D’origine gersoise, élu dans les Pyrénées-Orientales en tant que maire et conseiller départemental, nommé délégué interministériel, homme de droite, mais avec des convictions et des attaches à gauche… Jean Castex, 55 ans, incarne pour l’Elysée l’orientation qu’Emmanuel Macron veut donner à sa fin de mandat. Portrait de celui que personne n’attendait aussi haut, mais qui s’est imposé aux yeux du chef de l’État.

Il a travaillé sous les ordres de Nicolas Sarkozy, « en même temps » qu’il était « ami » de Jean-Claude Mailly, ancien secrétaire général de Force Ouvrière… Peut-on faire plus grand écart ? C’est pourtant la souplesse dont semble être capable Jean Castex, nommé ce vendredi nouveau Premier ministre par Emmanuel Macron, après la démission « surprise » d’Édouard Philippe et de son gouvernement.

Retour à la province

D’abord étudiant en histoire à Toulouse, ce Gersois d’origine, né à Vic-Fezensac en 1965, s’oriente vers les sciences politiques, avant d’intégrer l’ENA. À la fin de ses études, contrairement à d’autres camarades de promotion aux ambitions très « parisiennes », il fait le choix d’un retour en province, alors qu’il était admis à la Cour des comptes.

Fils et petit-fils d’instituteurs, sensible à l’importance des mandats locaux, lui dont le grand-père fut sénateur du Gers et maire de Vic-Fezensac, il fait ses gammes dans le Var, à la DDASS, puis dans le Vaucluse et en Alsace. Un parcours humble, qui finit par le ramener dans la capitale lorsque sous la houlette de Xavier Bertrand, il devient directeur de cabinet à l’époque où l’actuel président des Hauts-de-France occupait le poste de ministre de la Santé sous Chirac, puis ministre du Travail sous Sarkozy. Nous sommes en 2008, Jean Castex a 43 ans, et il vient également pour la première fois de se frotter au suffrage universel, en devenant d’une courte tête maire de Prades, dans les Pyrénées-Orientales. Le département est devenu sa terre d’adoption, lui dont la femme a des attaches locales.

Deux ans plus tard, il « convainc » le président Nicolas Sarkozy lors d’un repas informel de le nommer conseiller social en remplacement de Raymond Soubie, puis secrétaire général adjoint à l’Elysée jusqu’à la fin de son mandat. Sa carrière bascule définitivement dans les hautes sphères de l’État, et l’ancien président l’encourage à voir plus haut. Jean Castex échoue cependant à se faire élire député en 2012, mais poursuit avec brio son parcours à Prades. Qu’importe son manque de mandat « important », sa connaissance accrue des dossiers, forgée au gré d’une carrière « technocrate » remarquable, lui permet de jouir d’un capital confiance que beaucoup lui reconnaissent.

« Homme d’État »

Celui que son – désormais – prédécesseur Édouard Philippe qualifiait de « redoutable d’efficacité » lors de sa nomination en tant que « monsieur déconfinement » en avril dernier, a continuellement vivoté autour de l’exécutif depuis le début du quinquennat. D’abord nommé délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024 à Paris, puis de tous les grands événements sportifs en France, il a été longtemps pressenti pour récupérer le ministère de l’Intérieur au départ de Gérard Collomb en 2018.

Il était encore trop tôt pour le mettre en lumière. Jean Castex en a profité pour continuer à parfaire ses connaissances dans tous les domaines. « Homme d’État », c’est le terme qui sort le plus rapidement de la bouche de ceux qui l’ont côtoyé, quel que soit leur bord politique. Stéphane Troussel, président PS du conseil département de Seine-Saint-Denis, ne tarit pas d’éloges sur lui. Comme Patrick Pelloux, qui loue son « sens du travail, respectueux de tous, toujours à l’écoute ». À droite, Xavier Bertrand dit apprécier « les qualités de serviteur de l’État de Jean Castex ». Le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, dit de lui qu’il « comprend le langage des technocrates et des ministres », mais « aussi celui des élus locaux et des citoyens de base ». Un « homme-charnière », résume-t-il dans des termes qui doivent résonner dans l’esprit de Jean Castex, dont l’enfance a baigné dans la culture rugbystique.

Féru de sport

Son père, Claude, et son oncle, Michel, ont tous les deux été présidents du club de rugby de Vic-Fezensac. « Le rugby est dans l’ADN de la famille », confirme le futur ex-maire vicois Michel Espié. Jean Castex est même un « grand homme de sport » pour Claude Atcher, le directeur général du Groupement d’intérêt public (Gip) en charge de l’organisation de la coupe du monde de rugby 2023 en France. « Il nous facilitait les relations entre les différents ministères… Son départ est une grande perte », résume-t-il, déjà nostalgique. Car Jean Castex n’aura désormais plus de temps à consacrer à l’Agence nationale du sport, dont il était président depuis sa fondation en août dernier. Idem pour sa commune de Prades, où son premier adjoint regrette lui aussi, déjà, son départ.

Jean Castex a visiblement su se rendre indispensable un peu partout où il est passé. Face à l’ampleur de la tâche qui l’attend à Matignon, saura-t-il susciter la même unanimité dans l’opinion ? Seul l’avenir nous le dira.

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