L’Institut Panafricain des Sciences Mathématiques (AIMS) a accueilli la toute première édition virtuelle du Next Einstein Forum Global Gathering (NEF-GG), le plus grand rassemblement scientifique d’Afrique. Organisé dans le contexte de la pandémie de la COVID-19 et placé sous le thème « Renforcer la résilience de l’Afrique à travers l’éducation, la recherche et l’innovation », l’événement de cette année a eu lieu du 8 au 10 décembre 2020, via la plateforme de visioconférence Airmeet.

Le Professeur Jacques Marescaux, président de l’IRCAD France, a dirigé la première séance de la journée intitulée « Imagerie, robotique et IA : comment les mathématiques inventent l’avenir de la chirurgie, un nouvel espoir pour l’Afrique ». Au cours de sa présentation, il a commencé par illustrer le concept de chirurgie augmentée en expliquant pas à pas l’IRM dynamique de repérage du foie. Il a également montré une vidéo d’une opération de télé-chirurgie que lui-même et son équipe ont réalisée en 2001 depuis New York sur un patient se trouvant à Strasbourg, en France.

La deuxième partie de sa séance a porté sur le rôle de la science dans l’intégration de la robotique et de la chirurgie à distance. Pour cela, le Professeur Marescaux a expliqué le processus d’augmentation du cerveau du chirurgien, l’utilisation de mains augmentées et d’algorithmes prédictifs pour comprendre la modification du placement des organes pendant l’opération. Il a conclu en soulignant l’importance des plateformes d’entraînement robotisées, des dispositifs d’alarme spéciaux et il a donné quelques conseils qui s’appuient sur ses récentes observations.

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« J’ai été très impressionné par les progrès réalisés en Afrique. Je pense aussi que tout ce que nous faisons ici peut être reproduit ; c’est un logiciel, donc ce n’est pas très cher. Grâce à la pénétration d’Internet dans toute l’Afrique, j’encourage la création d’équipes dédiées à l’imagerie car c’est l’aspect le plus fondamental pour réinventer la chirurgie », a-t-il déclaré.

La séance suivante, intitulée « L’état de l’Afrique en matière de numérisation, de développement des compétences et d’infrastructures », a donné un aperçu de la révolution des données en Afrique, notamment au vu de la pandémie. Les intervenants, qui représentaient différents secteurs de l’économie, ont exposé leurs points de vue qui s’appuient sur leurs expériences uniques à ce jour. Ben Roberts, Directeur du groupe Technologie et Innovation de Liquid Telecom, a commencé par souligner qu’à peine quelques semaines après le début de la pandémie, les bureaux ont dû passer au mode en ligne. « Le trafic Internet a commencé à se faire à partir du domicile et non des bureaux. Cependant, c’est l’éducation qui a connu le changement le plus important, en particulier pour les enfants puisqu’ils ont dû continuer à apprendre. Chez Liquid Telecom, nous avons fourni l’Internet, travaillé avec des professeurs d’informatique et poursuivi des partenariats pour doter les écoles d’outils numériques. » Parallèlement à cela, Dr Kommy Weldemariam, Responsable de l’unité scientifique et technique d’IBM-Research (IBM Afrique), a souligné qu’il est nécessaire de prendre en compte les processus d’apprentissage tant cognitifs qu’affectifs. Une brève discussion a également eu lieu sur l’efficacité des dispositifs de l’Internet des objets (IdO) et sur les raisons pour lesquelles les gouvernements africains doivent rattraper leur retard en matière d’identité numérique.

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Pour ce qui est du développement des compétences dans le secteur agricole, Eliane Ubalijoro, Professeure de pratique pour le secteur public-privé à l’Université McGill, a souligné qu’il est important d’accélérer l’agriculture de précision. Selon elle, la numérisation est importante pour la production, les infrastructures et les systèmes ou politiques alimentaires qui apportent leur soutien à l’agriculture. Elle pense également que, grâce à la numérisation, un plus grand nombre de jeunes vont enfin se lancer dans une carrière agricole. Annabel Schiff, Directrice de Caribou Digital, a conclu en énumérant certaines des façons qui permettent aux entreprises de mieux gérer la concurrence dans les affaires – en particulier celles qui dépendent des interactions en personne.

Peu de temps après les interventions de ce groupe d’experts a eu lieu la première série de séances en petits groupes. La première, intitulée « COVID-19 : les innovations de l’Afrique mettent en lumière les entrepreneurs et les chercheurs », a donné lieu à une discussion sur les innovations inspirantes conçues pour répondre aux différents besoins engendrés par l’ère de la pandémie de la COVID-19. Foster Ofosu, Spécialiste du développement des connaissances, de l’innovation et des capacités à la Banque africaine de développement (BAD), a été à l’avant-garde de l’étape d’idéation pour de nombreux innovateurs et a partagé son expérience. « Pendant la pandémie, je me suis associé à des entreprises et organisations réputées pour donner des master class et des formations avec d’autres innovateurs dans plus de 20 pays. Le fait le plus surprenant a été qu’après avoir lancé un appel aux innovateurs, nous avons reçu les candidatures de 250 personnes qui en étaient déjà à différentes étapes de création. La technologie a rendu cela possible », a-t-il déclaré. Daniel Ndima, PDG Fondateur de CapeBio, a également ajouté qu’il était important de définir ce qu’il faut pour forger un marché afin de créer des inventions dont l’Afrique a véritablement besoin. Selon lui, cela inclut les infrastructures et le fait de s’appuyer sur les bases fondamentales de la science ouverte. Pendant la dernière partie de la séance, les intervenants ont conclu en partageant leurs réflexions sur les scientifiques qui cherchent un soutien leur permettant de travailler sur leurs projets, ainsi que sur l’importance de la propriété intellectuelle.

