conférence de presse s’est comme autocensurée pour que le manquement commence à intriguer.
Que s’est-il passé pour que le public n’ait pas reçu les informations recueillies à Ndengueler par des journalistes ? Le fait n’a pas échappé au questionnement du journaliste et leader du syndicat de journalistes (Synpics) Bamba Kassé qui, sur sa page Facebook, soulève une question grave par ses implications d’ordre déontologique et éthique. Les mots sont si importants que nous n’avons pas résisté au besoin de les reproduire en intégralité : « Le 8 février, une conférence de presse tenue à Ndengueler, n’a été relayée que par Dakaractu, me dit-on.
Rien ne pourrait empêcher d’aucuns de suspecter que l’écrasement sous le coude par-ci, le black-out par là des informations ont été incités par des relations – occasionnels ou durables, motivées voire intéressées – entre ces organes de presse et l’agrobusinessman
« Où sont les 8 autres médias présents ? Où sont les articles et autres productions ? Shame on us !

« Une presse libre ne se soumet pas. Elle traite de tout sujet d’intérêt public ou même parfois d’intérêt privé à ramification publique. Parce que justement le public est notre raison d’être.
La seule limite c’est de toujours donner la parole à l’autre partie indexée.
Si Babacar Ngom et Sedima n’ont pas voulu se prononcer, cela justifie-t-il cette omerta ?
Oui ! Nous avons des relations sociales. Nous avons des amis, des ennemis, des parents etc.

Mais nous avons choisi le plus fidèle des compagnons : la vérité. C’est au nom de cette vérité que la presse jouit de privilèges et que le journaliste en sentinelle de la vérité est peu ou prou protégé.
« Oui la presse est précarisée. Les journalistes sont pauvres et l’état entretien cette pauvreté pour les rendre dépendants. Mais justement, en quête de notre indépendance nous ne devons pas nous compromettre.
« Certes il y a de bons clients commerciaux, qui donnent de la pub’ parfois à gogo, mais cela ne justifie pas une omerta organisée.
« Le Cored (Conseil pour l’observation des règles de déontologie et d’éthique dans les médias, Ndlr) doit se saisir de ce dossier et enquêter. Parce que ce n’est pas normal.

Que les réseaux sociaux existent ou pas ne dédouane pas la presse sénégalaise de traiter de tout sujet d’intérêt public.
« (…) Sur cette affaire, comme sur tant d’autres, on doit se contenter des faits, rien que les faits. Et garder notre sentiment à l’abri. Mais on doit le faire sans concession. »
En tous les cas, voilà un cas d’école ; et il mérite que les journalistes professionnels réfléchissent là-dessus. Parce qu’il y a beaucoup d’implications – et de très sérieuses. Qui, des organes de presse et des journalistes a réellement commis la faute ? Et pourquoi une telle défaillance ? Les moyens de vivre auraient-ils pris le dessus sur les raisons de vivre ? On peut être soupçonneux, mais ne tirer aucune conclusion tant que l’enquête de l’organe d’autorégulation de la presse sénégalaise n’aura pas été menée et tiré des conclusions.

Jean Meïssa DIOP

Post-scriptum : Il convient aussi de reconnaître le mérite de Dakaractu qui, outre d’avoir été le seul organe de presse à avoir diffusé un compe-rendu de la conférence de presse, a recueilli la version du maire de Sindia dont l’institution municipale est mise en cause dans le dépassement de compétence territoriale a rendu possible la perte de leurs terres par les paysans de Ndengueler. Il serait intéressant d’entendre la version de l’édile de Ndiaganiao dont le territoire communal aurait été amputé de manière irrégulière par une commune voisine.

Walf n° 8479 du 02 juillet 2020

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