Dans la lutte contre la covid 19 au Mali, DoniFab a développé cinq projets technologiques. Respirateur artificiel, robot pulvérisateur qui nettoie les hôpitaux,  portique désinfectant qui asperge les passants, station de lavage des mains automatisée, un chatbot et un prototype de respirateur artificiel sont les créations de ces jeunes. En cette période de covid 19, le Mali n’est pas en reste dans cette vague de pays où les jeunes innovent et créent pour lutter contre la pandémie.

« Nous avons tous été pris de court par ce virus, raconte Youssouf, 30 ans. Mais très rapidement on s’est demandé comment nous, jeunes entrepreneurs, programmeur, électronicien et ingénieur, on pouvait mettre à contribution nos compétences pour sauver des vies. » Pensif, il tourne entre ses doigts une Arduino, cette carte électronique révolutionnaire dotée d’un microcontrôleur qui sert de « cerveau » à de nombreuses applications de domotique et de robotique.

Coronavirus, déclencheur aux innovations

Les crises servent souvent de déclencheur aux innovations. Alors que la pandémie gagne le continent, la petite équipe lance ses deux premiers projets le 23 mars, deux jours avant l’apparition du virus au Mali. Une application mobile nommée Zimblin fournit des messages vocaux de sensibilisation en bambara. En même temps, il rappelle les gestes barrières et communique les dernières statistiques de l’évolution du virus. Tout cela en se basant sur les données de l’université Johns-Hopkins. Et un programme conversationnel, ou chatbot, répond aux questions des internautes via la messagerie WhatsApp. « On peut lui demander quelle est la différence entre le Covid 19 et les coronavirus, quelles sont les voies de transmission, les symptômes, les consignes à respecter, etc. », précise Youssouf. En un mois d’utilisation, le chatbot a répondu à 37 000 messages.

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Bien en jambes, les quatre jeunes s’attellent dans la foulée à une série d’autres projets : un dispositif de lavage des mains pour les espaces publics qui, muni d’une cellule photoélectrique, active sans contact robinet et savon ; un portique déclenchant une aspersion pour décontaminer les vêtements ; un robot pulvérisateur télécommandé qui permet d’arroser des chambres de solution désinfectante. Mais petite équipe oblige, les deux derniers projets sont mis de côté. « Nous préférons concentrer nos forces sur le chatbot, le kit de lavage des mains et, surtout, le respirateur, notre projet le plus prometteur », avance Youssouf.

Remplacer la main de l’infirmier ou de l’ambulancier

Le premier prototype déploie un mécanisme qui appuie sur un insufflateur manuel. « Cela permet de remplacer la main de l’infirmier ou de l’ambulancier. Mais ce n’est pas encore un respirateur à proprement parler, explique Youssouf. En effet, il peut aider un patient qui a besoin d’un supplément d’oxygène pour se stabiliser mais n’est pas suffisant s’il est dans un état critique. »

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Grâce aux relations du docteur Tidiane Ball, la petite équipe a présenté sa machine aux médecins de l’hôpital public Point G, le plus grand du Mali. « Les médecins nous ont permis de cerner les défis à surmonter pour transformer notre insufflateur en véritable respirateur, raconte Youssouf. Notre machine devra respecter plusieurs paramètres, de la fréquence respiratoire au temps plateau, à la pression et à la quantité d’air envoyée. Un respirateur doit être précis. Il faut respecter des cycles. La vie d’une personne en dépend. Certains patients ont besoin de plus de pression ou de moins de vitesse que d’autres, par exemple. »

« Pour le bien de tous »

Le premier modèle muni d’un électrocardiogramme est prévu pour la mi-mai. Il passera ensuite de nouveaux tests au Point G. Les jeunes ingénieurs pourront alors lancer une collecte de fonds afin de financer vingt appareils dans un premier temps. Le coût d’une unité est estimé à 250 000 francs CFA (381 euros). « On veut que notre machine fonctionne même pour les cas d’intubation où elle devra complètement remplacer l’appareil respiratoire. Si on veut faire quelque chose de solide, il faut qu’on ait l’appui des médecins », soutient encore Youssouf.

Dans ce pays de 19 millions d’habitants, l’un des plus pauvres du monde, seul 56 respirateurs sont disponibles. Soixante autres ont été commandés à la Chine, mais ils ne seront pas disponibles avant des semaines. Mardi 19 mai, le pays comptait 874 cas positifs et 52 décès. Les difficultés de prise en charge et le faible nombre de tests réalisés rendent le décompte exact des personnes atteintes par la maladie difficile. « Une fois notre prototype de respirateur validé, on prévoit d’en diffuser gratuitement les plans sur la plateforme de développeurs GitHub, en open source. C’est ça l’idée du fab-lab, affirme Youssouf.En effet, ils ne sont pas dans une logique de brevet, mais du partage libre de la connaissance acquise, pour le bien de tous.

L’Afrique ne fait que consommer du savoir

Une volonté qu’il étend jusqu’à une redistribution des connaissances. « L’Afrique ne fait que consommer du savoir, martèle-t-il. Si on a les moyens de contribuer, laissez-nous contribuer. L’Afrique peut apporter de la compétence, de l’intelligence et de l’innovation. Le seul problème est qu’il n’y a pas d’environnement qui permet à cette créativité de se développer. » Raison pour laquelle il veut créer une start-up d’équipements médicaux une fois la crise Covid 19 passée. « Tant de choses manquent, du matériel de stérilisation, aux réfrigérateurs, aux sondes médicales, poursuit-il. Ces équipements, le DoniFab pourrait les développer ». Aucun doute chez Youssouf, la crise sanitaire est aussi une opportunité.

 

Avec Le Monde

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