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Parallèlement à cela, lors de la séance intitulée « Puiser dans la main-d’œuvre virtuelle pour encourager la transition de la jeunesse vers l’emploi », le groupe d’experts a exploré les opportunités qui ont surgi de cette pandémie, en identifiant les lacunes en matière de capacités et de compétences nécessaires afin de faciliter la transition vers l’emploi. Sylvia Kunkyebe, Responsable des transitions à la Fondation Mastercard, a précisé que selon les expériences de son organisation, il reste beaucoup à faire pour intégrer davantage de compétences numériques ainsi que des politiques qui permettent d’acquérir lesdites compétences. Elle a également expliqué comment le travail à distance a contribué à promouvoir l’inclusion et la diversité, et que, de ce fait, les employeurs devront être attentifs aux rôles créés afin de veiller à ce que ceux-ci soient adaptés à chaque talent. Dr Judene Pretti, Directrice de l’Institut Work-Learn de l’Université de Waterloo, au Canada, a partagé certaines données issues de recherches menées dans le cadre de trois études. Il s’agit notamment de tactiques d’intégration pour les stages de travail à distance, de l’examen du travail des étudiants en alternance à distance et des facteurs qui ont des répercussions sur le passage réussi des étudiants vers le travail à distance.

La session NEF Fellows Spotlight (présentation des boursiers du NEF) a également été organisée pour présenter le travail de deux groupes de boursiers dans les domaines de la santé, de la recherche et du monde universitaire. Il s’agit de Dyllon Garth Randall, génie chimique, Université du Cap ; Jesse Gitaka, médecine, Université Mount Kenya ; Ouma Cecil, physique, Université North-West, Agnes Kiragga, bio-statistique, Université Makerere ; Marian Asantewah Nkansah, Professeure associée, Université de Sciences et Technologies Kwame Nkrumah ; Abdeslam Badre, Professeur, Université Mohammed V de Rabat ; Eucharia Oluchi Nwaichi, Directrice de la division des programmes d’échange et de liaison de l’université de Port Harcourt ; Samson Rwahwire, Directeur des études de troisième cycle, de la recherche et de l’innovation, Université Busitema et Blessing Mbaebie-Oyedemi, Chercheuse, Maître de conférences et Responsable de l’entreprenariat de l’Université d’Agriculture Michael Okpara à Umudike.

L’une des deux dernières séances en petits groupes a porté sur « Le rôle de la gouvernance des données dans la gestion de la propagation de la COVID-19 ». Jules Brice Tchatchueng Mbougu, Chercheur principal au Centre Pasteur, a commencé par exposer les défis liés au partage, à l’harmonisation, à l’intégration et à la sécurité des données. Il a également expliqué la possibilité de garantir que la collecte des données soit anonyme ou volontaire. Devangana Khokhar, Responsable scientifique des données chez ThoughtWorks, a ajouté qu’il fallait prendre en compte les répercussions au stade de la conception des applications de traçage des contacts. « Par exemple, si l’application est destinée à saisir des données concernant la COVID-19, sera-t-elle finalement accessible des années après la pandémie ? Quel mal les gens pourraient-ils faire avec de telles données et celles-ci seront-elles accessibles à tous ? », a-t-elle demandé. Le groupe d’experts a conclu en soulignant le besoin d’une réglementation forte sur la confidentialité des données ainsi que de moyens innovants pour assurer la transparence.

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La dernière séance a porté sur le thème « Combattre la désinformation sur les résultats de la recherche concernant les prévisions et le contrôle des infections ». Alors que le monde prévoyait que la pandémie allait frapper sévèrement l’Afrique, il y a clairement eu des lacunes, notamment en termes de désinformation et de manque de données bien documentées sur la propagation et le contrôle de la maladie. Le Dr Samuel Fosu Gyasi, Responsable du département de biologie fondamentale et appliquée de l’Université de l’Énergie et des Ressources naturelles, l’a confirmé. « Malheureusement, en Afrique, beaucoup pensent encore que la pandémie est une malédiction et nous avons vu plusieurs articles, y compris certaines propagandes », a-t-il déclaré. Cependant, selon Dr Betty Kivumbi, Maître de conférences au département de Mathématiques de l’Université Makerere, en Ouganda, la pandémie a donné naissance à plusieurs projets en Ouganda, qui se sont axés sur l’utilisation d’un modèle mathématique pour déterminer les prévisions liées à la COVID-19. Elle estime également que bien que les données ne soient peut-être pas aussi bien organisées, elles sont toutefois disponibles et les scientifiques doivent donc prendre les choses en main pour se préparer aux chocs futurs. Pour conclure, les experts ont encouragé les scientifiques africains à se mettre en rapport avec les gouvernements et les particuliers pour obtenir le financement nécessaire à des projets tels que le développement de vaccins. Le Dr Samuel Fosu Gyasi a cité la façon dont le Ghana a pu garder une longueur d’avance dans la lutte contre la COVID-19 en investissant grandement dans les diagnostics.

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