#LeSenegalEnDeuil est un hashtag qui a beaucoup fait parler de lui au mois de Novembre 2020, et ce, dans un contexte particulièrement difficile. En effet, de jeunes sénégalais aspirant à de meilleures conditions ont vu leur vie basculer en essayant de rallier le continent européen par le biais d’embarcations de fortune. Malheureusement, beaucoup ont tragiquement perdu la vie, en mer.

Ce phénomène qui porte le nom d’émigration « clandestine » ou irrégulière s’est intensifié au cours de ces derniers mois. En effet, plus de 500 jeunes sénégalais, hommes et femmes confondus, auraient péri dans les eaux. Selon les spécialistes, cette émigration clandestine serait également liée à la pandémie de Covid-19 qui a fragilisé toutes les économies mondiales.

D’ailleurs, d’après les données du Ministère de l’Économie du Plan et de la Coopération, la croissance du PIB au Sénégal est projetée à 1,1% pour l’année 2020 alors qu’elle était attendue à 6.8%. Parallèlement, les secteurs concentrant le plus de travailleurs au Sénégal sont durement impactés

Après l’annonce du drame, les internautes sénégalais se sont indignés du traitement réservé à ce sujet d’actualité nationale. Face à un silence assourdissant des autorités et des médias, plusieurs d’entre eux ont ressenti le besoin d’exprimer leur opinion sur les réseaux sociaux et particulièrement sur Twitter.

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Ceux-ci avaient pour objectif d’attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur ce qui s’est réellement passé dans leur pays. Ainsi, sur Twitter, les internautes s’informent, brassent les informations et montent en épingle le sujet pour faire entendre leur voix.

Les prémisses du mouvement

À l’instar des hashtags de contestation nationale dans d’autres pays comme  #FREELEBANON, #BlackLivesMatter#Icantbreathe , #ouïghours et #ENDSARS, le drame de l’émigration suscite l’indignation des internautes sénégalais et les hashtags #WhatshappeninginSenegal et #SenegalImmigration naissent.

En un temps record, ces deux hashtags eurent une portée fulgurante. En effet, les internautes commencent par interpeller les comptes Twitter des autorités gouvernementales du Sénégal, mais aussi ceux des médias internationaux, des ONG et des associations de défense des droits de l’homme présents au Sénégal.

Les trois premiers tweets les plus impactants de Bambi SowFatima Aziza et Njoelle, partagés respectivement 700 fois, 314 fois et 216 fois ont permis de lancer une grande émulation autour du sujet. Le hashtag #WhatshappeninginSenegal a rapidement atteint 955 utilisations sur internet le mardi 05 Novembre à 12h. Au 06 novembre 2020, le sujet était sur toutes les lèvres. Le hashtag a été utilisé 10 456 fois et ses impressions sur internet s’élèvent à 7 817 426.

La revendication est lancée et des milliers de personnes à travers le monde commencent à s’intéresser au sujet, y compris les médias nationaux et internationaux. Au Sénégal, en Grande Bretagne, aux États-Unis, en Belgique, et même au Chili, l’écho du hashtag atteint plusieurs parties du globe.

#LeSenegalEndeuil : un mouvement de solidarité générale sur Internet

D’une part, si les causes soutenues via les hashtags #EndSars ou encore #IcantBreathe ont eu une ampleur considérable, c’est avant tout parce que les médias sociaux ont un pouvoir incroyable et une influence très positive sur la prise de parole collective. Cela a réellement été facilité par l’avènement des réseaux sociaux qui permettent également une certaine fluidification de la conversation et incitent à la collaboration. Ainsi, ces médias sociaux favorisent et encouragent l’intelligence collective.

D’autre part, la pandémie à Covid-19 a entrainé une prise de conscience mondiale. En effet, cette maladie a complètement transformé le contexte social en réinventant nos interactions. Les populations se sont rapidement tournées vers les canaux numériques en vue de maintenir une sorte d’expérience sociale et de faciliter les relations connectées.

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Ce climat était donc particulièrement propice à la propagation des crises, ou plutôt, à leur viralité. Dans le cadre du #DeuilNationalSN, les internautes se sont rapidement appropriés le sujet. Certains journaux et télévisions sénégalaises l’ont propulsé auprès du grand public. D’un hashtag né sur les réseaux sociaux, le mouvement #LeSenegalEnDeuil venait d’être créé.

C’était maintenant une revendication qui se propageait comme une trainée de poudre sur internet et dans certaines émissions télévisées et radiophoniques à grand audimat. Les captures d’écrans issues de Twitter alimentaient les conversations sur Whatsapp et Facebook. 136 sites et blogs d’actualité et 6300 auteurs sur les réseaux sociaux adhèrent au mouvement et lui donnent la viralité souhaitée.

Vendredi 13 : Jour de Deuil

Il faut savoir que ces hashtags ne sont pas seulement des slogans martelés sur Twitter, Facebook, WhatsApp ou Instagram, quand bien même ils seraient partagés en masse, à bon ou à mauvais escient. Ces combats ou revendications, autant qu’il sont, font des réseaux sociaux des espaces de débat non régulés et non hiérarchisés qui contribuent finalement à alimenter les mouvements qui les invoquent.

#LeSenegalEnDeuil a réussi à réunir autour de cette revendication commune des citoyens, des artistes, des politiciens, des activistes, etc. Une pluralité de profils avec un objectif commun : celui de rendre hommage aux braves fils du pays décédés en mer. La noblesse de la cause et la détermination de ceux qui la portaient en première ligne ont réussi à créer un rassemblement conséquent sur les réseaux sociaux.

Au final, le pouvoir d’internet et les principes fondateurs du web social ont permis à un message d’être vu 725 millions de fois sur internetdans le monde et à un hashtag d’être utilisé sur internet 89 300 fois en moins d’un mois. Cette large exposition a permis de faire réagir politiques, organisations non gouvernementales et associations de défense des droits de l’homme.
Mais, surtout, cela a permis de mettre en lumière un phénomène qui existe depuis des années et dont les causes endogènes n’ont pas fini d’être élucidées. Cela sonne comme une alerte et un rappel que les autorités sénégalaises ont bien vu passer.

POINTS A RETENIR POUR LES MARQUES :

Les relations connectées reflètent le besoin humain d’interagir, qui est de plus en plus présent en ligne. L’accent est mis sur deux domaines clés : la façon dont les consommateurs socialisent et leur manière d’interagir. Ces causes communes les regroupent et les rassemblent. Si dans d’autres combats, des marques comme Nike s’engagent, au Sénégal aucune entreprise ne s’est engagée dans ce mouvement de dénonciation.

Historiquement, les marques au Sénégal ne s’engagent pas dans des causes assez  » politiques » pour sauver leur image, mais aussi pour ne pas subir de représailles. Malgré tout, en tant que marque, il est important de voir ces mouvements comme des insights clés. Car les mouvements sociaux sont de plus en plus des « e-mouvements ».

Nous sommes à l’ère du « brand activisme »Cela consiste pour une entreprise, à donner son opinion ou militer pour une cause, en dehors de son cœur de compétences traditionnel. Pour ça, il est important que la marque connaisse son identité de marque afin d’identifier et d’adhérer aux causes qui correspondent à sa culture et ses valeurs.

Analyse des données faite à l’aide d’outils statistiques durant tout le mois de Novembre.
Outils utilisés : TalkWalker, hypeauditor, TrendsMap

Source – GalsenCM

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