The Lancet sonne l’alarme sur l’avenir de la recherche américaine

Le ton est inhabituellement dur. Dans un éditorial sans concession, le prestigieux journal médical britannique The Lancet s’en prend frontalement à Robert F. Kennedy Jr., dressant un bilan accablant de sa première année à la tête de la santé américaine. Verdict : « un échec à bien des égards, y compris selon ses propres critères ».

Une critique venue d’une référence mondiale

Fondée en 1823, The Lancet est l’une des revues médicales les plus anciennes et les plus influentes au monde. Rarement l’hebdomadaire scientifique s’est montré aussi direct à l’égard d’un responsable politique en exercice.

Selon son comité éditorial, la première année de Kennedy au Département américain de la Santé et des Services sociaux a été marquée par la désinformation, la politisation des politiques sanitaires et des décisions susceptibles d’affaiblir durablement le système de santé américain.

« Les destructions causées en un an pourraient prendre des générations à réparer », écrivent les auteurs, estimant qu’il existe « peu d’espoir pour la santé et la science américaines » tant qu’il restera en poste.

Lors de sa prise de fonction, Robert F. Kennedy Jr. avait pourtant affiché de grandes ambitions : « transparence radicale » et « science de référence » devaient guider son action.

Mais, selon The Lancet, ces engagements ont rapidement volé en éclats.

Parmi les décisions les plus controversées prises au cours de cette première année figurent plusieurs mesures qui ont profondément marqué la communauté scientifique.

D’abord, l’abrogation d’une politique vieille de 54 ans qui obligeait l’administration fédérale à consulter le public avant toute décision majeure. Une rupture symbolique et institutionnelle forte, perçue par de nombreux observateurs comme un recul en matière de transparence démocratique.

Ensuite, le renvoi brutal d’experts scientifiques et de conseillers spécialisés, parfois sans explication détaillée. Plusieurs figures reconnues du monde médical ont ainsi été écartées, alimentant les inquiétudes sur l’indépendance et la crédibilité des décisions sanitaires.

Autre point de tension : la révision de recommandations de santé publique établies depuis des décennies. Ces modifications, jugées en contradiction avec le consensus scientifique international, ont semé le trouble parmi les professionnels de santé et les autorités locales.

Enfin, la fermeture ou la suspension de programmes de recherche portant sur des enjeux majeurs comme la pollution de l’air ou le cancer a suscité une vive émotion. Pour de nombreux chercheurs, ces coupes budgétaires ne sont pas de simples ajustements administratifs, mais des décisions susceptibles d’avoir des conséquences durables sur la prévention et la santé des populations.

Des institutions fragilisées

En tant que secrétaire à la Santé, Kennedy supervise des agences centrales telles que les National Institutes of Health (NIH), la Food and Drug Administration (FDA) et les Centers for Disease Control and Prevention (CDC).

Pour The Lancet, la politisation croissante de ces institutions met en péril l’avenir de la recherche et de l’innovation aux États-Unis. « La santé publique qui protège aujourd’hui le pays est en train d’être étranglée », résume l’éditorial.

Vaccins : le cœur de la controverse

Figure historique du mouvement antivaccin, Robert F. Kennedy Jr. continue de défendre des thèses établissant un lien entre vaccins et autisme — une hypothèse pourtant largement invalidée par la communauté scientifique.

Sous son autorité, une refonte sans précédent des recommandations vaccinales pour les enfants a été engagée. Plus de la moitié des États américains ont rejeté cette orientation.

Autre polémique : l’octroi d’un financement de 1,6 million de dollars pour un essai vaccinal en Guinée-Bissau. L’World Health Organization (OMS) a qualifié le projet « d’inéthique », le comparant au tristement célèbre Tuskegee Syphilis Study, symbole des dérives médicales du XXe siècle.

Parallèlement, des recherches prometteuses — notamment sur les technologies à ARN messager — auraient été mises de côté, tandis que la surveillance de maladies en recrudescence, comme la rougeole ou la coqueluche, serait affaiblie.

Un appel à rendre des comptes

Dans ce contexte, The Lancet rejoint les nombreuses voix issues des communautés médicale et scientifique appelant à la démission du secrétaire à la Santé et à un contrôle accru du Congrès.

Les critiques sont cependant réciproques. Robert F. Kennedy Jr. a déjà accusé plusieurs grandes revues médicales, dont The Lancet, d’être « corrompues » par l’industrie pharmaceutique — un argument qu’il brandit régulièrement face à ses détracteurs.

Ironie de l’histoire, la revue britannique avait elle-même publié en 1998 une étude aujourd’hui rétractée du médecin britannique Andrew Wakefield, qui prétendait établir un lien entre vaccin et autisme. Un épisode qui continue de hanter la publication, même si celle-ci avait officiellement retiré l’étude plus d’une décennie plus tard.

Avec cet éditorial, The Lancet assume néanmoins une position claire : pour ses rédacteurs, l’enjeu dépasse la personne de Robert F. Kennedy Jr. Il s’agit, écrivent-ils en filigrane, de défendre l’intégrité scientifique et la confiance du public dans les institutions sanitaires américaines.

Partager :

par Socialnetlink

Retrouvez toute l'actu Tech et des Nouveaux Médias en Afrique  sur Socialnetlink.

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.