Avec les réseaux sociaux, il est très facile de se créer un business qui peut rapporter beaucoup d’argent sans sortir de sa maison. C’est ce que ces filles qui se « vendent » en ligne ont compris. Finie la séduction sur les trottoirs de Dakar et son Centre ville, la pr0stitution a migré.

Enveloppé dans les salons de massage ou des maisons dans des quartiers résidentiels où la discrétion est acquise, le business attire de plus en plus d’actrices et internet constitue la cible privilégiée pour «exposer leurs marchandises».

On ne le dira jamais assez, la percée du numérique s’est accompagnée de beaucoup d’inconvénients. Si aujourd’hui les réseaux sociaux créent des liens forts entre des communautés, elles sont devenues un canal de diffusion très pratique. En un rien de temps, les messages peuvent faire le tour du monde. Qu’on le veuille ou pas, des messages de toutes sortes font irruption sur notre page de garde. Une publicité pratique, parfois gratuite qui n’échappe pas aux annonceurs. Si jusqu’à un passé très récent, tout se limitait à la vente de produits classiques, de nouveaux annonceurs peu ordinaires ont fait leur irruption sur la toile avec une marchandise pas comme les autres. Ce sont les acteurs de l’industrie du s3§e. Groupes de vente, pages d’accueil, ou simple profil, elles ne s’en cachent plus. Il est devenu très difficile de défiler sur une page Facebook sans recevoir une demande d’amies.

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Selon Khadim Diagne, expert en communication digitale, la plupart d’entre ces profils affichent des photos très obscènes et ils envoient des demandes d’ajout partout sans tri. L’idée étant de toucher le maximum d’internautes. « Parfois, rien que la photo peut vous pousser à cliquer sur le profil. Si vous n’êtes pas fort, vous cédez rapidement à la tentation », explique-t-il. Mais selon lui, si les acteurs sont aussi présents sur les réseaux sociaux, c’est qu’il n’y a pas le contrôle qu’il faut. « Facebook, c’est un fourre-tout », dit-il. Sur sa page Facebook, cette dame ne dit pas expressément qu’elle fait de la prostitution, mais sa photo en sous-vêtement dans une posture provocatrice laissant apparaître une forme généreuse en dit beaucoup sur ses intentions. Pour en avoir le cœur net, votre reporter a pris la peine de composer le numéro de téléphone affiché sur la page. Après quelques sonneries, une voix douce décroche. « C’est qui ? », demande-telle, d’un ton ferme. « Je voulais passer te voir », lui rétorque-t-on. « Je suis à la zone de captage. Arrivé devant le bassin, tu m’appelles », dit-elle, avant de raccrocher. Avec un autre numéro, elle décroche. Cette fois-ci, nous allons droit au but. « Je veux un massage », lui lance-t-on. « Les prix varient de 10 à 25 000 francs », dit-elle, comme pour marquer son territoire. « Pour le reste, une fois sur place, on en parlera, mais vous serez satisfait », ajoute-t-elle.

LES GROUPES D’ACHAT, CIBLE PRIVILEGIEE

Si certaines se cachent en prétendant vendre un service de massage, d’autres vont droit au but. Elles proposent le s37e à des prix « défiant toute concurrence ». En plus de photos de profil très sensuelles, elles affichent leur numéro de téléphone, parfois leur adresse et se mélangent aux salons de massage. « La première fois que j’ai découvert cette forme de pr0stitution, c’est quand j’avais une petite douleur au dos. On m’avait recommandé de faire un massage. J’ai hésité au début. Mais un jour, en surfant sur Facebook, je tombe sur une demande qui propose un massage relaxant. J’ai appelé le numéro. Le tarif était de 10 000 fcfa. Mais quand je suis arrivé sur place, rien que le cadre commençait à me donner des envies. Dès le début de la séance, j’ai compris que la dame était ouverte à tout. Je lui ai proposé de lui rajouter 10 000 francs pour coucher avec elle. Nous sommes passés à l’acte », relate ce joueur de navétane. Ayant géré un salon de massage à Nord Foire pendant près de cinq ans, N.N dit avoir cessé ses activités depuis que la Police a arrêté une bande de prostituées clandestines non loin de chez elle. À la base, dit elle, « je gérais un salon de massage. Mais il y avait tous les types de massage.

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Les tarifs variaient de 10 000 francs à 25 000 francs, selon les besoins. Moi j’encaissais le prix du massage, la masseuse avait une commission sur chaque client. Une fois que le client arrive, je lui présente les filles, il choisit celle qu’elle veut. Maintenant dans leur intimité, je n’ai pas de contrôle. Ils peuvent se contenter du massage ou faire plus. C’est leur affaire, mais il y a une durée à ne pas dépasser. Là-bas, c’est la masseuse qui encaisse».

DES RECETTES DE PLUS DE 50 000 FRANCS PAR JOUR

Dans ce business, N. N a fait fortune. En effet, elle gagnait en moyenne 50 et 100 000 francs par jour. Durant les week-ends, la recette pouvait aller jusqu’à 150 000 francs ou plus. « J’avais pris une maison à 150 000 francs. Les filles gagnaient avec moi au moins 100 000 francs, en plus de ce qu’elles gagnaient régulièrement avec leurs clients dans la salle de massage », dit-elle.

