Reçu ce dimanche par Mamoudou Ibra Kane, Mactar Sylla, le Directeur général de la chaîne Label Tv, est revenu sur plusieurs questions autour des médias et de la production audiovisuelle dans le continent africain.

Ainsi, il analyse les forces et faiblesses d’une véritable industrie culturelle et audiovisuelle africaine, qui génère une importante manne financière, entre 12 et 14 milliards de dollars, en publicité, passant sous le nez des médias du continent.

La consommation culturelle par les médias

Fort de sa riche expérience, l’ex patron de la Rts, de Tv5, de Stv au Cameroun, aujourd’hui Directeur général Label Tv au Gabon, et membre du comité exécutif de l’Union africaine de radiodiffusion (UAR), entre autres aventures médiatiques, prône le panafricanisme dans la couverture et les contenus. Afin qu’il y ait, explique-t-il, « toute l’Afrique de manière transversale, multilatérale et plurielle », et en plusieurs langues.

« Depuis TV5, j’ai toujours dit, comme ils l’ont fait, il était important de fédérer les best of, les meilleurs contenus, le meilleur personnel africain autour de ce projet. L’audiovisuel est important aujourd’hui. Pourquoi ? Les modes de domination du monde contemporain passeront de plus en plus par la manière de façonner les consciences.

Les habitudes de consommation notamment de notre jeunesse, quand vous voyez dans nos accoutrements, ce que nous mangeons, etc. Plein de choses sont aujourd’hui incrustées dans le mental des populations, des citoyens, grâce aux médias. Vous l’avez dit en rappelant ce journalisme d’aujourd’hui citoyen avec ses dérapages. Mais en raison de tout cela, je fais partie des gens qui croit que pour que nos pays s’en sortent, la Culture au sens le plus large, qui inclut la Communication, est la base essentielle de la pyramide qui va aider à aller vers l’émergence et au partage du bien-être. »

« Bollywood – Nollywood – Hollywood »

Une industrie culturelle et audiovisuelle ? « Absolument. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’industrie de la communication dépasse, aux États-Unis, le chiffre d’affaires de l’industrie automobile mondiale. C’est des milliards et des milliards. En Afrique, c’est entre 12 et 14 milliards de dollars qui sont générés en termes de publicité sur le continent africain. Seule une portion congrue va en direction des médias du continent. Donc, au-delà de l’aspect culturel, c’est un secteur économique dynamique créateur de ressources et d’emplois. Rares sont les secteurs qui peuvent créer autant d’emplois que (celui) de la communication. »

C’est le sens de son interpellation « collective » tant aux pouvoirs publics, aux professionnels, et aux secteurs économiques, face aux OPA lancés par les grands groupes européens et chinois autour de la production africaine. « Aujourd’hui, l’une des chaînes qui fait les meilleurs scores, sur tous les bouquets, c’est Nollywood. Le Nigéria de l’Afrique qu’on dit paupérisée avec ces guerres et son cortège de malheurs, est le 2e producteur mondial en termes de films et produits audiovisuels, après l’Inde, et devant les États-Unis. Donc, Bollywood – Nollywood – Hollywood.

Nollywwod, c’est plus de 60 mille et quelques personnes sans l’apport d’une banque. C’est un système qui tient de lui-même. Voilà les enjeux pour qu’on puisse véritablement s’en sortir. Il faut que dans le cadre d’une politique publique audiovisuelle agressive, dynamique, ambitieuse, nous donnions la place aux acteurs nationaux, régionaux. Aux Africains eux-mêmes. Si tous ces groupes s’intéressent au continent, ils ne viennent pas pour nos beaux yeux, ils viennent faire du business. Ils le font avec qui ? Ce sont des acteurs africains que vous voyez aujourd’hui et des séries africaines. Je ne suis pas pour le cloisonnement entre qui que ce soit mais nous devons mettre nos intérêts en avant. De ce point de vue, il est impensable comme le disait le président Kagamé, on ne verra jamais un Africain allait dire qu’il prend les droits de diffusion de la Coupe d’Europe. Pourquoi nous laissons ces géants venir nous dicter des contenus ? La ressource intellectuelle et culturelle est une ressource à protéger. C’est fondamental. Parce que c’est sur ça que nos valeurs se basent. Si nous perdons cela, nous avons tout perdu notamment vis-à-vis de notre jeunesse. »

Quel modèle de financement

Au-delà de Nollywood, aujourd’hui, le « dynamisme de la production audiovisuelle en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso, comme dans d’autres pays démontre à volonté que nous avons la capacité de construire une véritable industrie de la production audiovisuelle », renchérit-il, soutenant que le processus doit être accompagné par une volonté politique, inscrivant « la communication comme une priorité. »

Mais le constat est là, « le Sénégal ne le fait pas suffisamment », déplore-t-il. « Il faut créer le cadre réglementaire général, avoir des politiques d’accompagnement (fonds publics et privés) » pour accompagner les producteurs.

Poursuivant, il souligne qu’un code de la publicité s’impose, s’agissant du modèle de financement, de même qu’une meilleure régulation.

Le journaliste, abordant l’inextricable question des droits de retransmission des événements sportifs, plaide pour un passage « de l’égosystème à un écosystème », pour éviter cette guerre entre chaînes publiques et privées. « Unis, nous sommes plus forts ».

Avec emedia.sn

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