La partie va être serrée pour Orange. L’opérateur télécom a lancé un processus de recherche d’un partenaire pour tenter de relancer sa banque en ligne, Orange Bank. 

Après trois ans d’existence, le bilan est médiocre: les pertes se creusent et atteignent au total 643 millions d’euros pour plus d’un million de clients en France. Le PDG d’Orange, Stéphane Richard, a décidé de stopper l’hémorragie de ce projet ambitieux qu’il a personnellement porté comme fer de lance de son troisième mandat.

L’actionnaire minoritaire, Groupama (22%) veut arrêter les frais. Orange cherche donc une banque pour le remplacer et reprendre la gestion opérationnelle. Les assureurs sont déjà écartés du jeu par Orange, échaudé par son expérience avec Groupama. Les premières offres préliminaires sont attendues fin mars pour une décision d’ici l’été. Le futur partenaire pourrait même prendre le contrôle d’Orange Bank.

« Rien n’est exclu, reconnaissent plusieurs sources proches de l’opérateur télécom. Cela dépendra des projets qu’on nous soumettra ». Orange a déjà reçu des « marques d’intérêt » de trois banques françaises: BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole. Pour elles, Orange Bank est une opportunité de mariage pour rentabiliser leur banque en ligne.

Orange prêt à lâcher le contrôle, pas la marque

Mais en réalité, seule BNP Paribas est dans les starting-blocks. La banque fait figure de « favori », faute de réelles alternatives. « Ils cochent toutes les cases », reconnait un proche du dossier. Orange sait qu’un partenariat avec BNP Paribas serait solide et synonyme d’accélération. « Ils correspondent à ce qu’on veut faire et ils ont l’habitude de travailler avec des partenaires », explique une source proche d’Orange. BNP Paribas ne cache pas regarder le dossier et se dit « prêt à des acquisitions », explique une source proche. La banque veut profiter du réseau international d’Orange en Afrique, en Espagne et en Pologne. Orange pourrait aussi profiter de celui de BNP notamment en Italie.

BNP Paribas peut aussi proposer une série de services financiers, assurance, crédit aux particuliers ou aux entreprises et du courtage. Pour BNP Paribas, Orange Bank est l’occasion de mettre la main sur une banque en ligne déjà existante et d’accéder au contact des clients mobile grâce à Orange. Sa filiale Hello Bank ! est une offre de ses services bancaires « online » liée aux réseaux plus qu’une banque digitale indépendante. Lancée en 2013, elle a aussi besoin d’accélérer pour être rentable. Orange Bank permettrait aussi de compléter l’offre bancaire alternative de BNP Paribas après le rachat de Nickel en 2017.

En revanche, la banque mettra un point d’honneur à prendre le contrôle d’Orange Bank. « Si on gère, on est strict sur la règlementation, on vend des produits de qualité, justifie un proche de BNP. On ne veut pas être minoritaire ». Une condition qui n’est pas mal reçue chez Orange, qui est prêt à lâcher le contrôle de sa banque si le partenaire vaut le coup. « On veut qu’Orange Bank soit une vraie banque grâce à un partenaire ambitieux, explique un proche de l’opérateur. On est attaché à garder la marque mais on sait qu’on devra faire des concessions ».Boursorama et Crédit Agricole trainent des pieds

Même le leader du marché, Boursorama, n’est pas très séduit. « On mise avant tout sur la croissance interne, souligne un proche de la banque. Et ça dépend de ce qu’Orange est prêt à faire ». Même son de cloche chez son propriétaire, la Société Générale, qui est plongé dans la fusion de ses agences avec celles du Crédit du Nord. Pourtant, un rapprochement des deux banques permettrait sûrement de rentabiliser le nouvel ensemble. Et les bonnes relations entre les patrons d’Orange, Stéphane Richard, et de la Société Générale, Frédéric Oudéa, pourraient aider. Mais il faudrait que la banque assume une stratégie digitale avec deux marques, car « Orange n’est pas prêt à lâcher la marque Orange Bank » confirme une source proche de l’opérateur. Un argument qui refroidit d’ailleurs le seul étranger crédible, l’espagnol Santander, qui serait intéressé par la reprise d’une banque en ligne en France mais pour y adosser sa marque.

Le troisième acteur, le Crédit Agricole, n’est pas très emballé non plus. Il vient de renflouer sa banque en ligne BforBank qui continue de perdre de l’argent. Elle aurait besoin d’une alliance pour tenter de devenir rentable. « Mais on ne connait pas le vrai fonds de commerce et les clients actifs d’Orange Bank », critique un proche de la « banque verte ». Sans parler du fait que le Crédit Agricole n’a pas envie de continuer à gérer les clients de Groupama, son rival de toujours.

Quant aux autres banques, elles ont déjà refusé le dossier. La Banque postale, qui vient de lancer sa banque en ligne « Ma French Bank » n’est pas intéressée. Tout comme Banque Populaire-Caisse d’Epargne qui « mise sur la digitalisation de ses réseaux et n’a pas besoin d’une banque alternative » explique un cadre du groupe. Le Crédit Mutuel n’est pas non plus sur les rangs alors qu’il est en train de vendre sa banque commune avec Casino, Floa Bank.

Avec BFMTV

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