Pour se faire une visibilité, la patronne a créé une page Facebook qu’elle fait administrer par une de ses clientes, étudiante. « Sur le papier, nous étions une salle de massage, mais bon… », se contente-t-elle de lâcher. Aujourd’hui reconvertie dans la vente de trucs de femmes, elle n’envisageait pas de laisser le métier de sitôt. Mais quand elle a eu écho de l’arrestation de femmes pour prostitution clandestine, elle a décidé de fermer boutique. Mais selon elle, ces salons de massage pullulent dans la capitale. En effet, dit-elle, la plupart des filles qui sont employées dans les salons de massage se font un réseau de clients qu’elles tissent petit à petit en sourdine. « Nous sommes tous passées par là. Maintenant, quand on a une base de clients très solides, on crée son propre salon », révèle-t-elle.

LES FEMMES DE MENAGES, RECRUES IDEALES

En plein boom, cette activité ne cesse d’attirer. Selon notre interlocutrice sous le couvert de l’anonymat, elle intéresse de plus en plus de monde. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, les femmes de ménage sont de plus en plus attirées par le business.

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En effet, dit-elle, à la base, celles qui viennent des villages à la recherche d’emplois dans les maisons sont recrutées pour assurer l’entretien des locaux. Elles y passent la journée, souvent au contact des masseuses et finissent par céder à la tentation. « Leur salaire de base dans les maisons tourne autour de 40 000 francs. Maintenant, à force de passer la journée avec des filles qui gagnent parfois le triple, elles finissent par franchir le pas. Beaucoup sont entrées comme ça dans le secteur. Il suffit d’avoir des arguments esthétiques pour se faire de l’argent. A chaque homme ses goûts », dit-elle, avec le sourire. Par le passé, indique la dame, des filles qu’elle avait recrutées comme masseuses ont fini par ouvrir leur propre business et ont pris beaucoup de ses clients. « Il y a une guerre farouche entre salons de massage. Souvent, il y en a même qui, par jalousie ou parce qu’elles ont perdu leurs clients, dénoncent à la Police de manière anonyme. Celles qui ont été arrêtées à Nord Foire, il y a deux ans, ont été dénoncées par des concurrentes », révèle-t-elle.

 EXIT LA PR0ST1TUTION DANS LA RUE

La percée de la pr0st1tution en ligne a chassé progressivement la pr0st1tution dans la rue. Selon les actrices de la nouvelle forme, elle est beaucoup moins contraignante. En effet, selon Fina (nom d’emprunt), à l’époque, il fallait un carnet de santé pour être autorisée à exercer le métier et le danger était permanent. « Des fois, un client pouvait t’amener chez lui et refuser de te payer après la partie de j4m8es en l’air. Tu n’y pouvais rien. En plus de cela, on était très exposée avec les risques d’agression etc. Aujourd’hui, tu as un appartement dans un cadre discret, tu reçois tes clients et tu as un vigile qui filtre les entrées et sorties. C’est beaucoup plus sécurisé », dit-elle. Et pour amoindrir les risques et les dépenses, elles s’organisent en groupe de cinq.

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« Nous avons un salon où nous nous retrouvons. Nous laissons les chambres libres. Si quelqu’un a un client, il le reçoit dans sa chambre », à la fin du mois, on se cotise pour partager les frais », dit-elle. Soucieuses de rester discrètes, elles ont fui les quartiers populaires. Aujourd’hui, elles sont basées pour la plupart à Hann Mariste, Nord Foire, Zone de captage… Selon N. N qui se réclame actrice à la retraite, le simple coût des appartements dans ces zones, qui ne se négocie pas à moins de 150 000 francs, suffit pour se faire une idée de la bonne marche de ce business.

L’AUTORITE DEFIEE ?

Si la plupart se font passer pour des salons de massage sur les réseaux sociaux, il y en a qui exposent tout cru leurs marchandises. Aujourd’hui, plusieurs sites dédiés à la publication des offres sont disponibles. Elles donnent leur adresse, leur numéro de téléphone, certaines vont même jusqu’à afficher des photos d’elles toutes n11es. Habib a été vigile dans un appartement situé dans un quartier huppé de Dakar. Selon lui, il n’y a pas à chercher loin, la plupart d’entre elles sont protégées par de gros bonnets. « Il m’est arrivé de voir une descente d’hommes de tenue, mais jamais il n’y a eu de suite. La patronne est une femme d’affaire très résautée. J’y ai vu beaucoup de célébrités. Cela veut dire beaucoup de choses. Regardez bien, on parle de tellement de salons de massage, mais rarement on a entendu des arrestations », souligne-t-il.

LES ETRANGERS PRIVILEGIES

Encouragée par les accords communautaires, la libre circulation des personnes et des biens n’a pas manqué de conséquences sur le secteur. En effet, sur les sites de rencontres, elles sont pour l’essentiel originaires des pays frontaliers avec le Sénégal. « J’ai eu à collaborer avec deux Maliennes. L’une d’elles étaient étudiante, l’autre vendait des tissus. Quand elles m’ont quittée, elles ont ouvert leur propre salon et ont fait appel à d’autres filles de leur pays. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, elles font plus d’argent que les Sénégalaises. Là où les Sénégalaises pratiquent des prix entre 10 et 30 000, elles peuvent se contenter de 5 000 et elles s’en sortent bien», reconnaît N. N. Cependant, l’inverse se produit. « Les étrangers ont un faible pour les femmes sénégalaises et ce sont les plus fidèles clients », dit-elle.

Avec L’AS

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