La pandémie relative au Covid-19 constitue une crise sanitaire inédite. Les scientifiques et les médecins sont naturellement les premiers mobilisés pour la combattre. Mais ses effets concernent aussi les entreprises en raison de son incidence majeure sur l’économie.

Pour éviter tout risque de contagion, certaines entreprises Sénégalaises encouragent, voire obligent leurs employés à travailler temporairement à leur domicile. Une situation qui met en lumière les avantages d’une telle organisation et sa popularité croissante. L’urgence est évidemment à la mobilisation générale de nos services et personnels de santé pour limiter autant que faire se peut la mortalité du coronavirus. Mais il est tout aussi impératif d’affronter cette crise dans la solidarité et l’entraide. Dans cet élan, exprimons notre compassion à ceux qui ont perdu des êtres chers, notre sympathie à ceux qui sont infectés, notre reconnaissance et notre soutien à tous ceux qui, au quotidien, continuent à prendre soin des corps, des esprits et des âmes en cette période trouble. Originaire des États-Unis, le télétravail ou « telecommuting » en anglais consiste à exercer ses tâches professionnelles à distance du lieu où le résultat du travail est attendu.

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Que ce soit depuis le domicile, un télécentre, un bureau satellite ou de manière nomade (lieux de travail différents selon l’activité à réaliser), dans le cadre du travail salarié, mais aussi depuis des espaces partagés « coworking », dans le cadre du télétravail indépendant, l’employé est en mesure de travailler, du moment qu’il a accès à internet. C’est en 1950 que ce concept fit son apparition en Amérique par le mathématicien Norbert Wiener. Ce dernier relate l’histoire d’un architecte qui supervisait à distance la construction d’un immeuble aux USA, et ce, à l’aide de transmissions de données.

Le moyen le plus efficace pour lutter contre la diffusion du coronavirus étant en effet de limiter les contacts physiques. Le télétravail devient la règle impérative pour tous les postes qui le permettent afin de poursuivre leurs activités dans le respect des règles de sécurité sanitaire. En quelques semaines, l’utilisation du numérique s’est répandue à travers le monde à une vitesse comparable à celle de la propagation de ce virus. Cette amplification sans précédent du télétravail a permis, d’une part, de révéler les carences de l’usage du numérique dans certaines entreprises, d’autre part, de montrer les risques élevés de cyberattaques.

Le Covid-19, un amplificateur du télétravail

Dans les circonstances de lutte contre le COVID-19 l’employeur peut temporairement recourir au télétravail même si la législation du travail sénégalaise ne prévoit pas de dispositions particulières en la matière. Le recours au télétravail est considéré comme un aménagement du poste de travail rendu nécessaire pour permettre la continuité de l’activité de l’entreprise et garantir la protection des salariés.

Face au coronavirus, l’une des multiples dimensions de cette crise concerne la manière dont le numérique se retrouve au cœur d’un monde qui se réinvente sous nos yeux en luttant pour la survie des entreprises. Le télétravail est gagnant-gagnant, il permet de respecter l’obligation qu’a l’employeur de protéger la santé de ses employés, et aux collaborateurs de continuer à travailler : cela limite à la fois les dégâts sur la santé publique et sur la productivité économique. Pour les sociétés technologiques modernes, les infrastructures et les politiques nécessaires au télétravail sont indiscutablement déjà en place et la vaste majorité des effectifs utilise déjà probablement un ordinateur portable.

Pour les sociétés et organisations moins informatisées, cependant, la situation est sans doute très différente. Le télétravail est probablement limité à un petit nombre de personnes et, de façon réaliste, essentiellement pour la messagerie électronique ou autres services non-opérationnels. Le secteur de l’éducation est un bon exemple  : les universités proposent des enseignements à distance. Le commerce électronique supplée la fermeture des magasins physiques et les restrictions des déplacements. Dans le même temps, le recours aux solutions de paiement à distance a également connu une progression importante.

