La Zone de libre-échange continentale africaine veut s’attaquer à l’un des principaux freins au commerce entre les pays du continent : la fragmentation des systèmes numériques, financiers et administratifs. Une nouvelle infrastructure doit permettre de simplifier les paiements transfrontaliers, de sécuriser les documents commerciaux et d’améliorer l’accès des entreprises au financement.
Le Secrétariat de la ZLECAf et la Fondation ADI ont signé la semaine dernièe à New York, un accord prévoyant la création d’une coentreprise chargée de mobiliser les financements nécessaires au développement de cette infrastructure numérique continentale.
Le projet ambitionne d’interconnecter les plateformes et les systèmes déjà déployés dans les différents pays africains, sans les remplacer. L’objectif est de permettre aux entreprises de réaliser plus facilement des transactions au-delà de leurs marchés nationaux, dans un environnement encore marqué par des procédures longues, des paiements coûteux et une faible interopérabilité entre les infrastructures.
Réduire le coût des transactions transfrontalières
Selon l’évaluation présentée dans le cadre de l’accord, la fragmentation actuelle des systèmes numériques et financiers entraînerait jusqu’à 100 milliards de dollars de coûts supplémentaires chaque année pour l’économie africaine.
Ces pertes seraient notamment liées aux frais de paiement, à la multiplication des intermédiaires, aux délais de vérification des documents et aux difficultés rencontrées par les entreprises pour démontrer leur identité ou leur solvabilité dans un autre pays.
La future infrastructure pourrait, selon la ZLECAf, réduire jusqu’à 90 % les coûts de règlement des paiements liés au commerce transfrontalier. Elle devrait également accélérer la circulation et la validation des documents nécessaires aux opérations d’importation, d’exportation et de financement.
Une identité numérique pour les entreprises
Le dispositif reposera d’abord sur la création d’identités commerciales numériques vérifiables. Chaque entreprise pourra disposer d’informations certifiées sur son existence juridique, son activité, son historique de transactions et sa conformité réglementaire.
Ces données devraient permettre aux banques, aux investisseurs, aux administrations et aux partenaires commerciaux d’évaluer plus rapidement la fiabilité d’une entreprise, y compris lorsqu’elle exerce dans un autre pays africain.
Cette identité numérique pourrait être particulièrement utile aux petites et moyennes entreprises, souvent pénalisées par l’absence de données financières formelles ou de garanties suffisantes pour obtenir un crédit.
Numériser et sécuriser les documents commerciaux
Le deuxième volet du projet concerne la numérisation et la vérification des documents utilisés dans le commerce transfrontalier. Factures, certificats, documents douaniers et justificatifs de livraison pourront être authentifiés et échangés électroniquement.
La ZLECAf espère ainsi réduire les délais administratifs, limiter les risques de fraude et éviter aux entreprises de soumettre plusieurs fois les mêmes informations à différentes institutions.
Le système devrait également permettre aux entreprises de mieux valoriser certains actifs, notamment leurs stocks et leurs factures certifiées. Ces documents pourraient être utilisés pour démontrer l’existence d’une activité commerciale et faciliter l’accès à des financements de court terme.
Connecter les plateformes existantes
Le troisième axe porte sur l’interopérabilité. La future infrastructure devra communiquer avec les systèmes d’identité, les plateformes de paiement, les administrations douanières et les autres infrastructures numériques déjà opérationnelles sur le continent.
Son développement reposera sur des normes ouvertes afin d’éviter la création d’un nouveau système fermé ou dépendant d’une seule technologie. Le projet devra également respecter le cadre juridique de la ZLECAf, notamment son protocole sur le commerce numérique.
Les premiers déploiements sont attendus à partir de la fin de 2026 dans des corridors commerciaux pilotes. Une extension progressive est ensuite prévue pour atteindre une couverture continentale à l’horizon 2030.
Faciliter l’accès des PME au marché continental
Au-delà de la réduction des coûts, la ZLECAf veut élargir l’accès au commerce transfrontalier à des entreprises qui en restent aujourd’hui largement exclues.
Les PME, les structures informelles ainsi que les entreprises dirigées par des femmes et des jeunes rencontrent encore d’importantes difficultés pour accéder au financement, recevoir des paiements provenant d’autres pays ou faire reconnaître leurs documents commerciaux.
En facilitant leur identification et la vérification de leurs transactions, la future infrastructure pourrait renforcer leur crédibilité auprès des banques et de leurs partenaires. Elle pourrait également accompagner la formalisation de millions de petites entreprises et leur intégration progressive au marché continental.
Les promoteurs du projet estiment que cette transformation pourrait contribuer à réduire le déficit de financement du commerce africain et à accélérer les échanges entre les pays du continent. Selon leurs projections, l’impact économique pourrait atteindre jusqu’à 900 milliards de dollars de production supplémentaire d’ici 2030.
La réalisation de ces ambitions dépendra toutefois de la capacité des États à harmoniser leurs réglementations, à assurer la protection des données et à connecter leurs infrastructures nationales. Le succès du projet reposera également sur l’adhésion des banques, des opérateurs de paiement, des administrations et des entreprises appelées à utiliser ces nouveaux services.