Président des Africtivistes, Cheikh Fall estime que ce projet d’encadrer les réseaux sociaux a des visées autres que l’assainissement du secteur. Exiger une autorisation aux géants des RS, soutient-il, reviendrait à les chasser du Sénégal

Qu’est-ce qu’on entend par OTT (Over the Top) et ont-ils besoin, actuellement, de remplir des conditions particulières pour opérer au Sénégal ?

C’est le terme pour désigner les réseaux sociaux les plus au top, les plateformes qui sont à la tête du classement. Il y a, par exemple, Facebook, Twitter, YouTube. Jusque-là, ces plateformes n’ont pas besoin d’autorisation pour exercer au Sénégal. Elles s’exercent librement. Le cyberespace est, en effet, un espace ouvert. C’est un réseau de machines interconnectées qui permettent à n’importe qui d’accéder aux contenus, dès l’instant qu’il a accès à ce réseau. Si demain, on veut leur faire payer des taxes ou bien créer des entités au niveau local, c’est une façon de couper les Sénégalais du reste du monde. Parce que ces OTT n’ont aucune raison

de venir payer des taxes dans nos marchés pour juste quelques millions d’utilisateurs.

Et dans ce cas, peut-être l’Etat va demander aux FAI ( fournisseurs d’accès à Internet) de les mettre dans une sorte de liste noire. On ne pourra donc pas y accéder. Mais les gens auront toujours la possibilité de contourner ces restrictions

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Que pensez-vous d’une demande d’autorisation préalable à ces OTT pour pouvoir exercer au Sénégal ?

Ce serait une décision malvenue, incongrue et incohérente. Ce n’est pas dans la logique de fonctionnement d’Internet. Encore que c’est un écosystème en perpétuelle mutation. Jusque là, les pays qui ont tendance à mettre en place des restrictions ne peuvent pas être des exemples pour le Sénégal.

Il y a le Bénin, qui met des taxes supplémentaires sur les OTT. Par exemple, on dit que si l’utilisateur achète 1 giga, c’est pour se connecter à Internet. Maintenant, on dit que s’il veut accéder aux RS,il doit acheter des données pour l’utilisation des OTT.

C’est une façon de décourager l’utilisation des RS. J’ai cité le Bénin, mais il y a aussi l’Ouganda qui a inspiré le Bénin. Il y a le Tchad, le Congo et la Gambie qui utilisent la méthode brutale, c’est-à-dire la censure et les coupures. C’est aussi la Tanzanie et plus récemment la Guinée. Le point commun à tous ces pays, c’est qu’ils adoptent ces mécanismes à la veille d’élections ou de modifications de la Constitution

Est-ce que le Sénégal a besoin de nouveaux textes pour réprimer les dérives sur Internet ?

Pas du tout. Si l’intention du gouvernement est juste de réprimer les dérives, il en a déjà les moyens. Les textes existent depuis 2008. Le Sénégal fait partie des tout premiers pays d’ailleurs, en Afrique. Nos textes ont été utilisés ailleurs et on est toujours devant.
Maintenant, les textes seulement ne permettent pas de régler le problème. Il faut aussi éduquer les gens. L’adoption de ces mécanismes ne rentre pas dans le cadre d’une volonté réelle d’assainir. Il y a d’autres objectifs qui se cacheraient derrière et que l’on ignore.

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Un entretien réalisé avec nos confrères du journal Enquête

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