L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de recommander de déployer à grande échelle le premier vaccin contre le paludisme chez les enfants en Afrique subsaharienne.

Cette nouvelle a été largement célébrée, mais les scientifiques préviennent qu’on pourrait rencontrer des obstacles dans l’acquisition et la distribution de ce vaccin dans les pays endémiques.

En effet, l’OMS a approuvé mercredi dernier une large utilisation du vaccin RTS,S chez les enfants en Afrique subsaharienne et dans d’autres régions où la transmission du paludisme est modérée ou élevée.

Le vaccin agit contre le parasite le plus mortel de transmission du paludisme, le Plasmodium falciparum, qui est répandu en Afrique.

Mais Simon Kariuki, directeur de recherche à l’Institut de recherche médicale du Kenya, qui a participé aux essais de ce vaccin, redoute que les grands obstacles soient désormais le financement des mécanismes permettant aux pays endémiques du paludisme d’acquérir les doses nécessaires et de les distribuer dans ces pays.

“C’est une opportunité en or pour les pays d’avoir ce vaccin, car les moustiques deviennent de plus en plus résistants aux insecticides et pourraient rendre les moustiquaires inefficaces, entraînant une augmentation des cas de paludisme”

Simon Kariuki, Institut de recherche médicale du Kenya

« Les chercheurs ont fait leur part. Il appartient maintenant aux gouvernements de revoir rapidement leurs programmes de lutte contre le paludisme pour adopter le vaccin », dit-il.

Le vaccin a été développé par le géant pharmaceutique britannique GSK qui a déclaré qu’il fournirait des doses au coût de fabrication, majoré de 5%, mais n’a pas précisé combien cela représente.

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Selon le dernier rapport mondial sur le paludisme, on estime à 229 millions le nombre de cas de paludisme enregistré dans le monde en 2019 ; la région africaine de l’OMS représentant 94 % de tous les cas et décès.Un enfant de moins de cinq ans meurt du paludisme toutes les deux minutes, selon les estimations de l’UNICEF (Fonds des Nations unies pour l’enfance), tandis que l’OMS affirme que le paludisme est responsable de 260 000 décès chaque année chez les enfants de moins de cinq ans en Afrique.

Matshidiso Moeti, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, a déclaré que cette recommandation de l’OMS marquait une étape importante dans la longue attente de l’Afrique pour un vaccin efficace contre le paludisme.

Elle « offre une lueur d’espoir pour le continent, qui supporte le plus lourd fardeau de la maladie et nous nous attendons à ce que beaucoup plus d’enfants africains soient protégés du paludisme et deviennent des adultes en bonne santé », a-t-elle ajouté.

La recommandation de l’OMS, annoncée par le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus, découle des résultats d’un programme pilote de vaccin antipaludique en cours au Ghana, au Kenya et au Malawi qui a débuté en 2019 et qui a déjà touché près de 800 000 enfants.

Equité

Le décrivant comme un “moment historique”, Tedros Adhanom Ghebreyesus a déclaré que le vaccin augmenterait l’équité dans l’accès à la prévention du paludisme, qu’il avait un prix raisonnable et qu’il pourrait aider ceux qui ne peuvent pas accéder aux mesures de prévention existantes telles que les moustiquaires.

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Cependant, d’autres interventions restent vitales, ont souligné les experts de la santé, car le vaccin n’est efficace qu’à 30 % pour réduire les cas graves de paludisme.

Brian Greenwood, professeur de médecine tropicale clinique à la London School of Hygiene and Tropical Medicine qui a joué un rôle clé dans la recherche sur les vaccins, déclare que le RTS, S n’offrait pas une protection complète mais avait « un grand potentiel pour réduire les décès et les maladies dans les zones à forte charge, en particulier lorsqu’elles sont combinées avec d’autres interventions telles que la chimioprévention du paludisme saisonnier et les moustiquaires ».

Don Mathanga, directeur du Malaria Alert Center à l’université du Malawi, affirme que « ce vaccin est la bienvenue dans cette région où la baisse du paludisme a atteint son plafond et dans des pays comme le Malawi où les cas augmentent. Ce vaccin réduira les effets dévastateurs du paludisme dans la région et soutiendra sa croissance économique. »

Cependant, ce dernier soutient que la vitesse de déploiement du vaccin dépendra de la rapidité avec laquelle les pays adopteront le vaccin et de la disponibilité des ressources pour soutenir ce déploiement.

Simon Kariuki exhorte dès lors les pays d’Afrique subsaharienne à entamer des négociations avec l’OMS pour accéder aux vaccins dès que possible.« C’est une opportunité en or pour les pays d’avoir ce vaccin, car les moustiques deviennent de plus en plus résistants aux insecticides et pourraient rendre les moustiquaires inefficaces, entraînant une augmentation des cas de paludisme », a-t-il ajouté.

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Simon Kariuki, qui est également à la tête du programme de recherche sur le paludisme au Center for Global Health Research, à Kisumu au Kenya, indique que des pays comme le Kenya ont la capacité de stocker les vaccins et pourraient facilement augmenter leur distribution.

Il soutient que la troisième phase des essais cliniques a révélé que le vaccin était efficace à 50% dans la prévention du paludisme chez les enfants âgés de cinq à 17 mois. Il est administré en trois doses entre ces âges, avec une quatrième dose environ 18 mois plus tard.

Ce régime à quatre doses a suscité des inquiétudes quant à son administration dans les pays d’endémie où les établissements de santé peuvent être limités.

Cependant, Simon Kariuki a déclaré que son adoption dans les pays pilotes était prometteuse et qu’il ne s’attend pas à ce qu’il soit difficile d’administrer plus largement le nombre requis de doses.

La version originale de cet article a été produite par l’édition de langue anglaise SciDev.Net pour l’Afrique subsaharienne.

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