Le Sénégal veut désormais inscrire son nom parmi les nations africaines qui comptent dans la nouvelle économie mondiale de la donnée, de l’intelligence artificielle et du spatial. La 2e édition du Sénégal Space Week a servi de tribune stratégique pour afficher cette ambition technologique portée au plus haut sommet de l’État.
Placée sous le Haut Patronage de Bassirou Diomaye Faye, cette rencontre internationale organisée par Agence Sénégalaise d’Études Spatiales intervient dans un contexte mondial où la maîtrise des données, des satellites et de l’intelligence artificielle redessine les rapports de puissance entre États.
Après une première édition fondatrice en 2025, le Sénégal Space Week revient avec une orientation plus affirmée autour des questions de souveraineté, de défense et de géointelligence.
Sous le thème : « Le spatial au service de la sécurité et de la défense : applications et géointelligence pour la sécurisation de nos territoires », l’événement ambitionne de renforcer le positionnement du Sénégal comme futur hub africain des applications spatiales au service de la gouvernance territoriale, de la sécurité et du développement durable.
Le spatial devient une question de souveraineté
Dans un discours à forte portée géopolitique, le ministre des Forces armées, Biram Diop, a insisté sur la transformation profonde des rapports de force mondiaux. Selon lui, la compétition internationale ne se limite plus aux espaces terrestres, maritimes ou aériens.
« Elle se joue désormais dans l’espace, dans les données, dans l’intelligence artificielle et dans les capacités d’anticipation stratégique », a déclaré le général d’armée aérienne.
Le ministre a rappelé que les technologies spatiales occupent désormais une place centrale dans les politiques modernes de sécurité et de défense. Surveillance des frontières, cybersécurité, sécurité maritime, lutte contre le terrorisme, prévention des catastrophes naturelles, agriculture de précision ou encore renseignement stratégique : les applications du spatial couvrent aujourd’hui des secteurs jugés vitaux pour les États. « La maîtrise des capacités spatiales n’est plus une option. Elle est devenue une nécessité », a-t-il affirmé devant les participants.
Maram Kaïré défend une vision stratégique du spatial africain
De son côté, le Directeur général de Agence Sénégalaise d’Études Spatiales (ASES) , Maram Kaïré, a présenté une vision beaucoup plus structurelle du projet spatial sénégalais. Dans une intervention axée sur la géointelligence et les infrastructures technologiques, il a expliqué que les capacités spatiales sont devenues des instruments essentiels de gouvernance moderne dans un monde où la donnée occupe désormais une place centrale dans les stratégies de souveraineté.
Selon lui, l’exploitation combinée des satellites, de l’intelligence artificielle et des systèmes d’information géographique permettra au Sénégal de renforcer ses capacités d’analyse, d’anticipation des risques et d’aide à la décision publique.
Le DG l’ASES a également mis en avant le travail engagé avec les Forces de défense et de sécurité autour des questions de géointelligence, considérées comme un levier stratégique majeur pour le pays.
Des infrastructures spatiales en construction
Au-delà des discours, le Sénégal cherche surtout à bâtir les fondations concrètes de son futur écosystème spatial. Maram Kaïré a ainsi évoqué plusieurs projets structurants destinés à doter le pays de capacités nationales durables. Parmi eux figure notamment le chantier du premier observatoire d’astronomie et d’astrophysique du Sénégal, dont la première pierre a été posée en novembre dernier à Khombole
Le pays travaille également sur la mise en place de stations de réception et de traitement des données satellitaires, de plateformes de calcul intensif, de centres d’innovation et d’incubation, ainsi que de futurs centres d’assemblage, d’intégration et de tests de microsatellites. Ces infrastructures doivent permettre au Sénégal de développer progressivement une véritable industrie technologique et scientifique autour du spatial.
Une diplomatie spatiale assumée
Le Sénégal mise également sur une stratégie diplomatique active pour renforcer sa présence dans les grands cercles internationaux du spatial. Depuis sa création, l’ASES multiplie les partenariats avec plusieurs agences spatiales, institutions scientifiques et organisations internationales. Le Sénégal participe aujourd’hui à plusieurs initiatives stratégiques mondiales liées au spatial, au climat et aux technologies émergentes.
Pour Maram Kaïré, cette diplomatie spatiale poursuit plusieurs objectifs : favoriser le transfert de compétences, attirer les investissements technologiques, renforcer les capacités nationales et permettre au Sénégal de participer pleinement aux débats internationaux sur la gouvernance spatiale. L’ambition affichée est de faire du Sénégal « une voix crédible, respectée et constructive » dans les grandes instances africaines et mondiales du spatial.
Miser sur la jeunesse et les compétences africaines
Les autorités sénégalaises veulent également faire du capital humain le socle de cette stratégie technologique. Le Directeur général de l’ASES a insisté sur la nécessité de former une nouvelle génération d’ingénieurs, de chercheurs, de spécialistes en intelligence artificielle, de développeurs et d’experts en analyse spatiale.
« Aucune ambition spatiale ne peut exister sans investissement massif dans le capital humain », a-t-il soutenu.
Promotion des sciences, vulgarisation technologique, formation universitaire spécialisée, accompagnement des jeunes talents et développement de programmes scientifiques figurent parmi les priorités annoncées. Pour les autorités sénégalaises, l’objectif dépasse largement la simple consommation de technologies étrangères. Il s’agit désormais de permettre à la jeunesse sénégalaise et africaine de participer pleinement à l’économie mondiale de l’innovation.
Le Sénégal veut devenir un hub africain du spatial
À travers cette deuxième édition du Sénégal Space Week, Dakar cherche finalement à envoyer un signal fort, qui est celui d’un pays qui veut inscrire durablement sa souveraineté dans la nouvelle géographie mondiale de la technologie. Dans un monde où les satellites, les données, l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques deviennent des instruments de puissance comparables aux ressources énergétiques ou militaires traditionnelles, le Sénégal entend accélérer son positionnement stratégique.
« Le spatial n’est pas un luxe pour l’Afrique. Il est une nécessité stratégique », a résumé Biram Diop.
À travers cette ambition, le Sénégal tente désormais de construire une nouvelle frontière de son développement : celle de la souveraineté technologique africaine.