La contrainte d’aujourd’hui pourrait cependant constituer de nouvelles opportunités demain, pour qui la situation peut s’avérer une excellente occasion de tester le télétravail pour les entreprises les plus réticentes. Ce télétravail « contraint » pourrait donc faire office de déclic. Tout le monde est en train de prendre conscience qu’il est urgent de s’y mettre… celles qui ne l’ont pas fait maintenant vont devoir le faire dans les jours, semaines, mois ou années à venir.

Le Covid-19, révélateur de la fracture numérique entre les entreprises au Sénégal

Le fossé numérique se creuse entre ceux qui ont accès à la technologie et ceux qui en sont exclus. L’Afrique est la principale victime du fossé numérique. Pourtant, les services de télécommunications/TIC ne sont plus un luxe, mais une nécessité pour développer le télétravail indispensable en cette période de pandémie. Il y’a certainement des avancées parce que notre pays fait partie des mieux pourvus dans ce domaine en Afrique de l’Ouest, même si on note encore des obstacles. Le télétravail peut être inapproprié pour certains secteurs d’activités et difficile pour d’autre en raison d’une faible couverture d’internet. En outre, cette manière de travailler reste peu répandue au Sénégal où le secteur informel reste dominant.

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Evidemment, si cela est plutôt facile dans le secteur tertiaire, un fabricant de machines ou une caissière, soit ceux qui travaillent dans la production, la restauration ou la vente, ces métiers où une présence physique est nécessaire ne peuvent pas avoir recours à cette organisation. Le télétravail ne résout pas tout, la fracture numérique existe toujours dans l’entreprise sous une forme binaire :

– La fracture générationnelle qui veut que les digitales natives soient beaucoup plus à l’aise avec les outils numériques que leurs aînés ;
– La fracture culturelle qui veut que certaines catégories socio-professionnelles s’approprient plus vite ces nouvelles technologies que d’autres.

Ce double impératif doit absolument être pris en compte par l’entreprise en interne, comme en externe, pour assurer la productivité et la sécurité des systèmes informatiques.

Covid19 et télétravail : révélateur de la recrudescence des cyberattaques

En cette période de crise sanitaire, où les entreprises se réorganisent et baissent la garde en matière de sécurité informatique, une autre forme d’épidémie sévit en ce moment. Difficile de les quantifier précisément, mais les actualités autour du Covid-19 ont mené à de nombreuses attaques informatiques partout dans le monde.

L’agence européenne de cybersécurité, l’ENISA, a déclaré avoir constaté une augmentation des attaques de hameçonnage par courriel « phishing » ou au piratage psychologique « social engineering ». Le recours au télétravail, souvent mis en place dans l’urgence, avec des employés qui travaillent dans un contexte différent, fragilise la sécurité informatique.

Cybersécurité et télétravail font-ils donc bon ménage ? Ce n’est pas le télétravail le problème en soi, mais le degré d’urgence et de non-préparation, qui peuvent impliquer des erreurs et des risques associés à la connexion des télétravailleurs.

La fracture numérique s’accompagnant d’une fracture « cybersécuritaire », l’entreprise se trouve, à nouveau, plus exposée aux risques numériques. Les systèmes informatiques des entreprises n’ont jamais été conçus pour soutenir une migration soudaine et massive du personnel du bureau vers la maison. L’ouverture que cela crée pour ceux qui veulent semer le chaos à l’aide de « rançongiciels » et de « maliciels » est très significative. La peur du Covid-19 s’avère être lucrative pour les cybercriminels, ces dernières semaines alors que les institutions de santé se démènent pour tester les patients, soigner ceux qui sont contaminés et éradiquer la pandémie. Aujourd’hui, l’humanité est à la croisée des chemins et sa conscience une nouvelle fois et non la dernière interpellée. Le télétravail « forcé » nous permettra de prendre conscience qu’il est possible de fonctionner autrement. Ce serait un beau legs de la crise…

Ibrahima DIEDHIOU
Doctorant en droit privé option cyber-droit, Université Alioune Diop de Bambey

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