Face aux critiques et aux alertes lancées par différentes associations écologiques, Stéphane Richard, 59 ans, HEC-ENA, ancien inspecteur des finances, aux commandes de l’ex-France Télécom depuis dix ans, et actuel président de la GSMA, l’alliance mondiale qui rassemble les plus grands opérateurs de mobile, défend au contraire les effets positifs de l’installation de la 5G, cinquième génération des standards pour la téléphonie mobile, sur la réduction des émissions de gaz à effets de serre.

Le 19 décembre 2020, le Haut Conseil pour le climat a lancé une mise en garde sur les effets néfastes de cette nouvelle technologie pour l’environnement. Une alerte fondée sur des accusations que rejette le PDG d’Orange.

Dans cet entretien avec le JDD, le patron d’Orange soutient que son entreprise va faire don de 10.000 cartes SIM à la fédération des associations générales étudiantes.

La France accuse un net retard dans le déploiement de la 5G face à d’autres États membres de l’Union européenne. Pourquoi?

Nous ne sommes en effet pas vraiment en avance dans le déploiement de cette technologie. Outre des problèmes de fond, la chronologie des derniers mois apporte une explication aux crispations récentes. La 5G est en effet devenue, au printemps de 2019, un thème de campagne pour les élections municipales, ce qui n’a pas facilité les choses, au contraire. Alors que les autorisations avaient été enfin accordées aux opérateurs. La France part avec près d’un an et demi de retard dans le déploiement de la 5G. Il est difficile de savoir aujourd’hui si elle le rattrapera.

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La 5G a notamment été accusée d’être mauvaise pour la santé…

Depuis les débuts de la téléphonie mobile, ces mises au pilori récurrentes ont été toutes démenties par près de 20.000 études réalisées dans le monde. Ces dernières ont toutes, sans exception, démontré la vacuité de ce débat. Pas plus que d’autres technologies antérieures, la 5G ne peut être soupçonnée de présenter le moindre risque pour la santé humaine. Le débat s’est ensuite déplacé vers une remise en cause globale de la technologie et du numérique. 

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La 5G fait les frais d’une certaine « écologie punitive » »

Un élu, Éric Piolle, le maire de Grenoble, a ainsi déclaré que la 5G ne servirait qu’à regarder des films pornographiques dans les ascenseurs! Cette technologie fait les frais d’une certaine « écologie punitive », qui vilipende une consommation excessive que favoriseraient téléphones mobiles, tablettes et ordinateurs. Il est d’ailleurs intéressant d’observer que, dans les pays d’Europe du Nord, ou dans certains États américains comme la Californie, où les préoccupations écologiques sont très importantes, la 5G n’en a pas moins été adoptée très vite et lancée massivement. Il faut donc se poser la question de savoir si le débat sur la 5G en France n’est pas lié aux discours actuels de défiance face à la technologie et au progrès. Ce n’est sans doute pas un hasard si les antivaccins sont bien plus nombreux en France qu’ailleurs dans le monde.

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Où en êtes-vous sur le déploiement de la 5G en France?

Nous avons déjà « allumé », comme on dit en termes techniques, 160 villes, dont Marseille, Angers, Nice ou Le Mans. Nous allons très prochainement la déployer dans 30 autres villes, comme Aix-en-Provence, Brest ou Toulon.

Et Paris?

Le dialogue avec la municipalité suit son cours. Nous participons à la concertation pour l’actualisation de la charte de téléphonie mobile à la suite de la concertation citoyenne qui s’est achevée en décembre. Nous pourrons lancer la 5G à l’issue de ce processus, probablement au premier trimestre.

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Il est abusif de présenter le numérique comme l’une des causes de la hausse des émissions de gaz à effet de serre »

Qu’en est-il du risque écologique, dans le cadre de la lutte contre le réchauffement planétaire?

Il faut revenir à un peu d’objectivité. Le stockage des données, les infrastructures de réseaux et les fabrications des équipements ne représentent que 4% des émissions de gaz à effet de serre. Sur ces 4%, 80% des émissions sont liées aux équipements, de la fabrication à l’utilisation des téléphones, et seulement 20% aux réseaux, dont les data centers. Je rappelle que l’industrie, c’est 43%, les bâtiments, 26%, tandis que les transports représentent quant à eux 25% des émissions. Il est donc abusif de présenter le numérique comme l’une des causes de la hausse des émissions de gaz à effet de serre, dont le CO2. Une tonne de CO2 dépensée pour le numérique, c’est 10 tonnes de CO2 qui ne sont pas utilisées partout ailleurs. Quand vous faites une visioconférence, vous ne voyagez pas : l’impact écologique entre une réunion en visio et une réunion physique est réduit de 1 à 100. Quand vous utilisez des objets connectés dans les villes, vous maîtrisez davantage la consommation énergétique. La technologie de la 5G est bien meilleure du point de vue de l’empreinte environnementale que la 4G. Elle est dix fois plus efficace sur la consommation énergétique. Il faudrait être d’une particulière mauvaise foi pour ne pas reconnaître que le numérique est en lui-même porteur d’une solution, plutôt que créateur de problèmes. À titre personnel, l’obscurantisme me dérange beaucoup. La France est un pays d’ingénieurs, d’inventeurs, d’entrepreneurs. Que le refus du progrès s’y développe est désolant.

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Le secteur de la téléphonie mobile s’est-il engagé dans la recherche de la neutralité carbone?

Orange – Show Hello 2016

En tant que président de la GSMA, l’alliance qui regroupe la majorité des opérateurs au niveau mondial, j’ai poussé le secteur à prendre des engagements extrêmement forts en la matière. La neutralité sera atteinte en 2050, conformément à l’accord de Paris. Et en 2040 pour Orange, c’est-à-dire très bientôt. L’industrie des télécoms se montre particulièrement ambitieuse dans ce domaine, contrairement à ce que soutiennent certains. Ses engagements en matière de baisse d’émission carbone sont les plus drastiques de tous les secteurs industriels. Chez Orange, nous nous fixons également des objectifs concrets pour réduire la consommation électrique, qui demeure la principale difficulté des réseaux. En Afrique, qui représente 10% des activités du groupe, nous investissons dans l’énergie solaire. Comme en Jordanie, où nos fermes solaires couvrent déjà 70% de nos besoins locaux en électricité.

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Orange va faire un don de 10.000 cartes SIM à la fédération des associations générales étudiantes »

Face à la crise sanitaire, de nombreuses entreprises françaises s’engagent pour les jeunes, premières victimes économiques de la pandémie. Que fait Orange?

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Nous avons eu, en 2020, 5.000 stagiaires et alternants – un chiffre que nous avons volontairement maintenu au même niveau qu’en 2019. Et nous aidons les étudiants en situation de précarité : Orange va, dès janvier 2021, faire un don de 10.000 cartes SIM à la Fage [Fédération des associations générales étudiantes]. Le groupe, via sa fondation, va aussi cofinancer des paniers de première nécessité qui seront distribués, par les associations, aux étudiants dans le besoin. On estime les bénéficiaires à 150 00 étudiants. Nous avons également inauguré un nouveau Centre de formation à l’apprentissage en septembre 2020, avec une première promotion de 80 jeunes.

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La possible nomination de Laure de La Raudière à la tête de l’autorité de régulation du secteur, l’Arcep, a suscité une vive réaction chez certains de vos concurrents. Que leur répondez-vous?

Sa compétence n’est pas mise en cause. On lui reproche d’avoir travaillé chez France Télécom jusqu’en 2000. C’est-à-dire, il y a vingt ans…

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