Depuis le premier janvier, les pays qui ont ratifié l’accord instaurant la ZLECAF ont commencé à commercer entre eux. Toutefois, son efficacité continue de diviser le monde universitaire sénégalais.

1,2 milliard. C’est le nombre de personnes concernées par la Zone de Libre Echange continentale (Zlecaf) qui est mise en œuvre depuis le début de l’année 2021. Faisant enflammer les plus optimistes, cette zone va permettre aux pays africains d’intensifier le commerce à l’intérieur du continent. D’autant que la Zlecaf prévoit d’ici une dizaine d’années d’abolir les taxes douanières à 90% sur les biens et services. Toutefois , force est de constater que la pertinence d’une telle zone ne fait pas l’unanimité au sein des économistes sénégalais, et pas des moindres. 

En effet, l’économiste Makhtar Diouf est très pessimiste quant à la faisabilité et l’efficacité de la Zlecaf. ‘’Comment peut-on brûler des étapes d’intégration régionale et sous régionale et aller directement à une intégration à l’échelle continentale‘’, avait estimé l’économiste dans Financial Afrique, il y a quelques jours, avant de décréter son échec : «Ça ne marchera pas.» 

Sans ambages, Pr Diouf a indiqué que des organisations comme la CEDEAO sont des exemples typiques d’une organisation ratée. Revenant sur l’exemple du Sénégal, il signale qu’il n’arrive même pas à commercer convenablement avec ses proches voisins comme la Gambie, la Mauritanie. A fortiori, fulmine-t-il, avec le Botswana ou encore le Kenya. Abondant dans le même sens, Dr Ndongo Samba Sylla a affirmé que l’expérience a montré que tous les pays qui se sont industrialisés se sont industrialisés en protégeant d’abord leurs économies. ‘’Et ceux qui peuvent tirer un bénéfice du libre-échange, ce sont les pays qui ont atteint un certain niveau d’industrialisation, un certain niveau de développement‘’, a fait savoir l’économiste et ancien champion du monde de scrabble, ajoutant que ce n’est pas le cas des pays africains. 

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9 sur 10 d’après lui exportent du primaire. ‘’Je ne vois pas en quoi le libre-échange pourrait leur bénéficier d’autant que les travaux qui existent et qui défendent le libre-échange partent de l’hypothèse que nos pays n’ont pas de problèmes de développement. Peut-être que ça peut sembler étrange mais les travaux qui défendent le bien-fondé du libre-échange continental reposent sur trois hypothèses : ‘’La première, qu’il n’y a pas de contrainte de balance de paiement, la deuxième hypothèse, que les économies africaines sont des économies qui produisent de l’emploi. La troisième hypothèse, c’est qu’avec la libéralisation, les recettes douanières qui ont été perdues pourront être compensées automatiquement. Quand on fait ces 3 hypothèses, bien entendu, le libre échange est bénéfique mais ce sont des hypothèses qui n’existent nulle part, PAS même dans les pays riches‘’,tire l’économiste. De son avis, les fondements économiques empiriques de la ZLECAF suscitent des débats.

 «QUEL QUE SOIT LE BOUT PAR LEQUEL ON ESSAIE DE LE PRENDRE, MOI JE VOIS DES OPPORTUNITES» 

Moins pessimiste que ces deux derniers, Dr Abdourahmane Diouf, juriste et spécialiste des échanges commerciaux internationaux, a soutenu pour sa part que jusqu’à présent, les pays africains ont eu des politiques commerciales individuelles. ‘’Il est arrivé qu’au niveau de l’UEMOA ou de la CEDEAO, on ait des Tarifs Extérieurs communs (TEC), ce qui aurait tendance à nous donner un marché régional mais sans la libre pratique, sans la libre circulation effective des marchandises ; ce marché n’était pas encore réel.’’ C’est pourquoi pour Dr Diouf, en mettant en place la ZLECAF, chaque région devra s’ajuster pour que son TEC devienne une réalité avant d’envisager de faire du commerce bloc à bloc avec les autres organisations régionales. ‘’Quel que soit le bout par lequel on essaie de le prendre, moi je vois des opportunités économiques, juridiques en termes d’intégration régionale’’, trouve-t-il. 

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Le même optimisme est partagé par le sociologue du développement Dr Cheikh Tidiane Dièye. A l’en croire en effet, les impacts sont très nombreux. ‘’Prenons l’impact ou l’incidence sur les effets potentiels de la Zlecaf sur les petites et moyennes entreprises, près de 90% du tissu économique des entreprises africaines sont constitués de PME’’, argue-til tout en soulignant que la ZLECAF va permettre de s’ouvrir au marché africain, en créant des conditions aux africains. 

Par L’AS

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