L’intelligence artificielle générative bouleverse les méthodes d’apprentissage et d’évaluation dans l’enseignement supérieur. Au Sénégal, les universités doivent dépasser le débat sur le plagiat et la régulation des usages pour engager une transformation plus profonde de leurs pratiques pédagogiques, estime le professeur Abdallah Cissé.
Lors d’un panel consacré aux implications de l’IA générative dans l’enseignement supérieur, organisé à la suite de la publication du rapport ALIVE, l’universitaire a plaidé pour une meilleure intégration de ces technologies dans les processus d’enseignement et d’apprentissage.
Pour le Pr Abdallah Cissé, le système universitaire sénégalais accuse un retard dans l’appropriation des évolutions technologiques. Il a notamment regretté que les discussions sur l’intelligence artificielle restent largement centrées sur ses usages contestés, alors que ses applications pédagogiques ouvrent de nouvelles perspectives.
« On a toujours un cycle de retard par rapport au numérique. L’IA générative est là, mais on l’utilise comme on utilise Google », a-t-il déclaré, estimant que les réflexions doivent désormais intégrer l’essor de l’IA agentique, capable d’exécuter des tâches plus complexes.
L’universitaire a également salué la publication du rapport ALIVE, qu’il considère comme une première contribution à la connaissance des usages de l’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur sénégalais. Il a toutefois appelé à inscrire cette démarche dans la durée, à travers un observatoire annuel permettant de suivre les pratiques, leurs évolutions et leurs implications pour les établissements.
Au-delà de la maîtrise des outils, le professeur Cissé identifie dans la personnalisation des enseignements l’un des principaux apports de l’intelligence artificielle. Celle-ci pourrait aider les enseignants à adapter leurs cours aux profils et aux besoins des étudiants, y compris dans les travaux dirigés et les amphithéâtres accueillant de nombreux apprenants.
« Ce qu’elle nous apporte, c’est l’adaptation des enseignements », a-t-il soutenu, évoquant des expérimentations menées dans des groupes restreints où les supports pédagogiques sont ajustés en fonction des profils des étudiants.
Sur la question du plagiat et de l’évaluation académique, le Pr Cissé estime que l’utilisation de l’IA impose de revoir les méthodes de contrôle des connaissances. Selon lui, la priorité ne devrait pas être uniquement de déterminer si un étudiant a eu recours à un outil d’intelligence artificielle, mais de vérifier sa capacité à comprendre, à expliquer et à défendre le contenu de son travail.
« La question, c’est de savoir est-ce qu’il maîtrise ce qu’il dit », a-t-il affirmé, appelant à privilégier des évaluations permettant de vérifier l’appropriation réelle des connaissances par les étudiants.
L’accès aux outils constitue toutefois un autre enjeu. Le professeur a attiré l’attention sur les disparités entre les étudiants qui utilisent des versions gratuites de solutions d’IA et ceux qui disposent d’outils plus avancés. Une situation qui, selon lui, risque d’accentuer les inégalités dans les conditions d’apprentissage et la qualité des productions académiques.
Face à ces mutations, il plaide pour une évolution de la formation des enseignants, avec une place accrue accordée à la pédagogie à l’ère de l’intelligence artificielle. Il recommande également de mobiliser plusieurs disciplines, notamment les sciences cognitives, la psychologie et les neurosciences, pour mieux comprendre les effets de ces technologies sur les apprentissages.
L’universitaire met enfin en garde contre le risque d’un enseignement supérieur à deux vitesses, opposant les étudiants et les enseignants capables de tirer parti de l’IA à ceux qui restent à l’écart de ces évolutions. Il appelle ainsi les responsables universitaires et les décideurs publics à mieux maîtriser les enjeux de ces outils afin d’élaborer des réponses adaptées.
Pour le Pr Abdallah Cissé, l’enjeu est désormais de faire de l’intelligence artificielle un levier d’amélioration de l’enseignement, sans renoncer à l’esprit critique. La capacité à analyser, contester et améliorer les résultats produits par les machines constitue, selon lui, une compétence essentielle que les universités doivent intégrer à leurs pratiques pédagogiques.
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